Florian Philippot, le souverainiste mal-aimé du Front national

PORTRAIT - Arrivé au Front national pour et par Marine Le Pen en 2009, Florian Philippot était jusque-là son plus fidèle bras droit. Mais le trentenaire, passé par HEC et l'ENA, n'a pas réussi à imposer totalement ses idées souverainistes et gaullistes, qui l'animent depuis toujours. Retour sur son parcours au sein du FN, qu'il vient de quitter.

A 35 ans, Florian Philippot, conseiller de l’ombre de Marine Le Pen depuis 2009 et vice-président du Front national depuis 2011, vient de claquer la porte du parti. La défaite à la présidentielle puis le faible score du parti aux élections législatives auront eu raison de lui, tout comme sa mésentente et ses divergences politiques avec les principaux cadres du parti. Car si Florian Philippot a toujours eu le souhait de faire de la politique, rien ne le prédestinait à rejoindre un jour les rangs du parti fondé par Jean-Marie Le Pen.

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Né en 1981 à Croix (Nord) dans une famille d’enseignants qui a voté pour François Mitterrand en 1981, Jacques Chirac en 1988 et vouait un culte au Général de Gaulle, il débute son engagement politique auprès de Jean-Pierre Chevènement, chantre du souverainisme de gauche. Mais au cours de sa première rencontre avec Marine Le Pen en 2009, par l’intermédiaire du député européen Paul-Marie Coûteux, il a un véritable coup de foudre amical et professionnel pour celle qui n'est pas encore la patronne du FN. Il s’engage donc cette même année auprès de la fille de Jean-Marie Le Pen, d’abord anonymement. Il révèle son identité en 2011, quand cette dernière le nomme directeur stratégique pour sa campagne présidentielle et vice-président du FN.

A partir de ce moment-là, le diplômé d’HEC et de l’ENA (promotion Willy Brandt, 2009) entreprend la dédiabolisation du parti. Il impose ses idées et Marine Le Pen lui fait pleinement confiance. Artisan de la mise à l’écart de Jean-Marie Le Pen, il convainc par exemple la présidente du parti de ne pas participer à la Manif pour Tous. Très social, il pousse le FN à s’intéresser à la question des salariés et à la défense des plus faibles. Pour beaucoup, il ne parle pas assez d’immigration, pourtant thème de prédilection du parti. Souverainiste, il tape dès qu’il le peut sur l’Europe et l’euro. 

Florian commence dès 1999 à s’intéresser à la sphère souverainisteDaniel Philippot, père de Florian Philippot

Cette question est celle qui anime le plus Florian Philippot. Depuis toujours. "Florian commence dès 1999 à s’intéresser à la sphère souverainiste. Il avait l’impression qu’on laissait à d’autres le destin de la nation", indique son père Daniel à Vanity Fair. "Il en parlait tout le temps. La perte de souveraineté nationale avec la construction européenne, ça l’obsédait. Il était seul dans son trip. On le charriait mais il s’en foutait", se rappelle Jonathan, son copain de prépa à Louis-Le-Grand, lui aussi interrogé dans Vanity Fair


Dans le même magazine, Antoine, qu’il rencontre à Paris-Dauphine, se souvient à propos du rejet de la Constitution européenne par référendum en 2005 : "Pour lui, c’était presque 1789. Il m’a raconté qu’il avait pleuré au moment de Maastricht. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui ait un rapport aussi charnel à la France. Moi, j’étais un Européen convaincu. Il me dit : ‘L’Europe c’est du rêve ; la monnaie unique, c’est une histoire d’élite qui a oublié le peuple’. Il est persuadé que l’euro va disparaître et on prend les paris pour 2020."

Une personnalité qui divise

Au sein du FN, c’est cette question qui a poussé un peu plus à la fracture avec les dirigeants du parti qui estiment que la sortie de l’euro n’est pas une priorité. Au-delà de ça, celui qui fut brièvement fonctionnaire à l’Inspection générale de l’administration (IGA) à sa sortie de l’ENA, n’a jamais fait l’unanimité. Beaucoup critiquent son caractère "sectaire", son "narcissisme", sa froideur. S’il avait réussi à se rapprocher de David Rachline (qui le remplace d'ailleurs dans ses fonctions à la tête du pôle communication du FN) ou Wallerand de Saint-Just, c’était pour et par Marine Le Pen qu’il tenait sa place au sein du parti. 


Déjà, étudiant, Florian Philippot avait du mal à s’intégrer. Solitaire, toujours un peu à l’écart, il préférait regarder "Loft Story" et jouer à la console plutôt que de passer du temps dans les bars. Au Front national, certains n’ont pas supporté non plus la proximité de celui que l’on surnommait le "gourou" ou "Philippot Ier" auprès de Marine Le Pen, ni ses nombreuses apparitions sur les plateaux de télévision. Où il aimait distillait la parole frontiste par des discours toujours très rôdés et cadrés. 

Si ce jeudi matin, Florian Philippot, poussé vers la sortie par Marine Le Pen elle-même, n’a pas fait part de ses états d’âme, c'est sans doute parce qu'il risque de ne jamais le faire : "En politique comme dans ma vie privée, je n’aime pas les grandes confessions", avait-il ainsi confié à Vanity Fair.  

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FN : Florian Philippot claque la porte

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