"Ensauvagement" : quelle est l'histoire de ce terme utilisé à tout-va par Darmanin et l'extrême droite ?

"Ensauvagement" : quelle est l'histoire de ce terme utilisé à tout-va par Darmanin et l'extrême droite ?
Politique

VOCABULAIRE - Apparu dans un texte d'Aimé Césaire en 1950, le terme "ensauvagement", longtemps préempté par la droite, est aujourd'hui utilisé sans complexe dans la majorité. Avec une signification bien éloignée de son sens originel.

Le 24 juillet dernier dans Le Figaro, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin déclare : "Il faut stopper l’ensauvagement d’une certaine partie de la société". Face à l’émotion suscitée par l’emploi de ce terme, préempté par l’extrême droite, il précise peu après : "J’ai lu dans la presse que le mot que j’ai employé avait un lien avec ‘sauvage’, donc avec immigration, donc avec ethnicisation. Je suis à 100.000 lieues de cela."

Le premier à avoir utilisé ce mot est Aimé Césaire, en 1950. Dans Discours sur le colonialisme, il écrit : "Au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent." L’écrivain démontre les effets dévastateurs du colonialisme sur les colons eux-mêmes, et comment leur "œuvre civilisatrice" se retourne contre eux.

Une bascule en 2013

En 2007, la politologue Thérèse Delpech titre son essai sur la dureté des relations internationales, le risque du retour de la barbarie et la radicalité des idéologies L’ensauvagement. Retour de la barbarie au XXIe siècle. Mais depuis la publication en 2013 de l'essai La France Orange mécanique de Laurent Obertone, dans lequel l’auteur dénonce la hausse de la violence dans la société à cause du "laxisme judiciaire et l’immigration massive", le terme est employé pour stigmatiser une partie bien précise de la population française.

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C'est depuis la publication de cet ouvrage, dont Marine Le Pen recommande aussitôt la lecture, que le Rassemblement national reprend régulièrement ce terme pour servir ses idées politiques et dénoncer insécurité ou hausse de la délinquance. En 2018, le Front national organise même en présence de Laurent Obertone un colloque intitulé "De la délinquance à l’ensauvagement" à l’Assemblée nationale.

La majorité assume

Repris ensuite par la droite et les Républicains, "ensauvagement" est donc désormais utilisé jusque dans la majorité présidentielle. Après son ministre de tutelle Gérald Darmanin, la nouvelle ministre déléguée à la Citoyenneté Marlène Schiappa y souscrit également. "Je partage le constat et le vocabulaire. Je me retrouve face à des gens circonspects devant l’utilisation du mot ‘ensauvagement’. En ce cas, comment appelle-t-on un chauffeur de bus battu à mort pour avoir demandé à quatre jeunes hommes de porter un masque et de s’acquitter d’un titre de transport", interroge-t-elle dans Valeurs actuelles. "Les gens qui nous rabâchent des expressions creuses telles que le ‘vivre ensemble’ seraient plus avisés de regarder en face la réalité : celle d’un ensauvagement de la société."

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