FN, PS, PCF : "Changer de nom parce qu’on a perdu une élection est une solution de facilité"

DirectLCI
INTERVIEW - Depuis la défaite des partis politiques historiques à la présidentielle, plusieurs d'entre eux songent à changer de nom. Ce vendredi, Stéphane Le Foll, le député socialiste, en a remis une couche. LCI a interrogé le publicitaire et spécialiste de la communication, Frank Tapiro, pour déterminer l'efficacité d'une telle initiative.

Changer le nom n'est plus un tabou. Ce vendredi, Stéphane Le Foll a esquissé une solution pour sortir de l'impasse politique dans laquelle se trouve le PS et redynamiser le parti : un changement de nom. L’ancien porte-parole de François Hollande appelle ainsi à renommer le Parti socialiste "Les Socialistes". Une appellation qu’il juge "plus simple, plus claire ". 


Marine Le Pen, le  5 juillet sur France Inter, avait également suggéré cet artifice et plaidé  pour un "nouveau nom" ainsi qu’un "nouveau fonctionnement"  pour son parti. En pleine crise existentialo-politique, le PS songe aussi à se rebaptiser, à l’image du groupe socialiste à l’Assemblée nationale qui a abandonné son sigle historique pour désormais s’appeler "Nouvelle gauche". Même le PCF pourrait effectuer un lifting sémantique, comme l’a suggéré début juin son secrétaire général, Pierre Laurent. 


Bref, face à la fraîcheur politique des mouvements comme La République en Marche et la France insoumise, les partis traditionnels sont dans l’obligation de s’adapter pour ne pas disparaître. Mais si changer de nom pour ces partis est sans doute un préalable, c’est loin d’être l’antidote miracle à leur perte d’influence selon le publicitaire et spécialiste de la communication, Frank Tapiro.

LCI : En quoi changer de nom peut-il être utile pour un parti politique ?

Frank Tapiro : Le changement de nom doit avant tout traduire un besoin stratégique. Un nom, ce n’est pas seulement des lettres et des couleurs. Une marque est vectrice de sens. Et si le sens ne correspond pas à une réelle dialectique, une volonté, une énergie, le changement de nom ne sert à rien. Avant cela donc, il faut savoir qui on est. Pour le savoir, il y a les valeurs du passé, il ne faut surtout pas se couper avec l’histoire. Sans passé, on n’a pas d’avenir… Et une fois la sélection faite, on détermine ce qu’on doit inventer pour demain. C’est à partir de cette fusion, que j’appelle l’ADN, l'authentique différenciation naturelle, qu’on obtient un corpus et une identité unique et forte. A partir de ça, le nom émerge naturellement. Mais il ne faut pas changer de nom pour changer de nom, il faut que le nom de sa marque corresponde exactement au message que l’on veut envoyer. Or, il y a parfois des décalages.

LCI : C’est-à-dire ?

Frank Tapiro : Pour le FN, ce n’est pas un changement de nom qui va le rebooster. Le FN restera toujours le FN, c’est un parti unipersonnel, c’est le parti des Le Pen. Donc, tant que les Le Pen resteront en politique, le FN sera le FN, même s’il n’en porte plus le nom. La seule chance qu’aurait eu Marine Le Pen de créer une différence par rapport au FN et de sortir de la stigmatisation d'extrême droite, c’était de proposer le changement de nom avant la présidentielle. Mais elle n’a pas osé.

LCI : Pourquoi ?

Frank Tapiro : Parce que changer de nom, c’est abandonner son patronyme, pour elle. Les Le Pen et le FN sont liés. C’est une affaire personnelle, voire psychanalytique. Cela n’a rien de politique. Donc elle n’a pas osé. En réalité, je pense qu’elle attend la mort de son père, pas avant. Sauf que ce n’est pas Marine Le Pen qui créera un nouveau mouvement à la mort de Jean-Marie Le Pen, c’est Marion Maréchal-Le Pen. Son faux départ va lui servir à créer du manque pour mieux revenir. Là, elle s’en va parce qu’elle sait qu’au FN, ça va être "Règlements de comptes à OK Corral". Quand elle reviendra, elle bâtira autre chose qui sera loin du Front national car elle refusera de porter cet héritage. Je ne connais pas sa situation familiale, mais si elle le peut, elle prendra aussi le nom de son mari pour pouvoir écrire une autre histoire. Parce que Le Pen est la marque maudite de la politique, du Front national et de l'extrême droite.

