Eponger une partie de la dette de la SNCF : quel impact sur le budget (et sur notre portefeuille) ?

FINANCES - Edouard Philippe a annoncé vendredi aux syndicats que l'Etat allait reprendre une partie de la dette de la SNCF, soit 35 milliards d'euros entre 2020 et 2022. Une goutte d'eau dans l'océan de la dette nationale, mais une somme colossale à l'échelle des finances publiques.

Quand on parle du budget national, les milliards défilent rapidement et il est parfois difficile de se faire une idée des montants dont on parle. En annonçant vendredi aux syndicats que l'Etat reprendrait une partie de la dette de la SNCF, soit 35 milliards d'euros, entre 2020 et 2022, Edouard Philippe parle bel et bien d'un montant très conséquent pour les finances publiques. 


Certes, comme l'affirment les adversaires de la réforme de la SNCF, il s'agit d'une certaine façon du rattrapage d'un sous-investissement de l'Etat dans les infrastructures ferroviaires, puisque les 35 milliards d'euros concernent spécifiquement la branche SNCF Réseau. Il n'empêche : un tel rattrapage en seulement deux ans est un geste plus que significatif.  Selon les calculs du Monde, cette somme représente d'ailleurs 14 années d'investissement dans les infrastructures ferroviaires nationales. Elle correspond également à une vingtaine d'années d'investissements dans la construction en cours du Grand Paris Express, le métro en rocade autour de la capitale. 

Une goutte d'eau qui peut faire déborder la dette

A l'échelle des finances publiques, ces 35 milliards d'euros représentent (hors intérêts) 1.57% de la dette publique de la France en 2017, si l'on s'en tient aux montants retenus par l'organisme européen Eurostat. La dette française se monte à près de 2218.4 milliards d'euros et n'a cessé d'augmenter ces dernières années, pour atteindre pas moins de 97% de notre PIB. Entre 2016 et 2017, elle a augmenté de 65.9 milliards d'euros, soit près du double de l'ardoise de la SNCF.


Or, l'objectif du programme de stabilité du gouvernement pour 2018-2022 est précisément de faire baisser la dette publique à partir de 2018 et par-dessus tout, d'empêcher qu'elle n'atteigne la barre symbolique de 100% du PIB. Tout en promettant qu'il n'y aurait "pas d'impôt SNCF", Edouard Philippe a implicitement reconnu que cette reprise de dette ferait des dégâts dans les comptes publics. "Ce sont les contribuables qui assumeront cette dette supplémentaire qui viendra s'ajouter à la dette publique de l'Etat", a-t-il reconnu après sa rencontre avec les syndicats. 

Atténuer les effets

"Cela aura un impact sur la dette", a confirmé vendredi une source à l'Elysée. "De toute façon, le contribuable l'aura à sa charge." De plus, cela "se verra à un moment sur le déficit public", alors que la France doit enfin sortir en juillet 2018 de la procédure de déficit excessif après être parvenue à passer sous la barre fatidique des 3%. 


Pour limiter l'impact sur son budget, le gouvernement va éponger la dette de la SNCF en deux fois, soit près de 25 milliards en 2020, puis 10 milliards en 2022. Avec une marge de manoeuvre particulièrement limitée : il s'est engagé à réduire la pression fiscale durant le quinquennat, et à réduire la dépense publique à hauteur de 3 points de PIB. 


Un nouveau serrage de ceinture budgétaire à faire avaler aux Français ? On sait seulement, pour l'heure, que les 35 milliards de la SNCF seront placés dans une caisse d'amortissement spécifique et clairement identifiés dans le budget. C'est le Parlement qui votera, chaque année, le financement de cette dette. A la majorité de trouver le moyen de rendre la pilule moins amère. 

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