Extension du congé après la perte d’un enfant : chronologie d’un couac

Extension du congé après la perte d’un enfant : chronologie d’un couac
Politique

ITINÉRAIRE D'UNE POLÉMIQUE - Après le rejet par la majorité d'une proposition de loi visant à instaurer un congé de douze jours au lieu de cinq après la perte d’un enfant mineur, les critiques sont venues de gauche comme de droite en passant par le patronat et même... Emmanuel Macron.

Le gouvernement se serait bien passé de cette polémique. À quelques jours de l'examen du projet de réforme des retraites, l'exécutif doit gérer un nouveau tollé : celui provoqué après le rejet par la majorité à l'Assemblée nationale d'une proposition de loi permettant l'extension du congé pour les parents endeuillés par la perte d'un enfant mineur. Une mesure qui devait faire passer le délai prévu dans pareilles circonstances de cinq à douze jours. 

Lire aussi

Du retoquage de la proposition à la tentative de rétropédalage de la majorité, retour sur ce couac en quatre dates.

Jeudi 30 janvier : la proposition est rejetée

Tout a commencé jeudi dernier au Palais Bourbon. À l'ordre du jour, les propositions du groupe UDI-Agir et Indépendants. Cette "niche" parlementaire, réservée au parti centriste, devait permettre de procéder à l'examen de plusieurs textes. Parmi eux, on trouve le sujet de la protection du patrimoine sensoriel des campagnes françaises ou encore de l'ouverture du marché du travail aux personnes atteintes de diabète. Mais c'est un autre débat qui s'invite alors dans l'hémicycle : le député du Nord Guy Bricourt demande que soit instauré un "congé deuil" de douze jours consécutifs en cas de décès d'un enfant mineur, contre cinq aujourd'hui. 

Face à ses pairs, Guy Bricout fait valoir que le délai actuel n'est "pas à la hauteur", qu'il est insuffisant pour "reprendre pied suite à la mort d'un enfant". Rappelant que, chaque année en France, 4500 enfants meurent avant d'avoir atteint la majorité, l'élu en appelle à l'"humanité" de ses collègues. Rien n'y fait, la proposition est rejetée. Par 40 voix contre 38, la majorité présidentielle s'oppose au texte. 

Pourquoi ? Pour la députée LaREM Sereine Mauborgne, qui plaide pour la création d'un "compte de don", pas besoin d'allongement de congés, mieux vaut s'en remettre à la solidarité des salariés. Même son de cloche du côté de la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, qui met elle aussi en avant la nécessité d'un "élan de solidarité" avec la possibilité de donner des RTT à un collègue endeuillé. Un type de faveurs, jusque-là réservée aux longues maladies d'un enfant, que l'Assemblée nationale venait d'autoriser ce jour-là.

Lire aussi

Vendredi 31 janvier : de l’extrême gauche au patronat, l'opposition est unanime

Il n'en aura pas fallu plus pour mettre le feu aux poudres. De toute part, on monte au créneau. À droite, on partage sa "honte" du refus de la majorité d'étendre le congé, comme l’a fait le député Pierre Cordier, apparenté Les Républicains. "On parle de la tragédie des tragédies", s'emporte de son côté la France Insoumise, par l'intermédiaire de François Ruffin, qui dénonce une majorité "mesquine" et s'insurge : "Douze jours, je pensais que ça passerait comme une lettre à la poste !"

Vendredi matin, c'est même le patronat qui s'y met. L'ancienne présidente du Medef, Laurence Parisot, écrit sur Twitter que le syndicat "s'honorerait à demander un nouveau vote de cette proposition". Directement interpellé, son successeur, Geoffroy Roux de Bézieux, lui emboîte le pas. "C'est une évidence et c'est lancé", assure-t-il. 

Samedi 1er février : Macron entre en jeu

Dans la foulée, l'étincelle devient brasier. Dès samedi, Emmanuel Macron se voit obligé de monter au créneau pour tenter de faire cesser la polémique. Le chef de L'État demande au gouvernement de "faire preuve d'humanité".

En vidéo

"Emmanuel Macron demande au gouvernement de "faire preuve d'humanité"

Le gouvernement reconnaît alors "une erreur". "Face au deuil, il faut du soutien psychologique et nous allons le renforcer", déclare ainsi Muriel Pénicaud, qui s'engage "à trouver dans les tout prochains jours les solutions" pour un allongement à 12 jours.

Lundi 3 février : le rétropédalage

Un rétropédalage en grande pompe de la ministre du Travail qu'a imité le parti majoritaire dès le lendemain. Par la voix de la députée Olivia Grégoire, La République en Marche promet une nouvelle proposition de loi pour "réparer" cette "lourde" erreur. "On va proposer mieux, et très vite", souligne-t-elle sur CNEWS. 

L'avis des principaux concernés permettra-t-il à l'exécutif de parvenir à une solution ? Si rien n'est moins sûr, des associations de parents doivent rencontrer la ministre de la Santé ce mardi pour discuter de la question.

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter

Alertes

Recevez les alertes infos pour les sujets qui vous intéressent