"Filières bulgares ou ukrainiennes clandestines" : les propos de Macron sèment la zizanie entre Paris, Kiev et Sofia

"Filières bulgares ou ukrainiennes clandestines" : les propos de Macron sèment la zizanie entre Paris, Kiev et Sofia
Politique

POLÉMIQUE - Emmanuel Macron a vilipendé cette semaine les "filières bulgares clandestines" et le "travail détaché dissimulé". Des propos "insultants", a estimé la Bulgarie qui a convoqué l'ambassadrice de France à Sofia.

C'est une petite phrase, glissée par Emmanuel Macron au détour de son interview polémique à Valeurs actuelles, qui n'est pas passez inaperçue en Bulgarie. La ministre des Affaires étrangères a protesté contre des propos "insultants" de la part du président français, après que celui-ci s'en prenne aux "filières bulgares clandestines" et au "travail détaché dissimulé". Du côté de Paris, on minimise ce samedi soir l'incident diplomatique, assurant que des "clarifications" ont été apportées de la part de l'Elysée.

La brouille a débuté après un entretien publié dans Valeurs actuelles, au cours duquel Emmanuel Macron a estimé - au sujet de la politique migratoire de la France - "préférer avoir de la migration légale, enregistrée, sous quotas, pendant X années, plutôt que du travail détaché dissimulé". Et d'appuyer : "Je préfère avoir des gens qui viennent de Guinée ou de Côte d'Ivoire légaux qui sont là et qui font ce travail (pour des secteurs comme le BTP et la restauration ayant besoin de main-d'œuvre étrangère) que des filières bulgares ou ukrainiennes clandestines".

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Des "clarifications" ont été apportées, a assuré l'Elysée

Côté ukrainien, la grogne s'est matérialisée avec une "invitation" de l'ambassadeur français en Ukraine pour lui demander des explications sur "des propos attribués au président français". Dans un communiqué publié sur son site et rapporté par Le Parisien, le ministère des Affaires étrangères ukrainiennes a retenu de l'entrevue "qu'il n'y avait aucune plainte, côté français, à l'encontre des citoyens ukrainiens voyageant en France" et conclu que "les propos d'E. Macron concernant la migration et l'emploi légal ont été sortis de leur contexte."

Cela a été plus compliqué avec Sofia. A l'heure où de nombreuses tensions existent entre Paris et Sofia au sujet d'une réforme du transport routier en Europe, les protestations des autorités bulgares ont été immédiates. L'ambassadrice de France Florence Robine a ainsi été convoquée lundi 4 novembre au ministère bulgare "pour des explications" concernant cette interview, a fait savoir samedi le ministère bulgare des Affaires étrangères Ekaterina Zaharieva.

Du côté de Paris, on assure qu'il s'agit d'un quiproquo : les propos d'Emmanuel Macron visaient les filières illégales et non pas les travailleurs ressortissants de Bulgarie ou Ukraine. Des "clarifications" ont été apportées, assuré à LCI l'Elysée, précisant que le président français avait envoyé un SMS à son homologue bulgare. Le Premier ministre bulgare Boïko Borissov a pour sa part annoncé samedi soir que le président Macron l'avait contacté pour "confirmer son soutien à la Bulgarie" et pour l'assurer que ses propos avaient été mal interprétés. "En tant que Premier ministre, je ne permettrai à personne d'insulter notre peuple et j'espère que de telles situations ne se répéteront pas", a conclu le chef du gouvernement.

La réforme du secteur européen des transports, en cours de discussion, n'en demeure pas moins un sujet électrique. Ce projet vise notamment à lutter contre des pratiques illégales en imposant de nouvelles restrictions aux chauffeurs routiers détachés. Mais la Bulgarie - le pays le plus pauvre de l'Union européenne, qu'il a rejointe en 2007 - la perçoit comme une forme de protectionnisme dans le secteur routier, très important pour son économie.

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