En Corse, un séminaire de l'extrême droite met le feu aux poudres

Politique
REPORTAGE - La tenue en Corse d'un séminaire de l'extrême droite européenne, à partir de mardi et pour trois jours, fait polémique sur l'Île de Beauté. Moins de deux mois après les violences de Noël à Ajaccio, les militants anti-racistes insulaires sont bien décidés à passer à l'action.

Si le FN prévoyait une excursion discrète en Corse, c’est raté. A partir de mardi et pour trois jours, l’extrême droite européenne doit se réunir dans une station balnéaire proche d’Ajaccio. Un séminaire "d’ordre privé", s’agace auprès de metronews l’eurodéputé FN Edouard Ferrand, à l’origine de ce rendez-vous discret ​et ​qui,​ ​depuis plusieurs jours, met l’Ile de Beauté en ébullition.

Il faut dire qu’après les événements violents de la Noël 2015 à Ajaccio puis, plus récemment, le mitraillage d’une boucherie et d’un restaurant à Propriano , la venue du gratin de l’extrême droite européenne ​sur l'île ​passe mal. Du coup, plusieurs initiatives ont vu le jour, et notamment le lancement d’une pétition par un éditeur insulaire, Jean-Pierre Santini. “En octobre dernier, c’est un débat sur les migrants organisé par la Cimade qui a été empêché par des militants d’extrême droite. Ici comme sur le continent, ils se permettent une présence physique dans les rues parce qu’ils sont sûrs d’avoir gagné les têtes”, dénonce auprès de metronews celui qui, rejoint par les 34 autres intellectuels du collectif "Tarra d’Accolta", peut se targuer d’avoir collecté près de 700 signatures de citoyens, artistes et universitaires de Corse et d’ailleurs.

"On ne peut pas laisser croire que la Corse est la terre de prédilection de l’extrême droite"

La riposte citoyenne s’organise aussi dans les locaux de l’association Ava Basta, qui lutte depuis 1985 contre les discriminations et pour l’accueil des migrants. "Au-delà du racisme 'de rue' et 'de comptoir', on a voulu lutter contre le racisme latent, celui qui laisse des personnes isolées, exploitées, éloignées de leurs droits", explique Gjiuseppu Maestracci, le président de l’association (présente aussi à Ajaccio et Porto-Vecchio). "Aujourd’hui, nous devons réagir, parce qu’on ne peut pas laisser croire que la Corse est la terre de prédilection de l’extrême droite."

Le collectif "Inter méditerranée" (environ 250 jeunes Corses "issus de l’immigration"), qui travaille régulièrement avec Ava Basta, s’est joint aussi à cette mobilisation anti-raciste. "Nous appelons au vivre-ensemble et on déplore tous les amalgames : 'musulman= terroriste', 'Corse nationaliste = raciste'", dénonce Lhabib Oukattou, président du collectif. En plus des distributions de tracts, de conférences près des lieux de cultes, le collectif s’active sur une page Facebook. "On tente d’investir les réseaux sociaux, car les réunions militantes, cela ne suffit pas pour attirer les jeunes."

Le précédent de 1992

Du côté du mouvement nationaliste, désormais aux commandes de l’île, la tenue de ce séminaire polémique ne passe pas non plus. Dans un communiqué publié le 2 février , les élus Gilles Simeoni, président du conseil exécutif de Corse, et Jean-Guy Talamoni, président de l’Assemblée de Corse, ont condamné cette réunion. "Le choix de notre île pour une telle rencontre nous paraît en effet totalement incongru. Les idées véhiculées par ces groupes sont aux antipodes de la pensée politique corse fondée sur la démocratie, l’ouverture, la tolérance religieuse, la participation de tous à un destin commun, autour du peuple corse, indépendamment des origines et confessions de chacun", est-il notamment écrit.

Une réaction jugée "insuffisante" par le front antiraciste corse (associations, syndicats et citoyens "de tous bords"), qui prévoit d’"accueillir" la délégation décriée dès sa descente d'avion. Comme en 1992, aime-t-on à rappeler, où, de Bastia à Ajaccio, des militants nationalistes avaient fortement perturbé la virée corse d'un certain Jean-Marie Le Pen...

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