Emmanuel Macron se désigne désormais comme "populiste" : comment s'y retrouver parmi tous les populismes ?

Emmanuel Macron se désigne désormais comme "populiste" : comment s'y retrouver parmi tous les populismes ?

Politique
ÉTYMOLOGIE - "Nous sommes de vrais populistes, nous sommes avec le peuple, tous les jours", a affirmé mercredi le président, devant un parterre de maires. Dès lors, comment définir le populisme, dont se réclament de plus en plus de responsables politiques en tous points opposés ?

Le mot "populisme" veut-il encore dire quelque chose ? Maintenant qu'Emmanuel Macron s'est désigné lui-même comme "populiste", il paraît de plus en plus difficile de cerner cette notion, qui avait auparavant un sens beaucoup plus précis. Le populisme, employé désormais pour qualifier des choses bien différentes, a une histoire, et celle-ci en dit long sur l'évolution de notre rapport au politique.

Ce qu'a dit Macron

"Nous sommes de vrais populistes, nous sommes avec le peuple, tous les jours", a déclaré mercredi Emmanuel Macron, à l'occasion d'un échange avec les maires réunis à l'Elysée. Il affirmait quelques secondes avant : "On n'est pas ensemble. Alors on offre un boulevard, non pas aux populistes, je n'aime pas ce terme [...] mais aux démagogues, ceux qui voudraient simplifier les choses, à ceux qui aiment le fracas du quotidien et à ceux qui voudraient dire : 'Moi je suis pour moins de taxes, plus de dépenses publiques, plus de tolérance, plus d'écologie, pas de contraintes de transition'".


Si le président se réclame du populisme, il l'oppose à la démagogie, ainsi qu'au nationalisme. Malgré cette distinction, l'usage de ce mot demeure une petite révolution pour l'exécutif, qui n'a eu de cesse d'opposer ces derniers mois les "populistes", les "extrémistes" et les "nationalistes" aux "progressistes".

Avant Macron, les "populistes" Mélenchon et Le Pen

Avant Emmanuel Macron, les deux principaux responsables politiques français qualifiés de populistes, ou s'en revendiquant plus ou moins ouvertement, sont Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. "Populiste, moi, j'assume !", affirmait le premier avant l'élection présidentielle 2017, ajoutant qu'il n'avait "pas du tout envie de [se] défendre de cette accusation".


La présidente du Front nationale, quant à elle, entretient plus de distance avec le terme, sans le rejeter. "Même si le terme 'national-populisme' est aussi utilisé de manière péjorative, j'en accepte l'expression", affirmait-t-elle dès 2013. L'ex conseiller de Donald Trump, Steve Bannon, a même désigné Marine Le Pen comme "la chef de file du mouvement populiste en Europe". Les deux leaders ont aussi utilisé des références au peuple dans leurs slogans de campagne : "Place au peuple" par Jean-Luc Mélenchon en 2012, et "Au nom du peuple" par Marine Le Pen en 2017.

"Elu sur une vague dégagiste, Emmanuel Macron, qui s'oppose au 'système', et qui contourne les corps intermédiaires, est porteur lui aussi d'une forme de populisme. Il pousse le paradoxe jusqu'à jouer sur des ressorts 'populistes' pour échapper à la vague 'populiste'. Et pourtant, ça n'aurait aucun sens de le rapprocher d'un Mélenchon qui défend une vision populaire de la nation, à la Jaurès, ou d'une Marine Le Pen, qui s'adresse à la sensibilité identitaire du peuple", analysait la journaliste Solenn de Royer dans Le Monde en juillet, à un moment où le président ne se qualifiait pas encore lui-même de populiste.


Macron, Mélenchon, Le Pen, et au delà : tous affirment défendre les intérêts du "peuple", parfois en revendiquant de contourner les appareils politiques classiques, et en cherchant à instaurer un rapport direct avec les Français. Le populisme n'aurait donc ainsi pas de "couleur politique" ? C'est ce que semble suggérer le Larousse, qui définit le populisme comme une "attitude politique consistant à se réclamer du peuple, de ses aspirations profondes, de sa défense contre les divers torts qui lui sont faits". Une définition dans laquelle pourraient se retrouver la quasi-totalité du personnel politique passé et actuel...

Petite histoire du populisme

Le populisme a des racines diverses, que ce soit politiquement ou géographiquement. "Avant de 'devenir un concept polémique et à la limite insultant (…), le terme 'populisme' a des origines qui ne sont nullement déshonorantes et dont une partie non négligeable se situe plutôt du côté de la gauche démocratique et égalitaire.", explique le politologue Philippe Raynaud dans "Le populisme existe-t-il ?", cité par la Documentation française. Et l'universitaire de citer "trois exemples de 'populismes fondateurs' qui se développèrent à partir de la fin du XIXe siècle" : le mouvement anti-tasriste du "narodnichestvo" en Russie dans les années 1860, le mouvement agrarien du People's Party aux Etats-Unis, et le Boulangisme en France à la fin du XIXe siècle. 


L'historien Christophe de Voogd, identifie dans Le Figaro certaines racines du populisme dans l'antiquité. Et reprend l'analyse de l'historien Raoul Girardet pour qui "le populisme doit précisément son succès à la remarquable mobilisation de ces (...) quatre puissants mythes politiques que sont le Complot, le Chef, l'Unité et l'Age d'Or. (...) Partout un 'complot' (de la Finance internationale, de Bruxelles, de l'Islam, voire des trois réunis: pourquoi pas 'l'immigrationnisme euro-capitaliste'?) ; partout un 'chef' providentiel pour le dénoncer et rétablir 'l'Unité du Peuple' afin de retrouver un 'Âge d'or' défunt et regretté (Make America great again!). Et partout la même rhétorique: la distinction rigide et conflictuelle entre 'Eux' (que ce soit les immigrés, les musulmans, les patrons, les élites, 'Bruxelles', etc.) et 'Nous' (que ce soit le peuple, les faibles, les travailleurs, les Français etc.)."

À quoi bon parler de populisme si tout le monde est populiste ?

Entre les populismes de XIXe siècle et le populisme à la Macron, l'histoire politique a vu défiler des leaders qualifiés de populistes aussi divers que variés, que ce soit en Amérique Latine, en Europe ou ailleurs. D'où une confusion récurrente sur ce que désigne, aujourd'hui, le populisme.


Cité dans Le Monde, le théoricien politique argentin Ernesto Laclau résumait le problème ainsi : "Populisme est un concept insaisissable autant que récurrent. Peu de termes ont été aussi largement employés dans l'analyse politique contemporaine, bien que peu aient été définis avec une précision moindre. Nous savons intuitivement à quoi nous nous référons lorsque nous appelons populiste un mouvement ou une idéologie, mais nous éprouvons la plus grande difficulté à traduire cette intuition en concepts. C'est ce qui a conduit à une sorte de pratique ad hoc : le terme continue d'être employé d'une façon purement allusive, et toute tentative de vérifier sa teneur est abandonnée."


Au regard de cette analyse, il n'apparaît pas illogique de voir Macron se réclamer désormais du populisme. Mais cette notion ne perd-t-elle pas du même coup son intérêt, en cessant d'établir une différences entre ce que représentent les hommes et les femmes politiques ?

Tout savoir sur

Tout savoir sur

La présidence Macron

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter