Pourquoi de grands groupes embauchent-ils des (ex)politiciens ?

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ENTREPRISE – François Fillon, candidat malheureux à la présidentielle, va rejoindre à la rentrée Tikehau Capital, une société spécialisée dans la gestion d’actifs et d’investissement. Si l'ancien Premier ministre a peu d'expérience en finance, c'est surtout sa notoriété qui lui permet de rebondir malgré une défaite électorale retentissante. Comme lui, beaucoup d'anciens ministres et élus ont fait le choix, plus ou moins contraint, de se reconvertir dans le privé.

Ils occupaient il y a quelques semaines encore un siège de député, un ministère ou briguait la fonction suprême ; ils se retrouvent aujourd’hui dans le privé. François Fillon, candidat malheureux à la présidence, rejoindra à la rentrée la société financière Tikehau Capital.  L’ancien Premier ministre est loin d’être le seul dans ce cas. 


Avec le changement de majorité et le renouvellement de 75% de l’Assemblée, de nombreux élus se retrouvent brutalement sans poste politique et se tournent vers des entreprises. Bernard Cazeneuve, Arnaud Montebourg, Jean-Marie Le Guen, Thierry Mandon font partie des transfuges du parti socialiste qui ont mis leur carrière politique sur pause pour se lancer dans le privé. 


Mais ils sont aussi nombreux à droite, avec Benoist Apparu, devenu cadre chez Action logement, tout en conservant son mandat de maire de Châlons-en-Champagne.  Leurs compétences tout comme leur carnet d'adresse font de ces anciens politiciens des recrues de choix. 

Si la société de finance qui a recruté François Fillon vante "l’expérience internationale et la connaissance aiguë des problématiques économiques françaises et européennes", son expérience dans le monde de la finance est pourtant très faible, explique Caroline Oulié, associée au sein du cabinet de recrutement Boyden., mais "ils ont exercé des fonctions de très haut niveau, ils connaissent du monde".


Pour Antoine Bayet, directeur de la rédaction digitale de Closer, interrogé sur LCI, "François Fillon ne va pas entreprendre, c'est du relationnel, il va faire fructifier un carnet d'adresse". Parmi les reconversions annoncées récemment, aucune ne semble être liée à une envie d'entreprendre, à l'exception d'Arnaud Montebourg, qui va produire du miel 100% français en Saône-et-Loire ou encore Thierry Mandon, l'ex-secrétaire d'Etat socialiste qui a décidé de se lancer prochainement dans la presse avec la publication un hebdomadaire.


La situation est la même pour Nicolas Sarkozy qui a été élu au conseil d’administration du géant de l’hôtellerie Accor sans avoir a priori d’expérience dans ce domaine. C’est davantage un apport de notoriété que d’expertise que semblent rechercher les entreprises. L'arrivée au sein de leur société d'un ancien ministre ou encore mieux d'un chef d'Etat paraît également être un coup de publicité réussi.


 "Il s’agit dans la majorité des cas des cabinets d’avocats ou de la finance", explique Caroline Oulié qui rappelle que beaucoup d’entre eux ont d’ailleurs exercé le métier d’avocat, à l'instar de Nicolas Sarkozy. Un décret voté sous ce même Nicolas Sarkozy en 2012 puis abrogé en 2013 par Christiane Taubira permettait d’ailleurs aux anciens ministres et députés d’exercer comme avocat sans être passé par le barreau.


Si le phénomène paraît autant d’ampleur c’est aussi parce qu’il est relativement nouveau en France. Beaucoup d’autres anciens hommes politiques eu Europe ou aux Etats-Unis ne remettent plus jamais de pied dans la politique après un mandat. "Aux Etats-Unis il y a une perméabilité entre le privé et la politique, les mandats sont plus limités, lorsqu’ils arrivent à leur terme ils ont toujours un plan B derrière [...] le rapport à l’argent n’est pas non plus le même" compare Caroline Oulié.

Ce passage dans le privé fait peut-être d'ailleurs partie d'une stratégie politique pour amorcer un retour. Avant de se présenter à la primaire de gauche, Arnaud Montebourg n'avait-il pas fait une pause d'un an pour intégrer Habitat ? L'ancien ministre avait profité de cette courte expérience pour mettre en avant le made in France au sein du géant de l'ameublement et revenir ensuite en politique.  Pour Caroline Oulié, l'idée du passage par le privé pour mieux revenir en politique est tout à fait plausible. Le projet de ruche 100% française de Montebourg s'inscrit d'ailleurs complètement dans son projet politique. 


Avant de revenir en politique, Nicolas Sarkozy avait également donné des conférences rémunérées pour des organismes privés, l'occasion pour lui de ne pas se faire oublier et de conserver une stature internationale, avant d'annoncer son retour.


Il y a aussi ceux qui ont quitté la politique officiellement... mais qui vont continuer à en parler dans les médias. Henri Guaino, va réaliser des chroniques pour Sud Radio, Julien Dray participera régulièrement à une émission politique sur LCI ou encore Jean-Pierre Raffarin qui prendra part à une émission sur France 2, le mercato politique se confond cette année avec le mercato médiatique.

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