Fondation pour l’islam de France : un nouveau "dérapage" de Chevènement irrite des élus PS

Politique

DÉRAPAGE - Plusieurs élus de gauche de Seine-Saint-Denis demandent au gouvernement de renoncer à la nomination de Jean-Pierre Chevènement à la tête de la Fondation pour l’islam de France en raison de propos qu'ils jugent racistes.

Décidément, les propos de Jean-Pierre Chevènement ne passent jamais inaperçus. Invité ce lundi sur France Inter, l’ancien ministre et sénateur, qui doit prochainement prendre la tête de la Fondation pour l’islam de France, a une nouvelle fois livré, avec une maladresse manifeste, sa vision de la place de la religion musulmane au sein de la société française. 

Il a également évoqué d’autres sujets connexes comme le manque de mixité sociale dans certaines villes ou départements et des conséquences que cela engendrent à ses yeux. Une longue tirade a notamment retenu l’attention de jeune député PS de Seine-Saint-Denis, Mathieu Hanotin : 

"Prenez le métro par exemple pour aller à Saint-Denis ou à Sarcelles, regardez ce qui se passe, voyez comment cela se traduit au niveau de l’école. Naturellement les populations anciennement installées, ouvrières en général, ont quitté la plupart de ces communes, ont déménagé dans des zones périphériques plus lointaines. Et au niveau de l’école cela se traduit par le fait que 80% des enfants à l’école primaire ne maîtrisent pas le français. […] Le processus d’intégration n’est plus possible puisqu’il y a, à Saint-Denis par exemple puisque l’on a pris cet exemple, 135 nationalités, mais il y en a une qui a quasiment disparu." 

Pour le parlementaire socialiste, Jean-Pierre Chevènement a tout simplement franchi la ligne rouge en tenant de tels propos. Outre des "raccourcis et des amalgames douteux et paternalistes", Mathieu Hanotin l’accuse d’alimenter la fameuse théorie du "grand remplacement", très en vogue dans les milieux d’extrême-droite. Fatigué par la multiplication des déclarations polémiques de l’ancien sénateur, il a donc lancé une pétition sur change.org contre sa nomination à la tête de la Fondation pour l'islam de France.

"Au-delà du caractère évidemment mensonger de cette affirmation, ce qu'elle sous-tend est proprement scandaleux et raciste, comme s'il fallait être blanc, Français depuis des générations et non musulman pour appartenir à la communauté nationale. […] Ce comportement qui n'est pas sans rappeler l'arrogance de certains politiques de l'époque coloniale le disqualifie de facto pour le poste de président de la Fondation pour l'islam de France", écrit le député dans le texte de sa pétition, directement adressée à François Hollande.

Cet élu de Seine-Saint-Denis n’est pas le seul à avoir sursauté en écoutant Jean-Pierre Chevènement ce matin. Le président socialiste du Conseil général de Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel, évoque un "dérapage raciste" et demande lui aussi à François Hollande et Bernard Cazeneuve de renoncer à sa nomination. "Un esprit aussi confus pour tout mélanger sur des notions aussi importantes que la nationalité et la citoyenneté françaises ne peut pas être nommé à ce poste".

Le maire-adjoint PC de Saint-Denis, Stéphane Peu, se dit "extrêmement choqué". Pour lui, l’ancien ministre "emboîte le pas à ceux qui ne cessent de diviser et de jeter de l’huile sur le feu en stigmatisant à plusieurs reprises Saint-Denis et ses habitants". Et de s’interroger : "La nationalité pour Jean-Pierre Chevènement se définit-elle par la couleur de peau ? Je rappelle que 75% des habitants de Saint-Denis sont de nationalité française ! Ils sont à l’image de la France populaire et métissée d’aujourd’hui", écrit-il dans un communiqué.

Contacté par BuzzFeed, l’entourage de Jean-Pierre Chevènement ne cache pas son embarras : "Je suis d’accord que cela peut-être confus, c’était un lapsus en fait. D’ailleurs vous remarquerez que ni Patrick Cohen, ni personne du studio n’a réagi. Il ne faisait pas référence aux Blancs, c’est du grand n’importe quoi. Mais de toute façon, dès que Jean-Pierre Chevènement parle, il fait polémique". 

En principe, Jean-Pierre Chevènement ne doit prendre la tête de la Fondation pour l'islam de France qu'en octobre. Mais la multiplication de ses propos polémiques pourrait inciter le gouvernement à le limoger avant même sa prise de fonction.

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