Macron veut "réparer le lien entre l'Eglise et l'Etat" et suscite de très vives réactions

Politique
LAÏCITE - Lundi 9 avril au soir, Emmanuel Macron a tenu un discours sur les liens entre l'Eglise et l'Etat au collège des Bernardins, à Paris. Le chef de l'Etat refuse d'incarner "une religion d'Etat substituant à la transcendance divine un credo républicain". Des propos qui ont suscité de nombreuses réactions, notamment du fondateur de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon.

Emmanuel Macron aux petits soins du monde catholique. En s'exprimant lundi devant l'épiscopat au collège des Bernardins, à Paris, Emmanuel Macron a livré sa vision de la laïcité, provoquant simultanément de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux. 


"Nous partageons confusément le sentiment que le lien entre l'Eglise et l'Etat s'est abîmé", a notamment affirmé Emmanuel Macron devant les représentants des catholiques, "et il vous importe à vous comme à moi de le réparer". Une phrase qui a suscité une vive émotion dans le monde politique et chez les tenants de la stricte application de la loi de 1905. "Le lien entre l'Eglise et l'Etat n'a pas lieu d'être. Macron va trop loin", a fustigé le leader LFI Jean-Luc Mélenchon durant le discours, tandis que le patron du PS, Olivier Faure, rétorquait que "l'église catholique n'a jamais été bannie du débat public". 

"La France a été fortifiée par l'engagement des catholiques"

Anticipant les critiques de ceux qui l'accuseront d'être "en infraction avec les principes de la laïcité", le chef de l'Etat a également affirmé que "la France a été fortifiée par l'engagement des catholiques". "Je considère", a-t-il expliqué, "que la laïcité n'a pas pour fonction de nier le spirituel au nom du temporel, ni de déraciner de nos sociétés la part sacrée qui nourrit tant de concitoyens". 


Et d'ajouter, jugeant "qu'un président de la République qui se désintéresserait de l'église catholique manquerait à son devoir" : "Je suis, comme chef de l'Etat, garant de la liberté de croire ou de ne pas croire. Mais je ne suis pas l'inventeur ni le promoteur d'une religion d'Etat substituant à la transcendance divine un credo républicain". Poursuivant, Emmanuel Macron a fustigé d'un côté "l'instrumentalisation" de l'électorat catholique, de l'autre "le rejet", affirmant que "la République attend trois dons" des catholiques : "Le don de votre sagesse, de votre engagement, de votre liberté". 

"Délire métaphysique"

Les propos du chef de l'Etat sur les liens entre l'Etat et les catholiques ont continué à susciter de fortes réactions dans la soirée. 

"Macron en plein délire métaphysique. Insupportable. On attend un président, on entend un sous-curé", a dénoncé Jean-Luc Mélenchon. "Le discours d'Emmanuel Macron est une atteinte sans précédent à laïcité", a également fustigé dans un communiqué Génération.s, le mouvement de l'ancien socialiste Benoît Hamon. 


L'ancien Premier ministre Manuel Valls, pourtant membre de la majorité LREM, a lui aussi lancé un message au président de la République : "La laïcité c’est la France, et elle n’a qu’un seul fondement : la loi de 1905, celle de la séparation des Eglises et de l’Etat. La loi de 1905, toute la loi, rien que la loi", a-t-il lancé dans un tweet. 

Le mouvement Printemps républicain, qui défend une laïcité stricte, s'est insurgé dans un communiqué, estimant qu'il n'est pas "dans le rôle" du chef de l'Etat "de réparer les liens entre l'Eglise et l'Etat", des liens "irrévocablement tranchés par les représentants du peuple, le 9 décembre 1905". Rappelant que "la République ne reconnaît aucun culte", mais "que des citoyens, quelles que soient leurs origines, leur croyance ou leurs convictions", il a appelé Emmanuel Macron à "ne pas commettre cette erreur, en tournant à l'envers les pages de l'Histoire de France". 


"Disons les choses simplement", a précisé un peu plus tard Amine El-Khatmi, le président du Printemps républicain : "Le discours prononcé par le Président de la République ce soir est scandaleux. Le chef de l’Etat, garant du respect de la loi 1905, ne peut pas s’exprimer de la sorte". 


Le Grand Orient de France y est également allé de son tweet, plus tard dans la soirée, condamnant une "grave atteinte à la laïcité" de la part d'Emmanuel Macron, "garant du caractère indivisible, laïque, démocratique et social de notre République".

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