Eric Zemmour sur LCI : les déclarations du polémiste que nous avons déjà vérifiées

Eric Zemmour sur LCI : les déclarations du polémiste que nous avons déjà vérifiées

VÉRIFICATION – L'interview d'Éric Zemmour, ce lundi soir à 20h35 sur LCI, sera passée au crible en direct par notre équipe des Vérificateurs. Le polémiste, possible candidat à l'élection présidentielle, a déjà formulé par le passé certains propos sujets à caution. En voici un échantillon.

Il n'est pas en campagne officiellement, mais il insuffle déjà ses sujets de prédilection dans le débat politique. Coutumier des plateaux, Éric Zemmour y est désormais invité à prendre la parole en tant que possible futur candidat à l'élection présidentielle. À ce titre, notre équipe des Vérificateurs passera au crible ses affirmations, arguments et promesses lors de l'émission qui lui est consacrée, lundi 27 septembre sur LCI (canal 26), conduite par Ruth Elkrief. Nous avons résumé ici certains "faits alternatifs" défendus depuis le début de cette campagne qui ne dit pas son nom. 

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Non, les lois mémorielles ne sont pas critiquées par la "plupart des historiens"

Eric Zemmour s'est dit ce dimanche "hostile aux lois mémorielles" qu'il juge liberticides. D'ailleurs, selon lui, il ne serait pas le seul. Le polémiste a ainsi assuré sur Europe 1 que "la plupart des historiens français ont protesté contre ces lois qui empêchent la liberté de la recherche historique". Si ces lois ont bel et bien fait l'objet de vives critiques, elles n'ont pas été au cœur d'une levée de bouclier généralisée comme le laisse penser le polémiste. 

Pour rappel, en France, il existe quatre lois mémorielles. La première, qui remonte au 13 juillet 1990, a permis de créer le délit de négationnisme. C'est cette loi qui, au moment de son instauration, avait fait l'objet de premières attaques, mais venant uniquement de la part d'une minorité d'historiens, dont Pierre Vidal-Naquet et Madeleine Rebérioux. Ils avaient publiquement pris parti contre cette loi, estimant qu'il n'appartenait pas au politique de qualifier les faits historiques. 

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Les Vérificateurs : les lois mémorielles sont-elles liberticides ?

Cette première loi - dite Gayssot - fut suivie en 2001 par une deuxième loi portant sur le génocide arménien ainsi qu'une autre sur l'esclavage. Enfin la dernière en date, en 2005, portait sur la reconnaissance de la Nation en faveur des Français rapatriés. Or, c'est effectivement cette dernière loi qui a fait l'objet de vives protestations de "la plupart des historiens" pour reprendre les mots du concurrent de Marine Le Pen. 

Cependant, il ne s'agit pas de reproches visant le principe de lois mémorielles, mais un passage en particulier. Très précisément, il s'agit de l'alinéa 2 de l'article 4, dans laquelle on lit que "les programmes scolaires reconnaissent le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord". C'est uniquement cette petite phrase sur le "rôle positif" de la colonisation qui avait suscité la colère des historiens, poussant le gouvernement de Nicolas Sarkozy à le supprimer. 

"2 millions d'étrangers en plus" sous Macron ?

Si l'histoire fait partie des sujets qu'aime traiter - et réécrire - Éric Zemmour, l'autre sujet de prédilection pour celui qui a été définitivement condamné en 2011 pour "provocation à la discrimination raciale", c'est l'immigration. De plateau en plateau, il assure qu'à la fin du mandat d'Emmanuel Macron, "on aura eu plus deux millions d'étrangers en plus venus pour la plupart du Maghreb et d'Afrique noire". Un calcul trompeur.