En vidéo

Les militants et cadres du parti déçus après le départ de Marion Maréchal-Le Pen

LCI : A votre avis, le PS doit-il changer de nom ?

Frank Tapiro : Quand un parti change de nom, il ne faut pas que cela soit seulement cosmétique. Si la droite se distingue par sa culture du chef, la gauche, elle, se démarque par sa culture de l’idéologie. Bonne ou mauvaise d’ailleurs. Donc la question qui se pose c’est : est-ce que le PS saura retrouver une idéologie ? Qu’il s’appelle Parti socialiste, les fils de Jaurès ou bien les Démocrates, on s’en moque. Ils ont avant tout besoin d’avoir une vision. A la base, la grande idée de la gauche, c’est changer la vie. Depuis Léon Blum, la gauche a toujours cherché à améliorer la vie des gens. Mais depuis 30 ans, qu’a-t-elle fait concrètement à part l’abolition de la peine de mort et le mariage pour tous ? Elle a pourri la vie des entrepreneurs avec les 35 heures, que je préfère appeler “les 35 leurres”. Donc en vérité, ils n’ont pas changé la vie des gens et en plus, ils ont massacré la volonté des entrepreneurs d’embaucher. Le PS doit avant tout se poser la question suivante : qu’est-ce qu’être de gauche aujourd’hui ? C’est croire en quoi ?

LCI : N’est-ce tout de même pas plus facile de se racheter une virginité politique en changeant de nom ?

Frank Tapiro : Changer de nom parce qu’on a perdu une élection est une solution de facilité. C’est avant l’élection qu’il fallait y penser. Le PS aurait dû créer une innovation idéologique et adopter un nom qui porte cette innovation. J’ajoute, qu’en plus de la vision et de l’idéologie, un changement de nom doit s’accompagner d’un changement d’ambassadeur. Ceux qui dirigent le PS et le FN n’ont plus de légitimité, surtout après l’émergence d’un homme et d’une marque comme Macron. Il n’a pas créé un parti mais un label. On l’a vu aux législatives, ceux qui portaient le label Macron ont été grandement avantagés. Le label Macron a suffi pour faire gagner des personnalités de la société civile sans aucune notoriété mais qui, par leur parcours, prouveront qu’ils correspondent complètement à l’esprit du moment. Au PS, ce n’est pas forcément le S le problème, c’est le P. Le mot "parti" est mort. Ils peuvent s’appeler les socialistes, les nouveaux socialistes ou encore les socialistes d’après. Mais "parti" ou "mouvement", c’est fini, il faut créer autre chose comme un label. Encore faut-il que ce label incarne une pensée, une vision et une idéologie. Sinon ça ne sert à rien.

LCI : Créer une marque avant l’élection, c’est justement ce qu’a fait Jean-Luc Mélenchon avec la France insoumise. Une initiative qui lui a notamment permis de supplanter le PS de Benoît Hamon…

Frank Tapiro : En effet, Jean-Luc Mélenchon est le seul avec Emmanuel Macron à avoir créé une nouvelle marque. A ceci près que l’appellation “France insoumise” est extrêmement artificielle parce que Jean-Luc Mélenchon est un immense comédien. Sauf que le comédien s’est pris le rideau sur la tête au soir du premier tour de la présidentielle. Il a été sonné et il est redevenu le personnage aigre et agressif que l’on connaît. Le masque est tombé, le maquillage n’était plus là.

LCI : Mais le label "la France insoumise" s’est tout de même imposé. Un groupe parlementaire porte ce nom.

Frank Tapiro : Il faut reconnaître que Jean-Luc Mélenchon a réalisé une belle campagne grâce en partie à cette nouvelle marque. Néanmoins, beaucoup de gens n’y ont pas cru parce qu’ils connaissent Jean-Luc Mélenchon. Ils savent très bien qu’il n’est pas sincère, que c’est un mitterrandien qui a pris un peu de Bolivar, un peu de Besancenot et un peu de Jaurès. Il a fait son shaker et il sort un personnage qui a plutôt bien marché puisqu’il obtient quand même 20%. Mais il s’est autodétruit le soir du premier tour de la présidentielle. Je pense qu’il va faire une dégringolade énorme. Pourtant, s’il y en avait un qui pouvait ramener à lui toute l’aile gauche du PS, c’est bien lui. Il aurait pu gober le PS comme aujourd’hui Emmanuel Macron a gobé les Républicains. En avalant Benoît Hamon, il aurait pu devenir le nouveau patron de toute la gauche mais il a raté le coup. Et il le sait.

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter