Fichés S : Wauquiez, Le Pen, Dupont-Aignan font dans la surenchère

POLITIQUE - Le passage à l'acte de Radouane Lakdim, fiché S depuis 2014, a relancé le débat sur la surveillance des personnes radicalisées. Ce lundi, plusieurs personnalités de droite y vont de leur proposition : internement des plus dangereux, déchéance de la nationalité française, expulsion... quant à la gauche, elle dénonce des propositions démagogiques.

Radouane Lakdim, l’auteur des attentats de Carcassonne et de Trèbes, avait été fiché S en 2014. Une fiche qui comprend deux mentions destinées, comme toutes les fiches S, à préciser les consignes que gendarmes ou policiers doivent respecter en cas de contrôle.  Le motif de la fiche S figurait d'ailleurs expressément : "En relation avec la mouvance islamiste radicale". Mais elle n'apportait en revanche aucun élément sur la dangerosité potentielle de cette homme qui a tué 4 personnes en quelques heures vendredi. 


Fallait-il arrêter préventivement Radouane Lakdim au seul motif qu'il était fiché S ? Dès le lendemain des attentats, une partie de l'opposition, essentiellement de droite, a dénoncé le laxisme supposé du gouvernement et proposé un durcissement des mesures de contrôle. Quitte à faire dans la surenchère. Près de 20 000 personnes sont concernées en France par une fiche S selon une estimation faite par Manuel Valls en 2016. 

Interner les fichés S pour terrorisme

Laurent Wauquiez réclame depuis des années l’internement des fichés S dès lors qu'ils sont fichés pour terrorisme. Il l’a rappelé ce lundi matin lors d’une allocution prononcée depuis le siège du parti Les Républicains. "Je demande qu’on ne se contente plus de suivre les islamistes en attendant qu’ils passent à l’acte. Il faut les mettre hors d’état de nuire avant qu’ils ne fassent couler le sang d’innocents. Il faut interner les plus dangereux, comme je le demande inlassablement depuis plus de trois ans."


Même Manuel Valls, l'ancien Premier ministre socialiste, a évoqué dimanche l'hypothèse d'un internement préventif pour les fichés S. "On peut regarder les choses concernant les fichés S. Il peut y avoir, regardons ça de près, les questions liées à la rétention administrative pour ceux dont on considère qu’ils représentent un danger, évidemment sous l’autorité du juge et à un moment ou l’autre, s’il ne se passe rien, on ne peut pas le retenir. La rétention administrative est une privation de liberté."


Pour que cette mesure puisse être mise en place, il faudrait toutefois que les autorités arrivent à se mettre d’accord sur ce qui fait qu’un fiché S est plus dangereux qu’un autre. L’exemple de Radouane Lakdim montre que jusqu'à son passage à l’acte, il n’avait pas été considéré comme dangereux par les services de renseignement. Le procureur de la République de Paris a expliqué qu’aucun "signe précurseur pouvant laisser présager un passage à l’acte terroriste" n’avait été décelé.

Expulser les fichés S étrangers

Sur ce point, Laurent Wauquiez et Marine Le Pen sont d'accords. Ce lundi, le premier a expliqué : "Il faut expulser immédiatement ceux qui ne sont pas Français. De nombreux individus de nationalité étrangère et proches des mouvances islamistes continuent à résider sur notre territoire. Il faut le dire clairement : nous ne voulons pas d’eux sur notre sol. L’incitation à la haine de la France, qu’il y ait passage à l’acte ou pas, doit conduire à l’expulsion des étrangers."


Quant à la présidente du Front national, elle a de nouveau exprimé sur RMC et BFM TV son souhait que "les fichés S étrangers soient immédiatement expulsés" de France. "A partir du moment où un étranger représente un danger, quel qu’il soit, il n’a aucune raison d’être sur notre territoire" a dit Marine Le Pen, qui toutefois n’est pas d’accord avec la proposition de Laurent Wauquiez d’interner ces personnes surveillées pour radicalisme.


Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, s'est également prononcé pour l'expulsion des fichés S étrangers. "Il faut rétablir l’état d’urgence, premier point. Pour se donner les moyens juridiques, car nous ne les avons pas aujourd’hui, d’expulser les étrangers fichés S." Il souhaite également "trouver un système pour les fichés S (français, ndlr) à géométrie variable, bracelet électronique ou internement administratif."

Déchoir les fichés S binationaux de la nationalité française

Si la présidente du Front national souhaite que les fichés S étrangers soient expulsés, elle demande que les binationaux "soient déchus de la nationalité française et expulsés". Marine Le Pen veut aussi que les fichés S de nationalité française "fassent l'objet des foudres de l'article 411-4 du code pénal sur l'intelligence avec l'ennemi".


Sur LCI, le député FN du Gard Gilbert Collard a même laissé entendre qu'il appliquerait la déchéance de nationalité pour les fichés S français s'il était au pouvoir. "Il faut être implacable" a-t-il justifié, même si le droit français interdit de mettre en oeuvre une telle mesure et de créer des apatrides.

La gauche dénonce des mesures démagogiques

Laurence Rossignol, sénatrice socialiste, a estimé que la rétention administrative proposée par Laurent Wauquiez n'était pas une "bonne solution". "On a déjà du mal à traiter le problème de la radicalisation en prison. (…) Faire des rétentions administratives, c’est rassembler ensemble les fichés S (…) mais là encore c’est des bouillons de culture de la radicalisation, donc je ne crois pas que ce soit la bonne solution". 


Selon le député de La France insoumise Eric Coquerel, "On ne peut pas interner tous les fichés S, ce n’est pas possible. D’abord parce que le droit fait que tant que quelqu’un n’est pas coupable vous ne pouvez pas l’interner. Par contre il faut davantage les surveiller, davantage de moyens. (…) Peut-être qu’il faut encore plus restreindre les personnes qui sont extrêmement dangereuses pour pouvoir les suivre de manière attentive. Mais ne soyons pas démagogiques."


Au gouvernement, Christophe Castaner s'est exprimé sur le sujet. "Si demain vous dites tous les fichés S sont en prison, d’abord vous violez totalement les fondamentaux de droit qui font ce que nous sommes en France. on va en prison quand on est condamné, pas éventuellement quand on est suspecté, pas parce qu’on a été voir un site internet" a-t-il déclaré dimanche sur CNews et Europe 1. 


François de Rugy, président de l'Assemblée nationale, pense aussi qu'interner tous les fichés S n'est pas une bonne solution. "Dire : il faut enfermer tout le monde, c’est impossible et ça ne marcherait pas. Si on dit il y a 20.000 fichés S et qu’on va les mettre en centre de rétention – on ne dit pas prison mais ça s’apparente à des prisons, sinon ça n’est pas sérieux – alors sur les 20.000, combien ? Là, plus personne n’est capable de le dire. On dit qu’il y a 10.000 fichés S radicalisés. On va tous les enfermer ? Et au bout d’un moment, on les aura gardés six mois, un an, deux ans, trois ans peut-être, ils auront une bonne conduite dans leur établissement de rétention et on dira qu’on les libère. Ca n’est pas ça la bonne façon de procéder." 

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