REVIVEZ - Interview d’Eric Zemmour sur LCI : retrouvez nos vérifications

REVIVEZ - Interview d’Eric Zemmour sur LCI : retrouvez nos vérifications

FACT CHECK - Eric Zemmour était l'invité de Ruth Elkrief ce lundi soir, à l'occasion d'une émission spéciale au cours de laquelle les propos du polémiste ont été passés au crible de nos Vérificateurs.

À sept mois de l'élection présidentielle, il ne se passe plus un jour sans qu'il vienne percuter l'agenda de campagne de ses concurrents. Alors même qu'il n'a pas encore déclaré ses intentions, Eric Zemmour est parvenu à imposer un tempo à la vie politique, faisant planer la menace d'une concurrence sur la candidate RN Marine Le Pen et sur la droite, qui se cherche encore son champion. 

Crédité de 10% des intentions de vote dans les derniers sondages sur la présidentielle, le polémiste anti-immigration est l'invité de l'émission "Ruth Elkrief 2022", ce lundi 27 septembre à partir de 20 heures sur LCI (canal 26).  Au cours d'un entretien mené par Ruth Elkrief, l'auteur La France n'a pas dit son dernier mot a également répondu aux questions de François Lenglet, spécialiste des questions économiques pour TF1 et LCI, puis à celles de l'essayiste Alain Minc.

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Eric Zemmour, de polémiste à candidat à la présidentielle ?

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 ❌ LES VÉRIFICATEURS -  NON, LA FRAUDE SOCIALE NE REPRÉSENTE PAS 50 MILLIARDS D'EUROS


Éric Zemmour a assuré que la fraude sociale en France représenterait "50 milliards d'euros" de préjudice par an, citant les chiffres de Charles Prats qui évoquait dans son ouvrage Le Cartel des Fraudes cette escroquerie qui atteindrait 30 milliards d'euros en 2020, appelant à supprimer les prestations sociales. 


Mais c'est faux. C'est à minima deux fois moins. La Cour des Comptes évoque plutôt 20 à 25 milliards d'euros chaque année. Idem pour l'estimation de Charles Prats qui voudrait que la fraude aux fausses cartes de Sécurité sociale – aussi citée par Éric Zemmour - coûterait 14 milliards d'euros par an à la Sécurité sociale. Or, encore une fois, les enquêtes sur le sujet montrent que ce chiffre est très mal évalué. La commission des Affaires sociales du Sénat s'est ainsi penchée sur le sujet en septembre 2019 et a fourni une estimation bien loin de celle de l'auteur. Celle-ci serait plutôt entre "117 et 138,6 millions d'euros", comme nous l'écrivions ici. Soit très, très loin des 14 milliards avancés par l'ex-magistrat financier.

❌ LES VÉRIFICATEURS - NON, 50% DE PART NUCLÉAIRE NE S'ACCOMPAGNE PAS DE 20 CENTRALES À GAZ


Éric Zemmour, qui est contre l'arrêt du nucléaire, a assuré qu'un "rapport du ministère de l'Environnement" montrait que "quand on arrivera à 50% de la part de nucléaire dans l'électricité française, on aura besoin de 20 centrales à gaz". C'est complètement faux.


Oui, Nicolas Hulot a bien reconnu en 2017 qu'il était "difficile" de diviser la part du nucléaire dans le mix énergétique "sauf à relancer la production d'électricité à base d'énergies fossile". Mais il s'agissait de prévisions pour 2025 ! Pour l'ancien ministre de la Transition écologique, il fallait plutôt tabler sur 2035.


Le ministre faisait alors référence à un rapport du Réseau de transport d’électricité (RTE), publié la même année, qui évaluait cinq scénarios possibles de transition énergétique. Or, l'agence qui assure l'équilibre entre production et consommation d'électricité y notait en effet les "difficultés" à venir pour "combiner l'objectif des 50% de nucléaire dans la production d'électricité et la réduction des émissions de CO2 du secteur électrique" d'ici 2020 à 2025. Dans un délai si cours, le RTE estimait en effet qu'un "nombre significatif de nouvelles centrales au gaz devraient être construites", soit "l'équivalent de la capacité des centrales à gaz". La France possédant actuellement onze centrales à gaz françaises, le rapport relevait donc uniquement que - d'ici à l'horizon 2025 - il faudrait "pallier les déficiences du parc nucléaire" avec une vingtaine de centrales à gaz.

