Eric Drouet et la délégation de Gilets jaunes ne seront pas reçus au Sénat : que s’est-il passé ?

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GILETS JAUNES - Une réunion prévue entre cinq Gilets jaunes, dont Eric Drouet, et la présidente de la commission chargée de l’examen de la loi Pacte au Sénat, Catherine Fournier, a été annulée à la dernière minute ce mardi. Que s'est-il passé? LCI fait le point.

Les Gilets jaunes ne sont finalement pas les bienvenus au Palais du Luxembourg. Alors qu'une délégation de Gilets jaunes devait être reçue au Sénat ce mardi 9 avril pour débattre de la privatisation du groupe ADP (ex-Aéroports de Paris), le rendez-vous a été annulé dans la matinée. Au cœur de cette affaire, Eric Drouet, figure très médiatique du mouvement, Catherine Fournier, élue centriste du Pas-de-Calais, et Bruno le Maire, ministre de l'Économie en charge du texte de la loi Pacte. 

Pourquoi cette entrevue a-t-elle pris une telle ampleur? Qui se trouve dans la délégation des Gilets jaunes et pourquoi n'ont-il-pas été reçus?  

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Pourquoi des Gilets jaunes devaient-ils être reçus?

Si ce rendez-vous a pris de l'ampleur depuis lundi soir, il était en fait convenu depuis au moins vendredi dernier. Un groupe de Gilets jaunes avait ainsi demandé à la présidente du Sénat d'être reçu afin de discuter de la loi Pacte et de la privatisation de plusieurs services, dont les Aéroports de Paris (ADP). Une requête transmise à Catherine Fournier. Élue centriste, elle est à la tête de de la commission spéciale chargée du dossier, et accepte cette démarche. Interrogée par LCI, son équipe assure ainsi que "toutes les personnes qui ont voulu être auditionnées l'ont été".  

Mais comme d’habitude, les réseaux sociaux ont par la suite donné un écho considérable à ce rendez-vous. Dans un effort de "transparence", prôné par les manifestants, cette délégation met en ligne un "communiqué de presse" lundi matin. Repris sur les groupes Facebook de Gilets jaunes, il annonce que cinq personnes seront reçues au Sénat dès le lendemain pour débattre de la privatisation du groupe ADP. 

Sur leur page Facebook "Opérations Spéciales", ce groupe explique qu’il va "débattre" de la loi Pacte, dans laquelle s'inscrit la privatisation de certaines entreprises publiques, mais aussi des différentes manières de la contester comme "saisir le Conseil Constitutionnel" ou "exiger un référendum si le gouvernement maintient sa décision". Il rappelle ainsi dans ce texte que le mouvement, qui a toujours contesté les prix des autoroutes, privatisées en 2005, désire "plus de démocratie". "Un sujet comme la privatisation d’ADP, de la Française des Jeux, de nos barrages hydrauliques sont des sujets nationaux qui mériteraient la consultation de tous les Français", écrivent-ils pour justifier la rencontre. 

Qui sont les cinq Gilets jaunes?

Si Eric Drouet a donné de l’ampleur médiatique à cette rencontre, c’est le groupe "Opérations Spéciales GJ"qui en est l’initiateur. Inconnu du grand public, il émerge dès la mi-décembre sur les groupes Facebook. Et son impact a atteint le summum ce week-end, lors du 21e "acte". Médiatiquement, il a d’abord fait parler de lui le 9 mars pour avoir lancé un "flash-mob géant" à l’aéroport Charles-de-Gaulle, déjà pour contester la privatisation d’ADP.  Sur les réseaux sociaux, il se présente comme luttant contre "le vrai pouvoir", qui se trouve selon ses membres du côté "des banques et des multinationales". C’est pourquoi ses membres avaient appelé à une "marche sur la Défense" samedi dernier

Tandis que leurs actions dans la capitale n’étaient jusqu’alors pas suivies par la majorité des Gilets jaunes, celle-ci avait fait consensus. Et pour cause, elle appelait à "récupérer l’argent" en ciblant "toutes les multinationales et toutes les banques qui les aident". "La finance doit absolument être régulée pour qu’elle soit au service du social et de l’environnement", pouvait-on ainsi lire sur l'événement Facebook.