Dans les détails, le polémiste a voulu compter ce qu'il considère comme les chiffres annuels d'entrée sur le territoire. Pour ce faire, il a additionné le nombre de titres de séjour, accordés pour des raisons économiques, familiales, ou pour les études, les demandeurs d'asile et le nombre de mineurs isolés. Si l'on utilise la méthode d'Éric Zemmour, cela donne 390.000 entrées en 2017, 417.000 en 2018, 448.000 entrées pour 2019 et 350.000 en 2020, année particulière en raison du Covid-19. Soit environ 400.000 par an. Si l'on projette ensuite cette moyenne sur 2021 et 2022, en retirant l'année 2017 durant laquelle Emmanuel Macron n'a été président que six mois, on obtient bien le chiffre final de 2.082.000 étrangers supplémentaires en cinq ans.

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 Seulement, cette addition sommaire a plusieurs limites, qui la rendent complètement erronée. D'une part, comme nous vous l'expliquions ici, additionner le nombre de titres de séjour délivrés et le nombre de demandes d'asile enregistrées revient à comptabiliser deux fois certaines personnes. Ainsi, un individu qui effectue une demande d'asile figure à ce moment-là dans les statistiques de l'Ofpra, mais une fois la demande acceptée – et donc transformée en titre de séjour – la personne apparait également dans les statistiques du ministère de l'Intérieur. Ainsi, sur les 277.406 titres de séjour attribués en 2019, 36.512 l'ont été suite à des demandes d'asile, soit plus d'un sur six.

En plus d'intégrer certaines personnes deux fois, Éric Zemmour oublie d'en retirer un certain nombre. Il s'agit des sorties de territoire. Prenons l'exemple des étudiants. Ils représentent 90.000 personnes sur 2019, soit près d'un tiers des titres de séjour délivrés. Sauf qu'une partie d'entre eux repartent au bout d'un an, environ la moitié selon le ministère de l'Intérieur. Idem pour l'immigration liée au travail. 

Si les chiffres utilisés par le polémiste sont authentiques, l'idée selon laquelle ils représenteraient une immigration définitive est fausse. Oui, le solde migratoire est bel et bien positif en France, mais pas dans les proportions données par le polémiste. Les derniers chiffres sur le sujet, détaillés par l'Insee, faisaient état pour 2017 de 63.000 départs, pour un total de 261.000 entrées.

Non, la moitié des retraites ne sont pas versées à des personnes nées à l'étranger

L'idée selon laquelle les cotisations des Français servent à faire vivre des étrangers est une idée largement relayée par la sphère d'extrême droite. Pour ce faire, les internautes diffusent notamment une fausse information selon laquelle la moitié des retraites seraient versées à des étrangers. Elle part d'un rapport de la Cour des comptes qui cite les chiffres du gouvernement sur le nombre de personnes nées à l'étranger et immatriculées à la sécurité sociale. Il faisait alors état de 12,4 millions de personnes nées à l'étranger – y compris les Français nés hors de l'Hexagone – et possédant un numéro permettant de recevoir des prestations sociales. Parmi elles, 62% avaient un "droit ouvert" à des prestations retraite. Ce qui équivaut à environ 7,7 millions de personnes. 

Ce qui pourrait laisser penser que 7,7 millions de personnes nées à l'étranger touchent ces versements, soit la moitié des 14,5 millions de retraités du pays. Seulement, comme l'a expliqué par le passé la Caisse nationale d'assurance vieillesse (Cnav) à Checknews, ce chiffre ne correspond pas à un nombre de retraités ayant des droits ouverts dans les faits. Il prend en effet en compte des doublons ainsi que des personnes ayant des droits, mais sans toutefois les percevoir. D'ailleurs, la Cour des comptes précise bien dans ce rapport que "pour les prestations familiales et de retraite, il s'agissait du versement de prestations, actif ou suspendu". 

Alors quel est le bon chiffre ? Selon l'organisme, il n'y a en réalité que 2,6 millions de personnes recevant de manière effective des droits à la retraite qui soient nés à l'étranger, dont certains Français. Soit 18% du total. 

Vous souhaitez nous poser des questions ou nous soumettre une information qui ne vous paraît pas fiable ? N'hésitez pas à nous écrire à l'adresse lesverificateurs@tf1.fr. Retrouvez-nous également sous Twitter : notre équipe y est présente derrière le compte @verif_TF1LCI.

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