✅ LES VÉRIFICATEURS - LE REGROUPEMENT FAMILIAL : 90.000 PERSONNES PAR AN ?


Éric Zemmour se montre fermement opposé au regroupement familial. Et plaide pour sa suppression pure et simple. "Il y a une différence entre le regroupement familial et l'immigration familiale", dit-il, "en sachant que l'immigration familiale, c'est le fait d'aller chercher une femme à l'étranger et de la faire venir. Tout ça, ça fait 90 000 personnes par an."


Pour vérifier cette déclaration, on peut se baser sur les chiffres relatifs aux titres de séjour délivrés chaque année. Le site gouvernemental Vie Publique les présente et les classe par motif d'admission. On constate qu'en 2019, ce sont bel et bien 90.502 titres de séjour qui ont été délivrés pour un motif "familial", un chiffre très proche à celui des années précédentes (89.124 en 2016, 88.737 en 2017, 91.017 en 2018).


En revanche, 2020 a été marqué par une baisse notable : 75.482 titres de séjours délivrés, soit 16,6% de moins que l'année précédente. Le Covid-19 est passé par là. À l'exception de l'an passé, les chiffres d'Éric Zemmour sont donc globalement corrects, même si ce ne sont pas nécessairement des femmes qui sont concernées.

 ❌ LES VÉRIFICATEURS -  NON, IL N'Y A PAS 2 MILLIONS D'ÉTRANGERS EN PLUS EN CINQ ANS


Éric Zemmour a encore une fois répété qu'à la fin du mandat d'Emmanuel Macron, "il y aura deux millions d'étrangers en plus". Mais c'est un calcul trompeur.


Le polémiste a en effet additionné le nombre de titres de séjour, accordés pour des raisons économiques, familiales, ou pour les études, les demandeurs d'asile et le nombre de mineurs isolés. Si l'on utilise cette méthode, cela donne 390.000 entrées en 2017, 417.000 en 2018, 448.000 entrées pour 2019 et 350.000 en 2020, année particulière en raison du Covid-19. Soit environ 400.000 par an. Si l'on projette ensuite cette moyenne sur 2021 et 2022, en retirant l'année 2017 durant laquelle Emmanuel Macron n'a été président que six mois, on obtient bien le chiffre final de 2.082.000 étrangers supplémentaires en cinq ans.


Seulement, et comme nous l'expliquions ici cette addition sommaire a plusieurs limites, qui la rendent complètement erronée. D'une part, elle additionne le nombre de titres de séjour délivrés et le nombre de demandes d'asile enregistrées revient à comptabiliser deux fois certaines personnes. Ainsi, un individu qui effectue une demande d'asile figure à ce moment-là dans les statistiques de l'Ofpra, mais une fois la demande acceptée – et donc transformée en titre de séjour – la personne apparait également dans les statistiques du ministère de l'Intérieur. Ainsi, sur les 277.406 titres de séjour attribués en 2019, 36.512 l'ont été suite à des demandes d'asile, soit plus d'un sur six.


En plus d'intégrer certaines personnes deux fois, Éric Zemmour oublie d'en retirer un certain nombre. Il s'agit des sorties de territoire. Prenons l'exemple des étudiants. Ils représentent 90.000 personnes sur 2019, soit près d'un tiers des titres de séjour délivrés. Sauf qu'une partie d'entre eux repartent au bout d'un an, environ la moitié selon le ministère de l'Intérieur. Idem pour l'immigration liée au travail. 


Si les chiffres utilisés par le polémiste sont authentiques, l'idée selon laquelle ils représenteraient une immigration définitive est fausse. Oui, le solde migratoire est bel et bien positif en France, mais pas dans les proportions données par le polémiste. Les derniers chiffres sur le sujet, détaillés par l'Insee, faisaient état pour 2017 de 63.000 départs, pour un total de 261.000 entrées.

 ❌ LES VÉRIFICATEURS -  NON, LA FRAUDE SOCIALE NE REPRÉSENTE PAS 50 MILLIARDS D'EUROS


Éric Zemmour a assuré que la fraude sociale en France représenterait "50 milliards d'euros" de préjudice par an, citant les chiffres de Charles Prats qui évoquait dans son ouvrage Le Cartel des Fraudes cette escroquerie qui atteindrait 30 milliards d'euros en 2020, appelant à supprimer les prestations sociales. 


