Enquête ouverte pour corruption : quelle est cette affaire du "contrat russe" dans l'affaire Benalla ?

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Benalla, l'affaire sans fin

POUPÉES RUSSES - Partie des violences commises par Alexandre Benalla et Vincent Crase le 1er mai 2018, l'affaire Benalla se complète, au fil des dernières révélations, d'une deuxième affaire liée à un contrat signé par l'entreprise de Vincent Crase avec l'oligarque russe Iskander Makhmudov. Une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet national financier pour "corruption".

Parmi les multiples dimensions de l'affaire Benalla, l'une d'entre-elles prend une importance considérable au regard de plusieurs révélations publiées ces dernières semaines. Cette "affaire dans l'affaire" est liée à la signature d'un contrat en juin dernier entre la société de sécurité de Vincent Crase et l'oligarque russe Iskander Makhmudov. Le parquet national financier a annoncé l'ouverture d'une enquête pour "corruption". Ramifications internationales, nouveaux protagonistes, liens avec Alexandre Benalla : LCI vous explique la complexe "affaire du contrat russe".

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Qui est Iskander Makhmudov

C'est Mediapart, qui a révélé cette affaire mi-décembre. Le site d'investigation présente Iskander Makhmudov comme un "proche de Vladimir Poutine, suspecté par plusieurs magistrats européens d'être lié à la mafia russe", notamment "au groupe criminel moscovite Ismajlovskaya, réputé l'un des plus dangereux au monde". Le site précise que l'homme est "à la tête d'un empire industriel qui comprend l'entreprise UMMC (métallurgie), le groupe Transmashholding (premier fabricant russe de matériel ferroviaire) ou la société Kuzbassrazrezugol (charbon)" et évoque les commandes massives de l'état russe auprès de certaines de ses sociétés. Né en 1963 dans l'actuel Ouzbékistan, ce milliardaire détient plusieurs propriétés en France : "un château en Sologne, une villa de grand standing à Ramatuelle (Var) et des terrains de chasse à côté de Blois".

Enquête pour "corruption"

Mediapart affirme qu'"Iskander Makhmudov, avait rémunéré à hauteur de 300.000 euros" la société de Vincent Crase, "à une date où ce dernier était encore chargé de la sécurité du parti LaREM, tandis qu'Alexandre Benalla travaillait encore à l'Élysée". 

Ce contrat  "portait sur la protection de proches et de biens d'Iskander Makhmudov", poursuit Mediapart. La signature de ce contrat de sécurité était-elle légale ? C'est ce que va tenter de savoir le parquet national financier. Celui-ci a ouvert une enquête pour "corruption".  

La cheffe du groupe de sécurité d'Edouard Philippe démissionne

Autre affaire dans l'affaire :  le rôle joué par la cheffe du groupe de sécurité du Premier ministre (GSPM), Marie-Elodie Poitout, ainsi que par son compagnon Chokri Wakrim, dont le nom a été révélé mercredi par Libération. Le journal affirme notamment que Chokri Wakrim est impliqué dans le contrat russe, et que le couple Wakrim-Poitout a rencontré Alexandre Benalla "fin juillet", "au domicile de Marie-Elodie Poitout". 

L'intéressée n'a pas nié avoir rencontré Alexandre Benalla fin juillet, avec son compagnon, à son domicile, selon une lettre datée du 1er février du directeur de cabinet de Matignon, Benoît Ribadeau-Dumas, au  procureur de la République de Paris Rémi Heitz.

Qui était présent lors de cette rencontre ? Certaines sources affirment que Vincent Crase était également convié ce qui aurait été contraire au contrôle judiciaire qui interdisait aux deux hommes de se rencontrer. Un enregistrement sonore divulgué par Mediapart semble prouver que les 2 hommes se sont bien vus malgré cette interdiction. Dans cet enregistrement, on entend notamment Alexandre Benalla se prévaloir du soutien d'Emmanuel Macron. Les deux hommes parlent également du "contrat russe", et semblent s'inquiéter de voir leurs noms associés à ce contrat.

Suite à la divulgation de cet enregistrement, une enquête préliminaire a été ouverte pour 'atteinte à la vie privée' et 'détention illicite d'appareils ou de dispositifs permettant la réalisation d'interception de télécommunications ou de conversations'". C'est dans le cadre de cette enquête que le parquet a tenté de perquisitionner lundi les locaux de Mediapart, qui s'y est opposé.

