Traité d'Aix-la-Chapelle : non, Macron ne va pas "vendre" l'Alsace-Lorraine à l'Allemagne (ni lui céder son siège à l'Onu)

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FAKE NEWS – Depuis quelques semaines, une annonce circule sur les réseaux sociaux, dénonçant le traité d’Aix-la-Chapelle, que le chef de l’Etat doit signer avec Angela Merkel ce mardi 22 janvier. Traité dont l'extrême droite, de Debout la France à Marine Le Pen, a très largement détourné les fondamentaux.

Si l'on en croit certains dirigeants politiques d'extrême droite ou souverainiste, Emmanuel Macron serait sur le point de "vendre" dans le plus grand des secrets l’Alsace et la Lorraine aux Allemands en signant, ce mardi 22 janvier, avec la chancelière allemande Angela Merkel, le traité d’Aix la Chapelle. 


C’est bien d’une "nouvelle trahison de la nation" qu’est ainsi accusé depuis plusieurs jours le président de la République sur les réseaux sociaux, et au sein de certains groupes de Gilets jaunes, un mois après avoir été taxé – à tort – de mettre en péril la souveraineté de la France en adoptant  le "Pacte de Marrakech". 

"Nouvelle trahison de la Nation"

Dans une vidéo YouTube (supprimée depuis), le député européen Bernard Monot Debout la France (ex-FN) dénonce les effets de la signature de ce traité fantasmé. "Comme pour le Traité de Marrakech, nous sommes tous enfumés par le pseudo grand débat national pendant que, dans notre dos, Macron prépare un secret un nouveau putsch contre la France." 


Cet élu souverainiste, dont les arguments sont relayés dans un article du site d’extrême droite Résistance Républicaine, affirme qu’avec la signature de ce traité, "l’Alsace repassera sous gestion allemande, et la langue administrative sera l’allemand". Bernard Monot martèle que ce "traité funeste" vise à "faire sortir des régions frontalières françaises du territoire national."


Une intox reprise par Marine Le Pen tout le long de la semaine, y compris ce vendredi sur CNews, où elle déplore que le traité prépare la France à "partager le siège de la France au Conseil de sécurité [de l'Onu]". 

Intox de taille

Pourtant, le traité en question ne comporte aucune de ces dispositions évoquées. "C’est évidemment faux",  rétorque l’Elysée à nos confrères de 20 minutes. "Ce traité crée des outils, il ne change pas en lui-même nos lois et respecte par définition notre Constitution."

 

L’Elysée explique que le traité, dont les articles sont consultables sur le site Contexte, a une visée purement économique, et qu’il "permettra aux collectivités transfrontalières d’identifier les blocages sur le terrain, pour (…) adapter le droit aux situations locales, et faciliter la vie des citoyens vivant près de la frontière allemande." 

Quant à l'affirmation de Marine Le Pen, elle n'est pas plus vraie. S'il a été un temps question de partager le siège français au Conseil de sécurité de l'Onu, ce n'est plus le cas aujourd'hui. L'article 8 du chapitre 2 du traité dit ceci, comme le rappelle La Croix : "L'admission de la République fédérale de l'Allemagne en tant que membre permanent du conseil de sécurité des Nations unies est une priorité de la diplomatie franco-allemande." Pour le dire le plus clairement possible : faire entrer l'Allemagne, qui réclame cette place au même titre, par ailleurs, que le Brésil, l'Inde et le Japon, oui. Rendre le siège de la France, non.

Coopération concrète

Le gouvernement dément également l'affirmation selon laquelle ce traité ferait de l’allemand la langue administrative de la région. Au contraire, le traité prône un "apprentissage mutuel de la langue de l’autre", dans chacun des pays, attachés à "l’objectif du bilinguisme dans les territoires frontaliers."


L’Elysée défend par ailleurs un traité qui "pose des bases de projets très concrets de coopération", à savoir une "clause de défense mutuelle franco-allemande, la création d’une plateforme commune de contenus audiovisuels, la création d’un fonds pour la société civile etc."

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