Emmanuel Macron veut lutter contre "le séparatisme" : de quoi parle-t-on ?

Emmanuel Macron veut lutter contre "le séparatisme" : de quoi parle-t-on ?
Politique

SÉCURITÉ - "La République indivisible n’admet aucune aventure séparatiste", a martelé vendredi Emmanuel Macron, qui emploie ce terme depuis octobre 2019 en visant principalement l'islamisme. La lutte contre le séparatisme fera l'objet d'un projet de loi à l'automne.

"Le séparatisme islamiste", "les séparatismes", "l'aventure séparatiste"... Depuis plusieurs mois, cette notion s'est imposée dans une série de discours d'Emmanuel Macron relatifs aux valeurs républicaines et à l'unité nationale. Si le terme reste peu repris au-delà de son gouvernement, il est appelé à trouver un écho dans le débat public puisque l'exécutif présentera à l'automne un projet de loi visant précisément à lutter contre le séparatisme. 

"La République indivisible n'admet aucune aventure séparatiste", a prévenu vendredi Emmanuel Macron, lors de son discours au Panthéon pour les 150 ans de la proclamation de la République. Si le chef de l'Etat n'a fait qu'évoquer cette notion, il devrait s'exprimer en longueur, dans les jours qui viennent, sur ce sujet, à l'occasion d'un déplacement.

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D'où vient ce terme ?

La notion de "séparatisme" est relativement ancienne, notamment sur le plan politique. Selon la définition donnée par l'Académie française, le terme est emprunté à l'anglais ("separatism") depuis le XVIIIe siècle pour désigner "l'aspiration d’une fraction de la population d’un État à acquérir plus d’autonomie par rapport à celui-ci ou à faire sécession". Il a pu désigner un phénomène régional (séparatisme catalan), racial (apartheid) et des chercheurs ont pu également décrire un "séparatisme social". Sur le plan purement religieux, on parle davantage de "schisme". 

Emmanuel Macron a employé cette notion pour la première fois en octobre 2019. "Dans certains endroits de notre République, il y a un séparatisme qui s'est installé, c'est-à-dire la volonté de ne pas vivre ensemble, de ne plus être dans la République, et au nom d'une religion, l'islam, en la dévoyant", avait-il expliqué le 28 octobre sur RTL. Quatre jours plus tôt, lors d'un déplacement à La Réunion, il avait déjà dénoncé le "communautarisme" et le port du voile lorsque ce dernier était "un instrument de revendication et de séparatisme". "Il faut essayer de dire sans diviser. Il faut accepter, en disant, de parfois bousculer. Mais il faut accepter qu'il y a, dans notre République aujourd'hui, ce que j'appellerais un séparatisme", a-t-il également expliqué à des journalistes en janvier 2020.

La formule "séparatisme islamiste" a été utilisée initialement dans un "appel" publié par Le Figaro le 19 mars 2018, à l'initiative de 100 personnalités, parmi lesquelles le philosophe Alain Finkielkraut, l'écrivain Waleed al-Husseini et les anciens ministres Luc Ferry et Bernard Kouchner. "Le nouveau séparatisme avance masqué", écrivaient alors les signataires. "Il veut paraître bénin, mais il est en réalité l’arme de la conquête politique et culturelle de l’islamisme. L’islamisme veut être à part car il rejette les autres, y compris les musulmans qui ne partagent pas ses vues. L’islamisme déteste la souveraineté démocratique car elle lui refuse toute légitimité. L’islamisme se sent humilié lorsqu’il ne domine pas."

Séparatisme plutôt que communautarisme

En annonçant son plan contre le "séparatisme" lors d'un déplacement mi-février dans un quartier sensible de Bourztwiller (Haut-Rhin), Emmanuel Macron avait justifié l'abandon du terme "communautarisme" au profit de cette notion. "Je ne suis pas à l'aise avec le thème du communautarisme", avait-il expliqué, car "dans la nation française, il y a des identités multiples reconnues si l'on respecte les lois de la République". A l'inverse, le séparatisme, c'est "quand, au nom d'une religion, de telle ou telle influence extérieure, on dit 'je ne respecte plus les lois de la République'".

L'entourage du chef de l'Etat avait indiqué que cette notion gagnait en clarté et permettait "de mieux mesurer ce délitement des valeurs républicaines". Le distinguo avait d'ailleurs été salué par plusieurs personnalités. A commencer par Mohammed Moussaoui, le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), pour qui la notion de communautarisme pouvait "créer de la confusion", jugeant que les communautés pouvaient être "ouvertes", et que le terme de séparatisme était "beaucoup plus explicite". 

Quelle traduction dans la loi ?

Le plan annoncé par Emmanuel Macron a finalement été reporté en raison de la crise sanitaire. Pour autant, le Secrétariat général du comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (SG-CIPDR), créé en 2006, a vu ses missions élargies début 2020 "à la lutte contre le séparatisme" et aux "actions préventive et répressive à l'encontre des dérives sectaires". La "lutte contre le séparatisme" figure en outre, depuis le décret du 31 juillet 2020, dans les attributions de Marlène Schiappa, ministre déléguée à la Citoyenneté. 

Pour rappel, alors que, jusqu'alors, les missions des préfets s'étaient concentrées sur les phénomènes de radicalisation violente - dans le cadre de la lutte contre le terrorisme -, une circulaire du ministère de l'Intérieur les a conduit fin 2019 à créer des cellules départementales "de lutte contre l'islamisme et le repli communautaire" (CLIR) pour mener des contrôles administratifs, sous l'égide du SG-CIPDR. Près de 140 contrôles avaient été menés en février, conduisant à la fermeture de quatre mosquées et d'une église évangéliste. Emmanuel Macron leur a ensuite fixé quatre objectifs : "lutter contre l’influence étrangère", "mieux organiser le culte musulman en France", "lutter avec détermination contre toute manifestation de séparatisme islamiste" et "pouvoir partout ramener la République là où elle a démissionné".

Interdiction des prédicateurs ?

Le futur projet de loi contre le séparatisme pourrait se traduire par une série de mesures évoquées courant août par Le Point : renforcement des cellules départementales (CLIR), renforcement du pouvoir des préfets dans le contrôle des financements étrangers des associations organisant le culte, consécration de l'égalité homme-femme dans tous les actes de la vie sociale. Selon Le Parisien, une disposition pourrait également obliger les associations subventionnées à signer une "charte des valeurs républicaines", qui conditionnera le maintien des aides. La fin du recrutement d'imams étrangers pourrait également y figurer.

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 En février, la droite sénatoriale avait proposé une révision constitutionnelle pour "garantir la prééminence des lois de la République face aux revendications communautaristes", stipulant que "nul individu ou groupe ne peut se prévaloir de son origine ou de sa religion pour s'exonérer du respect de la règle commune". Cette proposition de loi avait été rejetée par l'exécutif. Un rapport du Sénat dévoilé en juillet a également proposé l'interdiction des prédicateurs et des discours séparatistes et une surveillance accrue des écoles, associations et clubs. 

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