Être beau, jeune et en bonne santé : les politiques face à la tyrannie de l'apparence

Être beau, jeune et en bonne santé : les politiques face à la tyrannie de l'apparence

IMAGE - Depuis son malaise le 11 septembre dernier, la campagne d’Hillary Clinton connaît un sérieux coup d’arrêt. Car plus que jamais de nos jours, la santé des candidats, leur apparence, leur âge ont de l’importance pour les électeurs, comme l’explique le sociologue Jean-François Amadieu dans son dernier livre, "La société du paraître".

 "Ils diront que je suis vieux. Je viens de fêter mon 71e anniversaire, bel âge pour accéder au pouvoir", déclarait Alain Juppé à la fin du mois d’août en faisant sa rentrée politique à Chatou. Le 12 septembre sur RTL, l’ancien Premier ministre poursuivait : "Si j’avais des doutes sur ma capacité de santé à assumer ma tâche, je m’arrêterais tout de suite (…) Oui, j’ai 71 ans, je vous fais remarquer que Donald Trump, qui attaque beaucoup Hillary Clinton sur ce terrain, a deux ans de plus qu’elle et pratiquement mon âge." Pourquoi le candidat à la primaire de la droite a-t-il autant besoin de se justifier à propos de son âge ? Car pour les électeurs, il s’agit d’un véritable handicap.

"Dans les sondages, on remarque qu'ils ont de vraies réticences à l’égard des candidats âgés, explique à LCI Jean-François Amadieu, directeur de l'Observatoire des discriminations. Prenez Hillary Clinton, elle n’est pas attaquée parce qu’elle est une femme mais parce que son âge peut entraîner des problèmes de santé." Dans son livre La société du paraître*, le sociologue assure qu'aux yeux des électeurs, d’après les résultats d’un sondage réalisé en 2007 aux Etats-Unis, il est plus ennuyeux d’avoir plus de 70 ans que de ne pas avoir fait d’études, d’avoir consommé de la drogue, d’être musulman ou homosexuel. Les hommes politiques se plient donc aux désirs des électeurs, et "mentent ou se montrent en pleine forme", remarque-t-il. Regrettant que les politiques préfèrent argumenter sur leur âge "plutôt que dire à quel point cela est révélateur du rejet des seniors dans notre société."

De l'importance du régime

Sur le site de campagne de Nicolas Sarkozy, il ne faut pas naviguer bien longtemps entre les rubriques pour tomber sur des photos de l’ancien président en train de faire son footing ou du vélo. On le sait, l'ex-chef de l'Etat a souvent communiqué là-dessus lorsqu’il était à l'Elysée, souhaitant apparaître comme un président dynamique et en forme. Dès son arrivée au pouvoir, l’ex-maire de Neuilly avait suivi un régime drastique, et avait même demandé à ses ministres de faire de même. François Hollande aussi est passé par la case régime avant de déclarer sa candidature à la primaire socialiste de 2011. Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, qui a récemment longuement parlé de sa passion pour le quinoa, ont également entrepris des régimes. 

"Ils diront tous qu’ils cherchent à maigrir pour atteindre leur poids de forme et pour se sentir mieux dans leur corps. La vérité, c’est qu’ils savent que les gros sont discriminés", analyse Jean-François Amadieu. "Ils font ces régimes pour leur image, parce qu’être trop gros serait dévastateur pour eux. Ils sont soumis à la pression", poursuit-il. "Au lieu de s’adresser aux Français qui en souffrent, ils restent sur la défensive, regrette le sociologue. Ils devraient aider à lutter contre les stéréotypes et les préjugés. Mais ils choisissent d’aller dans le sens des électeurs, et de succomber au racisme anti-gros, comme au jeunisme." 

"L’apparence des candidats a un impact sur les personnes susceptibles de changer d’avis dans l’isoloir"- Jean-François Amadieu

En effet, si les hommes politiques font tout cela, on l’a bien compris, c’est par pur calcul politique. "Les électeurs indécis sont les clés des élections, explique Jean-François Amadieu. Or, ceux-ci, puisqu’ils connaissent mal les programmes ou ne s’y intéressent pas, sont sensibles au physique des candidats. Leur apparence a un impact sur les personnes susceptibles de changer d’avis dans l’isoloir." 

Lorsqu’il faut choisir un candidat au dernier moment, les électeurs s’attachent en effet aux visages des politiques, à leurs traits qui les font paraître plus ou moins compétents, plus ou moins combattifs, plus ou moins sérieux. Dans son livre, Jean-François Amadieu explique également que la beauté rassure inconsciemment les électeurs sur la bonne santé des candidats. Des chercheurs américains ont d'ailleurs démontré que dans les Etats où la santé est un problème, les électeurs sont très sensibles au physique de ceux pour qui ils votent. La boucle est bouclée. 

* La société du paraître, de Jean-François Amadieu, aux éditions Odile Jacob. 

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