Jean-Luc Mélenchon et Manuel Valls, chronique d'une longue haine politique

ENNEMIS DE 20 ANS - L'affrontement verbal entre Jean-Luc Mélenchon et Manuel Valls atteint son paroxysme depuis une semaine, rythmée par des accusations mutuelles particulièrement virulentes. Un duel en réalité ininterrompu depuis 2013.

Entre Manuel Valls et Jean-Luc Mélenchon, c'est une longue histoire... De haine politique réciproque. Loin de la belle photo des jeunes cadres réunis dans le bureau de Michel Rocard à Matignon, il y a 24 ans, plus rien ne peut réconcilier les deux hommes, dont les conceptions respectives de la gauche sont aux antipodes. Car c'est bien sur le terrain des valeurs, plus encore que sur le terrain économique et social, qu'ils se livrent une guerre à distance. 


Ces derniers jours, l'affrontement a pris une nouvelle dimension. Après les dénonciations de Manuel Valls, accusant la France insoumise de tisser des liens avec "l'islamo-gauchisme", Jean-Luc Mélenchon a décidé, la semaine dernière, de se retirer d'une mission parlementaire sur la Nouvelle-Calédonie présidée par Manuel Valls, estimant que l'ancien Premier ministre était désormais "proche de l'extrême droite". 

Mélenchon, un "danger pour la démocratie"

"Les candidats de la France insoumise sont dangereux pour la démocratie, une certaine conception de la République et une certaine idée de la France", fustigeait Manuel Valls peu après les élections législatives, lors desquelles il a sauvé son siège dans l'Essonne de justesse face à une candidate LFI qu'il accusait d'avoir reçu le soutien du polémiste Dieudonné. L'ancien Premier ministre réitérait le 21 septembre dernier, accusant Jean-Luc Mélenchon, qui appelait à une marche contre les ordonnances, d'être "dangereux" pour la France parce qu'il remettait en cause une élection démocratique, celle d'Emmanuel Macron. 


Or, ce n'est pas la même fois que Manuel Valls emploie ce lexique pour qualifier son vieil ennemi. Le conflit à distance entre les deux personnalités politiques se poursuit en réalité de façon ininterrompue depuis le début du quinquennat de François Hollande. "Manuel Valls a dit que j'étais un danger pour la démocratie", s'insurgeait déjà Jean-Luc Mélenchon lors d'une interview en août 2013, lorsque le premier était ministre de l'Intérieur. 

"Manuel Valls est contaminé par le FN"

Les accusations de Jean-Luc Mélenchon ne datent pas elles non plus d'hier. L'un des déclencheurs remonte à l'automne 2012. Alors qu'il préparait le premier texte de loi du gouvernement de gauche contre le terrorisme, Manuel Valls avait estimé que "des dizaines de terroristes potentiels sont susceptibles de passer à l'acte en France, en particulier dans les quartiers populaires. La menace terroriste est désormais le fait de Français nés sur notre sol qui ont versé dans l'islamisme radical. Cet ennemi intérieur, nous devons le combattre". 


La formule "ennemi intérieur" avait été jugée "extravagante" par Jean-Luc Mélenchon, qui avait appelé plus tard Manuel Valls à la démission, estimant qu'il s'agissait d'une théorie empruntée à l'extrême droite. "Je joue mon rôle de lanceur d'alerte. Pour la gauche, il est extrêmement néfaste", avait jugé le leader de la gauche radicale. 


Second déclencheur : l'affaire Leonarda, puis les propos polémiques de l'ex-ministre de l'Intérieur sur les Roms, à l'automne 2013. Ce dernier avait remis en cause la possibilité d'intégrer ces populations en France. Au-delà de la polémique qu'il avait suscitée au sein de son gouvernement et à gauche, Jean-Luc Mélenchon avait estimé que le "premier flic de France" avait été "contaminé par le FN". "Anathèmes", avait alors rétorqué le ministre. 

Conflit ouvert sur la déchéance de nationalité

La fin de mandat de François Hollande a signé l'ouverture des hostilités entre ceux qui incarnent des gauches "irréconciliables", selon les termes de Manuel Valls. Ce dernier avait défendu, après les attentats du 13 novembre 2015, le principe de la déchéance de nationalité pour les binationaux reconnus coupables d'actes terroristes. "Il n'avait pas à proposer une mesure qu'il a trouvée dans les calepins de l'extrême droite. Il n'y a qu'un gouvernement d'extrême droite qui peut prendre une décision pareille", avait fustigé Jean-Luc Mélenchon en avril 2016, après l'abandon de la réforme constitutionnelle par François Hollande. 


La bataille, au printemps 2016, autour de la loi Travail, lors de laquelle Jean-Luc Mélenchon avait poussé les frondeurs socialistes à rompre avec le gouvernement, a cristallisé l'opposition entre les deux responsables politiques, et d'une certaine façon, entre deux gauches. Une rupture qui a émaillé par la suite la campagne présidentielle... D'où ce constat lucide, lundi sur BFMTV, du député socialiste Luc Carvounas, ancien proche de Manuel Valls : "La gauche se laisse enfermer dans un débat entre deux hommes".

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Jean-Luc Mélenchon, l'"insoumis"

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