Eric Zemmour candidat à la présidentielle ? Une petite musique qui ne date pas d'hier

Eric Zemmour candidat à la présidentielle ? Une petite musique qui ne date pas d'hier

PRÉSIDENTIELLE 2022 - Les signaux se multiplient autour d'une hypothétique candidature du polémiste Eric Zemmour à la présidentielle, un choix qui "affaiblirait le camp national", a prévenu dimanche Marine Le Pen. Voici plusieurs années que le scénario de son irruption en politique est régulièrement avancé, notamment au sein de la droite radicale.

Éric Zemmour, éternel tribunitien de la droite radicale anti-immigration, ou candidat pour de bon à une élection ? Les derniers propos du polémiste, dans une vidéo publiée dimanche par "Livre noir", chaîne YouTube lancée par l'ancien militant LR Erik Tegnér - partisan de l'union des droites - semblent aller dans le sens des rumeurs qui bruissent depuis plusieurs semaines dans les coulisses de la vie politique. 

"Peut-être qu'il faut passer à l'action",  s'est ainsi interrogé à haute voix le chroniqueur du Figaro, faisant valoir qu'il faisait "de plus en plus de propositions" lors de ses interventions médiatiques, et qu'il pensait "de plus en plus à comment mettre en application" ce qu'il professe. "J'ai depuis vingt ans annoncé, prophétisé, en vain pour l'instant, en disant, voilà ce qu'il va arriver", a-t-il étayé. "J'ai longtemps pensé que cela suffisait [...] Peut-être qu'il faut passer à l'action, car la prévision, la prédiction, même la prophétie ne suffit pas." 

Ces derniers jours, Playbook expliquait que le polémiste serait bel et bien à la recherche d'un directeur de campagne en vue de 2022, quand L'Express relatait des démarches similaires auprès de spécialistes de la communication. 

Quoiqu'il en soit, la perspective d'une candidature Zemmour est désormais prise très au sérieux. À commencer par Marine Le Pen, qui s'inquiétait, dimanche au Grand Jury LCI-RTL-Le Figaro, d'un risque "d'affaiblissement du camp national", s'il venait à concurrencer la candidate du RN qu'il n'a eu de cesse, par ailleurs, de critiquer. La majorité présidentielle semble également surveiller cette option, en témoignent les récents propos de Stéphane Séjourné, proche d'Emmanuel Macron, qui suggérait de comptabiliser les propos d'Éric Zemmour dans le temps de parole des responsables politiques. 

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Tentatives de récupération multiples

Certes, Éric Zemmour n'était jamais allé si loin, jusqu'ici, dans des propos publics au sujet d'un possible avenir politique. Mais si lui ne l'avait pas fait, d'autres s'en étaient chargés à sa place, du moins pour tenter de rallier ce concurrent encombrant à leur cause. 

On se rappelle tout d'abord qu'Éric  Zemmour a été sollicité à de multiples reprises par des formations politiques existantes. Parmi les premiers appels du pied, celui de Nicolas Dupont-Aignan (DLF), qui avait proposé à l'ancien journaliste de rejoindre ses listes lors des élections européennes de 2014. 

Fin 2015, Marine Le Pen avait salué les talents de "ce type très courageux et très cultivé", qu'elle imaginait volontiers au sein de son gouvernement si elle venait à prendre le pouvoir. Un rapprochement douché par l'intéressé, qui avait fustigé "une incompétence crasse et une incapacité à prendre de la hauteur" de la patronne du RN lors du débat d'entre-deux tours, en 2017, face à Emmanuel Macron. 

Cette déconvenue n'avait pas empêché le RN d'imaginer lui confier une précieuse 3e place lors des élections européennes de 2019 - position finalement dévolue à Thierry Mariani, ex-transfuge LR, aujourd'hui candidat aux régionales en Paca. "Je n'avais pas envie d'être dans une boutique partisane", avait évacué Éric Zemmour, lors d'une participation à La Grande Confrontation sur LCI. "Je suis favorable à un grand rassemblement des droites, et même des populistes, donc ça ne m'intéressait pas d'être simplement sur une liste partisane", avait-il précisé, souhaitant "continuer un combat culturel et idéologique" plutôt que politique.