Jeudi, Marie-Elodie Poitout a présenté sa démission tout en niant être liée à cette conversation controversée. "Consciente de la sensibilité de sa fonction et soucieuse  d'écarter toute polémique, la cheffe du GSPM a demandé au Premier ministre  d'être affectée sur une autre mission au sein du ministère de l'Intérieur", ce  qu'a accepté Edouard Philippe a indiqué Matignon jeudi.

Chokri Wakrim a été suspendu par le ministère des Armées "en attendant que la lumière soit faite sur ces allégations". "Chokri Wakrim a été convoqué aujourd'hui par le ministère des Armées et suspendu à titre conservatoire de ses fonctions, avec effet immédiat, en attendant que la lumière soit faite sur ces allégations" parues à son propos dans Libération, a indiqué le ministère à l'AFP.

En vidéo

VIDÉO - Affaire Benalla : Mediapart dévoile un enregistrement

Des liens entre Wakrim et Benalla

Quel sont les liens entre Choki Wakrim et Alexandre Benalla ?Selon une source proche de l'enquête citée par Le Parisien, Wakrim est aussi un "membre des forces spéciales" et a été entendu le 1er février 2019 par la direction du renseignement et de la sécurité de la défense, selon Valeurs Actuelles.

Libération évoque de nombreux liens entre Wakrim et Benalla, outre leur rencontre au domicile de Poitout en juillet. "Wakrim a été sollicité quelques mois plus tôt par Alexandre Benalla pour travailler sur le fameux contrat russe. Il était notamment en charge, à Monaco, de la sécurité de la famille de Iskander Makhmudov. A l'époque, une partie de ce contrat avait été confiée à la société de sécurité privée Velours, qu'Alexandre Benalla connaît bien pour y avoir travaillé entre 2014 et 2015", indique le quotidien.

Libération ajoute que Chokri Wakrim a "créé une autre société avec un des fondateurs de Velours, (...) à peine dix jours avant les premières révélations du Monde à l'origine de l'affaire Benalla", et que "le patron de Velours a revendu toutes ses parts à Chokri Wakrim quelques semaines plus tard". Enfin, le quotidien affirme que Benalla et Wakrim se sont vus "dans le château de l'homme d'affaires Vincent Miclet, en Dordogne" et "au domicile parisien de Mohamad Izzat Khatab, sulfureux homme d'affaires syrien soupçonné de nombreuses escroqueries, qui a hébergé Alexandre Benalla pendant plusieurs semaines après son son départ de l'Elysée", vidéos à l'appui. 

La société "Velours" se dit trahie

Nouveau rebondissement vendredi 8 février.  La société "Velours",  visée par l'enquête, a dénoncé une "trahison"  d'ex-employés et assuré ne faire l'objet d'aucune "mesure judiciaire". Dans un communiqué transmis à l'AFP, le groupe, créé en France en 2008,  condamne "avec la plus grande fermeté les mensonges répétés de ses  collaborateurs", qu'elle ne nomme pas, et se dit "trahie".

"Rien ne sera laissé au hasard dans la transparence déployée (par Velours,  ndlr) pour que chacun puisse factuellement constater l'ampleur de la trahison  dont elle a été victime par des collaborateurs qui ont gravement failli, en lui  fournissant des informations qui se révèlent aujourd'hui manifestement  frauduleuses", ajoute le groupe qui promet de collaborer "pleinement" avec la  justice.

La réaction de la Commission d'enquête parlementaire

Les membres de la Commission d'enquête sénatoriale ont réagi à plusieurs de ces révélations, qui impliqueraient qu'Alexandre Benalla et Vincent Crase aient menti pendant leurs auditions sous serment. "Ces informations étayées rendues publiques par Mediapart confortent les questions que nous avons posées à M. Benalla sur l'hypothèse de sa collaboration à un contrat avec un oligarque russe pendant qu'il était en fonction à l'Elysée", a réagi Philippe Bas, président (LR) de la Commission des lois du Sénat. Il avait également jugé "tout à fait inacceptable" qu'un collaborateur du président ait pu être "sous la dépendance financière" d'un proche de Vladimir Poutine. "Cette affaire est très grave", a quant à lui déclaré le co-rapporteur de la Commission, Jean-Pierre Sueur (PS) sur Public Sénat. "Et je rappelle simplement qu'il y a une loi qui prévoit des sanctions très lourdes lorsqu'on ment sous serment. Ça peut être cinq ans de prison, et une somme importante, 75.000 euros d'amende".

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