Mais c'est faux. C'est à minima deux fois moins. La Cour des Comptes évoque plutôt 20 à 25 milliards d'euros chaque année. Idem pour l'estimation de Charles Prats qui voudrait que la fraude aux fausses cartes de Sécurité sociale – aussi citée par Éric Zemmour - coûterait 14 milliards d'euros par an à la Sécurité sociale. Or, encore une fois, les enquêtes sur le sujet montrent que ce chiffre est très mal évalué. La commission des Affaires sociales du Sénat s'est ainsi penchée sur le sujet en septembre 2019 et a fourni une estimation bien loin de celle de l'auteur. Celle-ci serait plutôt entre "117 et 138,6 millions d'euros", comme nous l'écrivions ici. Soit très, très loin des 14 milliards avancés par l'ex-magistrat financier.

⚠️ LES VÉRIFICATEURS - DES SALAIRES POST-BREXIT EN HAUSSE ?


Invité à échanger avec Éric Zemmour sur les questions économiques, François Lenglet a mis en avant la situation du Royaume-Uni, où une pénurie de main d'œuvre se fait ressentir à l'heure actuelle. Ce à quoi le polémiste n'a pas tardé de répliquer. "Vous avez oublié un point chez François Lenglet", lui a-t-il lancé, "c'est que les salaires remontent. Vous l'avez oublié soigneusement."


Cette hausse, un rapport l'Office national des statistiques britannique (ONS) publié mi-août la confirme. L'inflation salariale aurait ainsi atteint 8,8% au Royaume-Uni au mois de juin, un niveau qui n'avait "pas été atteint depuis 2000", glissent Les Échos. Toutefois, ces chiffres encourageants s'expliquent en bonne partie par l'impact du Covid. Ils font suite à ceux - bien moins reluisants - enregistrés lors des pics de l'épidémie, qui a entraîné de nombreux licenciements, ainsi que du chômage partiel à grande échelle. Dès lors, la reprise économique a eu un impact net sur l'accélération de la croissance salariale. À cela s'ajoute la pénurie de main d'œuvre, qui pousse les employeurs à proposer des primes et des avantages aux candidats.


La crise sanitaire ayant touché plus durement les travailleurs les plus précaires (et aux salaires les moins importants), il est logique de voir les salaires moyens augmenter dès lors que ces salariés peu aisés ne sont plus comptabilisés. La hausse des rémunérations outre-Manche s'avère donc réelle, mais demande - à l'heure actuelle - à être nuancée.

RETRAITES


Eric Zemmour se dit favorable au report de l’âge légal de départ à la retraite. "On peut viser 64 ans en 2030", a-t-il déclaré. Le polémiste est également pour la suppression des régimes spéciaux. "Je pense qu’il faut aller vers un alignement entre le privé et le public."

 ❌ LES VÉRIFICATEURS -  ZEMMOUR A BIEN CRITIQUÉ LA LOI NEUWIRTH EN 2014


Sur sa vision des femmes, Ruth Elkrief a rappelé à Éric Zemmour qu'il avait critiqué dans un livre en 2014 la loi Neuwirth, qui autorise depuis décembre 1967 l'usage des contraceptifs, et notamment la contraception orale. 


Seulement, le polémiste a nié avoir parlé de cette loi dans son ouvrage Le Suicide Français. À tort. Il évoque effectivement cette question page 33, comme le montre ce PDF de son livre. Évoquant l'arrivée du général de Gaulle - qui avait remis "la tête d'un père suprême sur le corps de la nation" - Éric Zemmour écrivait qu'il regrettait cependant que celui-ci eût "sapé son œuvre de rétablissement en laissant les femmes, avec la fameuse loi Neuwirth autorisant la pilule en 1967, s'emparer du 'feu sacré' de la procréation".

MARINE LE PEN

ISLAM


"J’estime que l’islam est incompatible avec la France et la République. (...) Il y a un choix très simple : soit la France fait des accommodements avec l’islam et l’accepte tel qu’il est, soit c’est l'islam qui fait des accommodements avec la France. Depuis 30 ans c’est la France qui fait des accommodements", a déclaré Eric Zemmour, estimant qu'il était temps que cela change.

⚠️ LES VÉRIFICATEURS - ZEMMOUR HÉRITIER DU RPR ? 