En janvier 2019, l'auteur du Destin français avait également été convié à un débat médiatisé par Laurent Wauquiez, alors président de LR. Ce dernier avait salué un auteur qui invitait "au réarmement des valeurs, au sursaut des valeurs, à réinstaurer du temps long dans la politique". L'initiative avait été fortement critiquée à droite. 

"Droite hors les murs"

Ses prises de distance successives n'ont pas empêché le polémiste de s'immerger, de façon croissante, dans le débat politique, au rythme de ses best-sellers. Éric Zemmour est courtisé de longue date par les partisans de la "droite hors les murs", ceux qui imaginent une alliance entre les droites qui permettrait de briser le "plafond de verre" imputé à l'isolement du RN lors des élections. 

En septembre 2015, un sondage Ifop commandé par Valeurs Actuelles, magazine qui compte plusieurs de ses soutiens actifs, mesurait d'ailleurs déjà l'audience de l'éminence grise auprès des Français. Il résultait de l'étude que 46% des interrogés avaient une mauvaise opinion de lui, quand 29% en avaient une bonne opinion. Et surtout, que 12% des Français se disaient prêts à voter pour lui lors d'une élection présidentielle, dont 13% des électeurs de droite, et 23% des électeurs de Marine Le Pen. 

Geoffroy Lejeune, journaliste de Valeurs Actuelles, avait aussi publié, à cette époque, Une élection ordinaire, ouvrage de politique-fiction qui imaginait une candidature, suivie d'une victoire, d'Éric Zemmour à la présidentielle de 2017. "Ma thèse, c'est que les idées qu'incarne Éric Zemmour sont majoritaires dans l'opinion", faisait alors valoir l'auteur sur LCI. 

Un projet de long terme, de Robert Ménard à Marion Maréchal

En réalité, Éric Zemmour est engagé de longue date dans une forme d'activisme à bas bruit, que certains nomment,  à l'instar de Marion Maréchal, "la métapolitique". Dès octobre 2014, alors qu'il venait de publier Le Suicide français, le polémiste avait été invité par Robert Ménard, le nouveau maire de Béziers rêvant à l'époque de créer une plateforme de débats en vue de ce rapprochement des droites. 

Une série de déjeuners organisés par Éric Zemmour avec l'ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, Patrick Buisson, et l'ancien candidat à la présidentielle Philippe de Villiers, ont aussi déchainé certaines passions. "Ce qui va se passer aura lieu en dehors des partis. Une nébuleuse prend corps. Si nous pouvons, chacun dans notre registre, contribuer à accélérer ce phénomène, nous aurons accompli notre devoir", pronostiquait alors Patrick Buisson à L'Express

Pour autant, plusieurs voix, dont Éric Zemmour lui-même, avaient acté l'échec de ces rapprochements successifs, en raison de la vigueur de logiques partisanes. Les "rendez-vous de Béziers", organisés en juin 2016 par Robert Ménard, avaient ainsi été qualifiés "d'échec" par Éric Zemmour, lequel estimait qu'ils avaient été organisés "trop tôt ou trop tard" pour pouvoir influencer le RN et LR à l'occasion de la campagne présidentielle de 2017. 

Les débats de la "droite hors les murs" se sont poursuivis malgré tout au cours du quinquennat d'Emmanuel Macron, notamment par l'entremise de Marion Maréchal. L'ex-députée FN avait notamment invité le polémiste, en novembre 2018, à un débat organisé à l'Issep, l'école qu'elle a fondée à Lyon. Au lendemain des élections européennes - et le lourd échec des listes de droite -, ils s'étaient retrouvés, à Paris, pour redessiner avec d'autres figures de la droite radicale "les contours idéologiques de ce mouvement de pensée confus du fait des trahisons répétées des Républicains", selon les mots de Marion Maréchal relatés par Valeurs Actuelles

Si une hypothétique candidature d'Eric Zemmour est surveillée de si près, c'est parce qu'elle pourrait modifier le scénario de l'élection présidentielle. Début mars, un sondage Ifop commandé par le Club de la presse, qui réunit des titres ultraconservateurs, prêtait au polémiste 17% des voix au premier tour, à condition que ni Marine Le Pen ni Nicolas Dupont-Aignan ne se présentent. L'hypothèse d'une candidature concurrente au RN, même si elle restait marginale, pourrait remettre en cause le scénario d'un duel de second tour entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron. 

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