Féministes arrêtés en Arabie saoudite : les eurodéputés condamnent, pas Michèle Alliot-Marie et Rachida Dati

Féministes arrêtés en Arabie saoudite : les eurodéputés condamnent, pas Michèle Alliot-Marie et Rachida Dati

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PARLEMENT EUROPÉEN - Le 31 mai, le Parlement européen a voté une résolution condamnant l'arrestation en Arabie saoudite de 7 femmes et 4 hommes qui militent pour les droits des femmes dans le pays. Contrairement à leurs collègues eurodéputés du PPE, les deux ex-ministres Michèle Alliot-Marie et Rachida Dati ont voté contre.

Les Saoudiennes ont récemment obtenu le droit de conduire dans leur pays. Mais la situation des militants féministes reste critique dans le royaume wahhabite, comme en témoigne l'arrestation, le 15 mai 2018, de sept femmes (Loujaïn al-Hathloul, Aïcha al-Mana, Madeha al-Ajrouch, Eman al-Nafjan, Aziza al-Youssef, Hessah al-Cheikh et Walaa al-Chubbar) et quatre hommes (Ibrahim Fahad Al-Nafjan, Ibrahim al-Modeimigh, Mohammed al-Rabiah et Abdulaziz al-Meshaal) connus pour leur militantisme dans ce domaine. Ils ont notamment été accusés d'être des "agents de l’étranger". 


Le 31 mai, le Parlement européen a voté une résolution qui condamne ces arrestations, qu'il qualifie de "harcèlement". Les eurodéputés ont approuvé le texte par 525 voix pour, 29 contre et 71 abstentions, comme l'indique le compte rendu des votes (pages 11 et 12 du lien donné ci-dessus). Parmi les "contre", on trouve Michèle Alliot-Marie et Rachida Dati. Les deux ex-ministres du mandat Sarkozy, désormais députées européennes, sont les seuls représentants de la France à s'être opposés à la résolution, alors que leur formation, le Parti populaire européen (PPE), a majoritairement voté pour. Une situation qui a attiré l'attention du chercheur spécialiste du Moyen-orient Romain Caillet.

Pour Michèle Alliot-Marie, le Parlement européen est trop sévère avec l'Arabie saoudite et pas assez avec l'Iran

LCI a contacté les deux députées européennes pour connaître les raisons de leur vote. Si le cabinet de Rachida Dati n'a pas répondu à l'heure où nous publions cet article, celui de Michèle Alliot-Marie a donné son explication de vote. "Nous soutenons et nous soutiendrons toujours les droits des femmes et des défenseurs des droits de l’Homme, quel que soit le pays. Ce qui m’a conduit à voter pour les parties du texte et les amendements allant dans ce sens. Néanmoins, le Parlement européen se déconsidère, s'il n'applique pas de façon équivalente ses critères et ses valeurs", nous affirme MAM.


Et l'eurodéputée de poursuivre : "Alors que la situation des femmes et celle des droits de l'Homme est au moins aussi critique en Iran qu’en Arabie saoudite, les deux résolutions à l'égard de chacun de ces pays sont totalement déséquilibrées ; complaisante à l'égard de l'Iran, très dure, voire caricaturale, à l'égard de l'Arabie saoudite." Le Parlement européen a effectivement voté à main levée, lors de la même session, une résolution appelant l'Iran "au respect des défenseurs des droits de l'homme".


Michèle Alliot-Marie reproche également à la résolution concernant l'Arabie saoudite d'être "à l'inverse même des principes défendus par l'Union européenne, en particulier une injonction au gouvernement de prendre des mesures qui relèvent exclusivement de la décision des tribunaux..." Sur ce point, la résolution reste floue : effectivement, elle "invite le gouvernement d’Arabie saoudite à libérer immédiatement et sans condition tous les défenseurs des droits humains et les autres prisonniers d’opinion détenus", mais en appelle aux "autorités saoudiennes" dans le reste du texte.

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ARCHIVES - Arabie saoudite : les femmes s'émancipent

En 2015, "MAM" avait cherché à enlever l'Arabie saoudite du rapport du Parlement européen sur la situation des droits de l'Homme

Toujours à LCI, Michèle Alliot-Marie, qui est par ailleurs présidente de la délégation du Parlement européen "pour les relations avec la péninsule arabique", estime que "ces dispositions [de la résolution] ont été en réalité inspirées par des lobbyistes qui ne portent que leur intérêt, bien souvent éloigné de la réalité des valeurs qu’il nous faut défendre". Le cabinet de l'élue se veut plus clair et évoque explicitement un "lobbying iranien" et une "pression médiatique" devant lesquels les eurodéputés "ont courbé l'échine". Reste qu'en janvier 2015, "MAM" avait déjà cherché à ménager l'Arabie saoudite, ainsi que le Koweït, en proposant d'enlever leur nom du rapport annuel du Parlement européen sur la situation des droits de l'homme (tout en conservant la mention de l'Irak, de l'Indonésie, du Vietnam ou du Nigéria), comme le révélait L'Express  à l'époque.


Alors, caricaturale et intéressée, cette résolution visant l'Arabie saoudite ? Les arguments de Michèle Alliot-Marie n'ont, en tout cas, pas convaincu les autres eurodéputés français du PPE, qui ont tous voté en faveur du texte. Parmi eux, Nadine Morano et plusieurs élus (Marc Joulaud, Jérôme Lavrilleux, Elisabeth Morin-Chartier) se sont tout d'abord prononcés contre la résolution, avant de corriger leur vote.


Contactée par LCI, Nadine Morano assure que cette correction n'est due qu'à un problème technique et se refuse à commenter le vote de Michèle Alliot-Marie et Rachida Dati. "On peut parler des avancées des droits en Arabie saoudite, mais pour moi ça reste clairement insuffisant",  nous indique-t-elle, assurant "défendre résolument les femmes saoudiennes et iraniennes". Quitte à être donc trop caricaturale selon les critères de ses collègues.

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