Florian Philippot crée son parti Les Patriotes : y a-t-il un avenir hors du FN ?

SCISSION - Quelques jours après son départ du FN, Florian Philippot a annoncé vendredi matin sur LCI la transformation de son association Les Patriotes en "mouvement politique". Ce parti peut-il faire mieux que le MNR de Bruno Mégret il y a 19 ans ?

Hors du FN, point de salut. Ce pourrait être la devise de ceux qui ont, un jour, quitté le Front national avec plus ou moins de fracas pour aller fonder leur propre mouvement. Du Parti des forces nouvelles (1974) au Mouvement national républicain (1999), les scissions en séries qui ont émaillé l'histoire du parti n'ont jamais apporté le succès électoral ou populaire à leurs initiateurs. Bien au contraire. 


En annonçant vendredi la création d'un mouvement politique baptisé Les Patriotes, comme l'association éponyme, l'ex-numéro 2 du Front national Florian Philippot a emporté avec lui une bonne partie de la ligne gaulliste du FN et parachève l'énième rupture au sein de l'extrême-droite française. Pour quel résultat et avec quels atouts ?

Les Patriotes, "un club de potes"

Interrogée vendredi matin sur la création du mouvement de Florian Philippot, Marine Le Pen a ironisé sur l'initiative de son ancien bras droit. "Que sont Les Patriotes ? a-t-elle demandé, citée par La Voix du Nord. Un club de potes. Or, un parti ce n'est pas un club d'amis. Son espace politique est inexistant." La patronne du FN estime que la ligne qu'elle incarne "n'est pas partie avec lui. Il avait d'ailleurs caricaturé cette ligne à l'excès, sur [la sortie de] l'euro où il était trop radical. Son départ peut faire revenir des gens chez nous". Un mépris qui n'a manifestement pas plu au père de l'intéressé, lui-même démissionnaire du FN :

Florian Philippot, lui, voit au contraire dans son initiative la possibilité de créer "une grande formation politique qui peut fédérer". Pour l'heure, le député européen revendique "3.000 adhérents", un chiffre invérifiable. 


Ce que l'on sait, c'est que, même isolé au sein du FN, Florian Philippot est parvenu à emporter avec lui une trentaine d'élus, dont la dernière en date est la députée européenne Mireille d'Ornano. Il prend également soin de ménager les sensibilités partisanes, indiquant que les membres des Patriotes "pourront adhérer à un parti ou à un syndicat". 

Moins puissant que Bruno Mégret

Si le schéma rappelle celui de la fameuse scission entre Bruno Mégret et Jean-Marie Le Pen en 1998, Florian Philippot compte aujourd'hui beaucoup moins de soutiens que l'ancien dissident retiré de la vie politique. "Mégret était dans un rapport de force avec Le Pen, estime Lorrain de Saint-Affrique, conseiller historique de Jean-Marie Le Pen, interrogé par LCI. Il avait emporté avec lui la moitié des dirigeants. Pourtant, il s'est cassé la figure au premier scrutin... Il a été écrasé politiquement." 


Florian Philippot, avec "son style technocratique" et "son positionnement de gauche", aurait encore moins de chances de succès, selon ce proche du fondateur du FN. Qui note toutefois que, à la différence de Bruno Mégret à l'époque, Florian Philippot "n'a pas d'élections devant lui". "Les conseillers régionaux [qui le rallient] ont encore plusieurs années devant eux, ce qui leur donne la possibilité de prendre des risques". En clair : Florian Philippot n'a pas les ressources, mais il a tout son temps. 

Quelle recomposition ?

Et il lui en faudra, du temps, pour parvenir à "fédérer les patriotes"... Jusqu'ici, ses appels du pied répétés au souverainiste Nicolas Dupont-Aignan, dont il partage de nombreuses positions, ont été accueillis avec grande prudence par l'intéressé, qui s'était rapproché du FN durant la présidentielle et ne semble pas enclin, pour le moment, à se mettre à dos Marine Le Pen. Tout juste a-t-il reçu un message d'encouragement de François Asselineau, ex-candidat de l'UPR, l'incitant à rejoindre son propre mouvement, qui a recueilli 0.92% des voix au premier tour de la présidentielle. "Jusqu'ici, tous ceux qui ont essayé de construire une force politique uniquement autour de la question de la souveraineté sont restés relativement marginaux", relevait cette semaine le politologue spécialiste de l'extrême-droite Joël Gombin, interrogé par Le Point


Si son propre avenir est loin d'être assuré, Florian Philippot pourrait toutefois causer au FN plus de dommages que Marine Le Pen ne veut bien le dire. Sur LCI, le politologue Jean-Yves Camus a pointé le risque que faisait courir à Marine Le Pen la perte d'une des sensibilités qui composait son parti, y voyant le risque mécanique d'une perte d'électeurs et donc de poids politique. 

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L'analyse de Jean-Yves Camus

Et quand bien même Marine Le Pen parvient à s'attribuer la sensibilité souverainiste incarnée jusqu'ici par Florian Philippot, cela pourrait se retourner contre la présidente du FN, contestée en interne. D'où la conclusion grinçante de Lorrain de Saint-Affrique : "Le problème de Marine Le Pen, ce n'est pas Philippot. C'est elle-même."

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FN : Florian Philippot claque la porte

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