Européennes : Martin Schulz en campagne contre le FN en Moselle

Politique

REPORTAGE - Vedette de la campagne socialiste pour les européennes, le candidat social-démocrate à la Commission européenne Martin Schulz a fait escale vendredi à Forbach, en Moselle. Un lieu symbolique : après avoir raté de peu la mairie, le FN y est donné vainqueur au scrutin de dimanche prochain.

Le PS l'a envoyé au charbon. Mais c'est de bon cœur que Martin Schulz remplit sa mission . Vendredi, le candidat des socialistes à la présidence de la Commission européenne a fait escale dans le bassin charbonnier mosellan de Forbach, pour prêter main-forte à la liste socialiste du Grand Est, emmenée par le médiatique metallo de Florange Edouard Martin. Le lieu n'a pas été choisi au hasard. Donné vainqueur pour le scrutin du 25 mai prochain, le FN, derrière sa figure locale Florian Philippot, a bien failli ravir au PS la mairie de cette ville de 21.000 habitants aux dernières municipales. "Ici, c'est aussi la preuve que lorsque les démocrates se mobilisent, ils peuvent battre le FN", nous affirme, dans un français presque parfait, le président du Parlement européen.

L’homme affiche sa confiance. Ici, il est un peu comme chez lui. Originaire de la région frontalière de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie où il fut libraire, il a lui aussi du sang de mineur dans les veines. La région, il la connaît bien. Bien décider à ne pas la laisser aux mains du FN , il égratigne le parti à tout va. "Marine Le Pen ne veut pas débattre avec moi, elle en a peur, nous assure-t-il en riant. "De toute façon, débattre avec le FN ne sert à rien. Ils critiquent tout mais ils n'ont d'idées sur rien". Un discours qu'il martèlera plus tard, devant un parterre de cent cinquante militants socialistes venus l'acclamer au cri de "Martin président !" dans la salle des fêtes de Forbach, comble pour l'occasion.

"C'est un mec comme nous, il nous comprend"

Pour séduire les déçus de l'Europe, le président du Parlement européen l'assène : lui seul peut changer les choses. Reprenant l’anaphore de François Hollande, il promet que s'il est élu à Bruxelles, il sera le porte-parole de ces sans-grade, de tous ceux qui ont perdu l’espoir à cause de la crise. "Moi, président de la Commission, je veux que l'Europe ne se préoccupe plus des milliards des banques, mais de tous ces gens qui parlent en milliers voire en centaines d'euros. J'ai été maire d'une ville de 40.000 habitants, rappelle-t-il. Je sais de quoi je parle." L'homme n'hésite pas à cogner sur l'"austérité", les "grands capitaux", le "patronat et ses entreprises esclaves". Une musique qui fait mouche à l'oreille des militants socialistes. A la Commission, "Martin Schulz ne sera pas l’héritier de José Manuel Baroso mais celui de Jacques Delors", lance à la tribune le député européen allemand Joe Leinen, venu aussi prêter main-forte.

Les militants sont emballés. "J'aime son dynamisme", nous lance Josée, retraitée, revigorée par le "franc-parler" de Schulz. "C'est un mec comme nous, il nous comprend", nous assure de son côté Farid, 28 ans : "Il combat le racisme, il défend le travail, tout ça, ce sont nos valeurs". "S'il gagne, il y aura un grand changement", renchérit son ami Karim, 44 ans. Avant je ne m'intéressais pas à l'Europe. Mais avec la menace du FN, j'ai envie de me mobiliser. Et lui, je sais qu'il peut rassembler".

La partie est pourtant loin d'être gagnée. A un journaliste allemand qui lui souhaite "Viel glück !" (bonne chance) il glisse, en allemand : "De la chance, je vais en avoir besoin". Martin Schulz le sait : face à lui, le candidat de la droite, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, est donné favori pour prendre la tête de la Commission. Après quelques séances photos avec les jeunes socialistes, qui arborent des tee-shirts rouges à son effigie, Martin Schulz s'engouffre dans sa voiture. Sa campagne effrénée se poursuit loin du bassin minier. Direction l'Autriche, la Croatie, le Portugal... Dans sa poche, son porte-bonheur qui ne le quitte jamais : un petit hippopotame bleu, offert par sa fille. Paisible et féroce à la fois. Il sied bien à l'animal politique. 

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