Éric Zemmour a assuré que le parti Les Républicains a trahi le général de Gaulle et qu'il veut s'adresser "aux orphelins du RPR", le Rassemblement pour la République, ex-UMP. Alors, sur quoi se base Éric Zemmour pour dire qu'il est resté fidèle à l'idéologie du parti de droite créé en 1976 ?


On retrouve effectivement dans ses propositions certaines issues du programme de ce parti de droite. Ainsi, l'arrêt de l'immigration et du regroupement familial, la  suppression du droit du sol, le refus des étudiants venus d'Afrique, ou encore la préférence nationale pour les allocations de solidarité, sont des thèmes que l'on a retrouvés dans les propositions du RPR il y a 30 ans, en 1990.


Un programme qui n'est cependant pas si représentatif de l'ensemble des années RPR. À l'époque, le parti venait de perdre les dernières élections présidentielles et les dernières élections législatives, le Front National de Jean-Marie Le Pen prenait de l'ampleur et le RPR - présidé par Jacques Chirac, avec Alain Juppé comme secrétaire général - se "droitisait" très sérieusement notamment sur la question de l'immigration.


Lors des états généraux du RPR, cette année-là, les forces de la droite républicaine ont ainsi proposé la fermeture des frontières, la suspension de l'immigration, des prestations sociales réservées aux nationaux, ou encore  le durcissement d'accès à un titre de séjour dans le but de limiter le regroupement familial. Ce sont presque, mot pour mot, les propositions d'Éric Zemmour aujourd'hui.

 

Sur la question de l'Islam, le texte est également très radical. Le RPR affirmait que "l'Islam n'apparait pas conforme à nos fondements sociaux et semble incompatible avec le droit français." Cette notion d'incompatibilité est régulièrement portée par Éric Zemmour. Selon lui, "les musulmans peuvent se détacher de l'Islam et avoir une pratique 'chrétienne' de leur religion" en France, disait-il le 26 septembre du Grand Jury d'Europe 1.

LES RÉPUBLICAINS


Eric Zemmour a estimé que Les Républicains était devenu "un ramassis de notables centristes", et a classé au centre les deux candidats les plus proches de remporter l'investiture du parti pour la présidentielle. "Il y a chez LR une partie des hauts dignitaires - Wauquiez, Retailleau, Ciotti, Morano - qui n’ont rien à voir avec Xavier Bertrand et Valérie Pécresse, qui ont quitté LR car ils pensaient que LR sous la houlette de Wauquiez était trop à droite. Ces gens-là, s’ils sont cohérents avec leurs idées, ils n’ont rien à voir avec Bertrand ou Pécresse. Oui, ils sont plus près de moi que de Bertrand et Pécresse."

ERIC ZEMMOUR CANDIDAT ?


"Je ne vais pas vous dire ici, maintenant, si je suis candidat. Je veux pouvoir choisir mon moment et observer jusqu’au dernier moment la situation politique. On est loin encore de la présidentielle", a répondu Eric Zemmour, interrogé sur une candidature à l'élection présidentielle.

CE QUI A DÉJÀ ÉTÉ VÉRIFIÉ

Eric Zemmour sur LCI : les déclarations du polémiste que nous avons déjà vérifiées

BONJOUR


Bienvenue dans ce direct consacré à notre émission "Ruth Elkrief 2022", ce lundi à partir de 20 heures sur LCI (canal 26). Au cours de cette soirée spéciale, le polémiste Eric Zemmour répondra aux questions de Ruth Elkrief, de notre spécialiste des questions économiques François Lenglet pour TF1/LCI et il débattra avec l'essayiste Alain Minc. 

À l'occasion de cette soirée, nous vous proposons à travers ce direct un dispositif de fact-checking conduit par notre équipe des Vérificateurs. Il est accessible au moyen d'un QR code qui pourra être flashé en bas à droite de votre écran de télévision au cours du programme, renvoyant vers la vérification des propos du polémistes. 

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Dans le cadre de cette émission spéciale, intitulée "Éric Zemmour, jusqu'où peut-il aller ?", un dispositif de fact-checking en direct sera mis en place. À l'instar des débats de la primaire des écologistes, un QR code pourra être flashé en bas à droite de votre écran au cours du programme. Ce dispositif vous permettra d'être dirigé vers le site LCI.fr et un live où sont publiés les vérifications des déclarations faites en plateau par le candidat putatif. 

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