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Outre le très médiatique Eric Drouet, cette délégation de cinq Gilets jaunes était donc également constituée de membres de ces "Opérations Spéciales". Parmi eux Benjamin Elia. Selon ses différents profils sur le web, notamment le très professionnel LinkedIn, il est un spécialiste de la communication sur les réseaux sociaux. Sur Facebook, son appartenance à cette branche du mouvement est incontestable. Deux ingénieurs étaient aussi de la partie. Alexandre Boureau, ingénieur en recherche et développement, affiche sur son profil Facebook de nombreux articles contre la privatisation et partage les actions du groupe dont il fait partie. Régis Portalez, lui aussi ingénieur, est pour sa part diplômé de Polytechnique et présente plusieurs affinités avec le mouvement La France Insoumise. Il avait ouvertement appelé ses anciens camarades de classe à se joindre au mouvement dans une "lettre ouverte". Enfin, était aussi convié Philippe de Veulle. Avocat au barreau de Paris, il est l’un des créateurs du groupe Facebook "Robes Noires et Gilets jaunes". 

Pourquoi le rendez-vous a-t-il été annulé?

Mais surprise. Peu avant 10h, et alors que la délégation de trouvait déjà sur le parvis du Palais du Luxembourg, l'entretien a été annulé. La raison officielle invoquée par la Haute assemblée à LCI est qu'il représentait des "risques de trouble à l’ordre public". Un motif qui n’est cependant pas celui donné par la délégation concernée. Elle estime sur Facebook que la décision de non-recevoir de dernière minute est due à "la trop forte médiatisation du rendez-vous". 

Au micro de LCI, Eric Drouet considère ainsi que "l’ampleur médiatique que prenait ce rendez-vous" ne plaisait pas à tout le monde. Et notamment au gouvernement. "Je ne pense pas que la décision vienne du Sénat mais de plus haut", confie-il, pensant que cela "gênait" le gouvernement. Des propos repris dans un direct publié sur son groupe Facebook, où il va même jusqu’à invoquer des "pressions". Et d’ajouter: "Ils se tirent une balle dans le pied. On est ouvert à la discussion et au dialogue. C’est très, très con."

Joint par les équipes de LCI, l’entourage de la sénatrice Catherine Fournier explique que le "trouble à l'ordre public" a été "causé par la médiatisation" qu'Eric Drouet a voulu faire du rendez-vous. La présidente de la commission spéciale chargée de l’examen de la loi Pacte désirait effectivement garder le "cadre" du débat "très simple". Mais dès jeudi soir, et notamment à la suite d'un article du Parisien sur la question, l'événement a commencé à faire du bruit. Arrivant jusqu’au ministère de l’Économie. 

Selon les équipes de Bruno Le Maire, en charge du dossier, le ministre de l'Economie a appelé la sénatrice Catherine Fournier lundi pour lui faire part de son "incompréhension". Bercy certifie cependant à LCI que ce coup de fil n'était en rien une demande d’annulation : "Le Sénat est libre de ses décisions ". 

Bruno Le Maire avait déjà fait savoir lundi qu’il trouvait l'initiative surprenante et ne l'estimait pas "responsable". "Pourquoi Eric Drouet ? Je ne vous cache pas ma surprise, mon étonnement", condamnait-il ainsi au micro de France Info.  Ajoutant : "Il est spécialiste du sujet? Il est membre d'Aéroports de Paris? Il est salarié d'Aéroports de Paris? À quel titre est-ce qu’on l’interroge? "

Et après?

Sans surprise, cette annulation de dernière minute n'a pas plu aux Gilets jaunes, qui se disent "heurtés". Et a poussé le groupe "Opérations Spéciales GJ" à lancer un appel à un rassemblement mardi après-midi. 

Sur les pages Facebook, on appelle à un "assaut du Sénat" et dans un direct enregistré par Eric Drouet ce matin, l'un d'eux demande aux "1000 personnes qui regardent ce live" de se rejoindre dès 14h30 devant le Palais du Luxembourg. Un rendez-vous de dernière minute pour "rappeler aux Sénateurs" que les Gilets Jaunes sont "opposés à cette loi qui [les]  dépossède de [leur] patrimoine".

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