"Fake News", liberté d'informer, rapports avec le pouvoir : ce qu'il faut retenir des voeux de Macron à la presse

MISE AU POINT - Le Président a profité de ses vœux aux journalistes pour clarifier les relations qu'il souhaite avoir avec la presse et annoncé des projets de lois pour la transparence des médias en ligne et l'audiovisuel public. Voici ce que l'on peut retenir.

Un hommage assorti d'une série de clarifications. Emmanuel Macron a présenté mercredi 3 janvier les premiers voeux à la presse de son quinquennat, bien éloigné de la tonalité de ceux qui émaillaient les propos de son prédécesseur François Hollande. Le chef de l'Etat a clarifié les relations - plutôt distantes - qu'il souhaitait avoir avec les journalistes, évoquant en outre deux projets de loi qui seront déposés courant 2018. Voici l'essentiel de l'intervention présidentielle. 

Soutien à la liberté de la presse

Après avoir rappelé que 65 journalistes avaient été tués l'an dernier dans le monde, et que 326 journalistes étaient emprisonnés "parce que leur parole dérange", Emmanuel Macron a loué "la liberté de la presse, la plus haute expression de la liberté". Cela étant, il a défendu - faisant allusion notamment à la situation en Turquie, où de nombreux journalistes sont incarcérés - la possibilité de continuer "à dialoguer avec les régimes qui ne partagent pas nos valeurs". "Se murer dans un silence peut être inconfortable, mais ne permet pas d'obtenir des progrès", a-t-il jugé. 


Plus largement, Emmanuel Macron, qui se voit reprocher de recevoir ce vendredi le président turc, a estimé que "la liberté de la presse n'est plus seulement attaquée dans les dictatures, elle est également malmenée en Europe". Le chef de l'Etat a notamment cité le cas de la Turquie, mais aussi de la Russie, évoquant "la tentation de la démocratie illibérale" au sein même de l'Union européenne. 

Lutte contre les "fake news"

Plus inédit, Emmanuel Macron s'est lancé dans un long développement sur le danger des "fake news", ou fausses informations "présentées comme vraies", fustigeant "une stratégie financée visant à entretenir des vérités alternatives". Une allusion probable à la campagne présidentielle française, lors de laquelle des hackers russes avaient été accusés de pirater la campagne d'Emmanuel Macron. "Cette montée des fausses nouvelles est totalement jumelle de cette tentation illibérale [de certains pays] parce qu'elle est financée par elle", a-t-il insisté. 


Jugeant qu'il y a "une porosité" entre les sites Internet qui propagent les fausses nouvelles et les "médias traditionnels", le chef de l'Etat a fustigé une pratique qui consiste à "inverser la charge de la preuve" en "salissant une personnalité, une figure politique, un journaliste". Emmanuel Macron a ainsi annoncé que son gouvernement déposerait un projet de loi visant, en période électorale, à imposer aux plateformes une transparence sur la publication de contenus sponsorisés, susceptibles de diffuser de fausses nouvelles. "Aucune liberté de la presse ne devra être remise en cause par ce texte", a-t-il assuré, appelant en outre la profession à organiser elle-même ses règles déontologiques. Une allusion à la proposition de Jean-Luc Mélenchon visant à créer une instance indépendante chargée de veiller à la déontologie des médias.

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Macron veut lutter contre les fake news en période électorale

Audiovisuel public

Emmanuel Macron, dont des propos rapportés -et démentis par l'Elysée - il y a peu sur l'audiovisuel public avaient créé la polémique en décembre, a également annoncé une concertation courant 2018 sur l'ensemble de ce secteur, avec à la clé un projet de loi "avant la fin de l'année". Pour le chef de l'Etat, la priorité est "l'information de qualité, de proximité, mais aussi la prise en compte de la coproduction européenne". "L'audiovisuel public", explique-t-il, "est le miroir tendu à la Nation, il doit être pensé pour tous les publics". 

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MACRON loi sur l'audiovisuel public

Relations avec le pouvoir

Critiqué depuis son élection pour avoir, selon les termes du journaliste d'investigation Gérard Davet, "tendu un rideau opaque entre le pouvoir et le journalisme, Emmanuel Macron a totalement assumé mercredi la ligne méfiante qu'il a adoptée. 

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Gérard Davet : "Macron veut tendre un rideau opaque entre le pouvoir et le journalisme"

Sans le nommer, Emmanuel Macron a pris exemple sur son prédécesseur François Hollande, dont les confidences multiples à des journalistes avaient causé bien des torts, notamment à la fin de son quinquennat. "Trop souvent, pouvoir et médias ont donné l'impression d'une complicité", a estimé le chef de l'Etat, vantant "un retour aux fondamentaux, le respect, l'exigence de vérité". Pour lui, cette "complicité" a "donné plus de place aux propos d'antichambre qu'aux paroles officielles". Avant de faire la leçon aux journalistes : "Votre travail est de déconstruire, contester, mais ce n'est ni la confidence, ni la connivence."


Au terme du discours de voeux à la presse, l'Elysée n'avait pas prévu de séance de questions-réponses avec les journalistes, mais seulement quelques échanges "informels"... Loin des caméras.

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