"Encadrer" ou "interdire" Airbnb : Surenchère chez les candidats en vue des municipales à Paris

"Encadrer" ou "interdire" Airbnb : Surenchère chez les candidats en vue des municipales à Paris
Politique

LOGEMENT - La plateforme de location de meublés touristiques est au coeur de la campagne des élections municipales à Paris. Les principaux candidats déclarés ont dû se positionner sur le sujet. Sans être officiellement candidate, Anne Hidalgo promet un référendum sur le sujet "après les élections".

Lorsqu'on est candidat aux municipales de 2020 à Paris, il est une case que l'on ne peut s'abstenir de cocher : Airbnb. La plateforme de location de meublés touristiques est au coeur des débats sur le logement, accusée notamment de faire monter les prix dans la capitale et de faire fuir les familles. 

Malgré la limitation des locations à 120 jours par an pour les propriétaires, la menace de sanctions plus sévères en cas de dépassement, la multiplication des contrôles ad hoc dans le centre de Paris, Airbnb continue d'occuper le terrain, avec 60.000 logements loués "dont la moitié de manière illégale", selon l'adjoint communiste au logement Ian Brossat, lui-même candidat aux municipales. La plateforme vient même de s'offrir une petite revanche dans son conflit avec la mairie de Paris, en devenant l'un des sponsors des JO 2024, au grand dam d'Anne Hidalgo. 

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Anne Hidalgo : un référendum sur Airbnb

Si elle n'est toujours pas ouvertement candidate, la maire de Paris en a d'ailleurs fait le marqueur de sa prochaine campagne. Par l'entremise de son premier adjoint, Emmanuel Grégoire, interrogé lundi sur France Info, elle a promis un référendum "après les élections, pour définir les bonnes conditions d'usage d'Airbnb". "En soustrayant à Paris un nombre important de logements, Airbnb est un facteur d'augmentation du prix des loyers et d'aggravation de la pénurie de logement", a également fait valoir le premier adjoint. 

Il y a un an, Anne Hidalgo avait également repris à son compte une proposition de son adjoint Ian Brossat, se montrant ouverte à l'hypothèse d'une interdiction pure et simple d'Airbnb dans le centre de la capitale, où les meublés touristiques peuvent représenter jusqu'à 30% du parc de logement, comme dans le 4e arrondissement. 

Ian Brossat : référendum, interdiction partielle et limitation

Artisan de la politique menée par la municipalité, et chef de file du PCF aux municipales, Ian Brossat est le premier à avoir proposé une interdiction partielle d'Airbnb. "Si nous ne régulons pas Airbnb, nous n'aurons plus d'habitants dans nos centres-villes", avait-il indiqué en septembre 2018 dans une interview au Parisien. "Vu l'ampleur du phénomène, je pense qu'il faut aller plus loin et interdire la location d'appartements entiers dans les arrondissements du centre de Paris et n'autoriser que la location de chambres, comme c'était le cas lorsqu'Airbnb a été créé", a-t-il jugé. 

En août dernier, l'adjoint au logement a également inspiré Anne Hidalgo en proposant un référendum, afin "que les Parisiens soient consultés sur une interdiction d'Airbnb". Si la ville de Paris ne peut interdire seule la plateforme, l'élu communiste estimait ainsi que la consultation pourrait créer "un rapport de force avec le gouvernement" pour pousser ce dernier à légiférer. 

Ian Brossat a également soutenu la proposition de loi transpartisane présentée au Sénat en octobre, permettant aux maires de choisir de limiter entre 60 et 120 le nombre de jours maximal autorisé pour louer son appartement (contre 120 actuellement à Paris). 

Villani : limitation et renforcement des contrôles

Cette proposition visant à limiter le nombre de jours autorisés est également soutenue par le candidat dissident LaREM Cédric Villani. "Il faut évidemment mieux réguler les plateformes comme Airbnb, à l'image d'autres grandes villes", a estimé le député de l'Essonne le 7 novembre. Se distinguant nommément de son rival Benjamin Griveaux et du gouvernement, il a indiqué qu'il voulait "limiter davantage le nombre de jours de location par an", mais aussi "s'attaquer aux résidences secondaires Airbnb". 

David Belliard : limiter, contrôler, mais pas interdire

Le candidat écologiste David Belliard va plus loin sur cette proposition, en suggérant de limiter à 45 jours par an le nombre de locations autorisées pour les résidences principales. "Le sujet n'est pas l'interdiction d'Airbnb mais la régulation", fait-il cependant valoir, rappelant dans Le Monde que les écologistes ont eux-même encouragé "l'économie collaborative". 

Il souhaite également renforcer le contrôle des meublés touristiques, en triplant le nombre d'agents, soit une centaine d'agents contre 30 actuellement. L'objectif des écologistes est de faire revenir dans le marché locatif classique 15.000 appartements actuellement disponibles sur la plateforme. 

Danielle Simonnet : interdire partout, renforcer les contrôles

La candidate LFI aux municipales a critiqué à de nombreuses reprises ce qu'elle considère comme un échec de la mairie de Paris face au développement d'Airbnb. Danielle Simonnet a plaidé le 7 novembre dernier pour un renforcement des contrôles. "S'opposer à Airbnb, cela suppose d'avoir des effectifs pour faire appliquer les règles. Or la ville de Paris refuse d'engager des agents pour contrôler. Ils ne sont que 30, alors qu'à Barcelone ils sont une centaine", a-t-elle estimé. 

En septembre 2018, Danielle Simonnet avait suggéré de "multiplier par dix" le nombre d'agents. Elle était allée plus loin en proposant d'interdire la plateforme sur l'ensemble du territoire de la capitale, et pas seulement les arrondissements centraux. 

Pierre-Yves Bournazel : contrôle a priori et limitation

Le député Agir et candidat aux municipales Pierre-Yves Bournazel a déposé fin octobre une proposition de loi visant à permettre à la municipalité de "refuser l'octroi d'un numéro d'immatriculation si elle juge que le quartier dans lequel se situe le bien est déjà saturé". 

Il suggère en outre de permettre à la collectivité de vérifier a priori la régularité d'une annonce (le contrôle actuel se fait a posteriori) et de confier aux communes le soin de fixer elles-mêmes le montant maximal de nuitées autorisées. A Paris, il plaide à ce titre pour un maximum de 60 nuitées. 

Benjamin Griveaux : lutter contre la spéculation, pas interdire

Le candidat LaREM aux municipales s'appuie sur la loi Elan, votée par sa majorité, qui a durci les contrôles et les sanctions prévues en cas de non respect des règles en matière de location de meublés. Mais Benjamin Griveaux refuse d'envisager une interdiction. "Loin de toute posture démagogique, défendre une position pragmatique sur les plateformes de location", a-t-il jugé sur Twitter, promettant de "lutter avec détermination contre la spéculation". 

Benjamin Griveaux récuse aussi l'idée de réduire le nombre maximal de nuitées autorisées, jugeant dans une interview au Parisien que le fait de "louer sa résidence principale 120 jours par an ne réduit pas l'offre de logement". 

Rachida Dati : contrôler et encadrer

Désignée par Les Républicains pour conduire les listes à Paris, Rachida Dati a simplement indiqué, dans une interview sur France Info, qu'Airbnb "participe à l'envolée des prix". "C'est pour ça que le contrôler et l'encadrer est une bonne chose", a-t-elle ajouté sans donner de détail pour l'heure. 

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