Foot, ski, tennis : Giscard d'Estaing, la première mise en scène du "corps présidentiel"

Foot, ski, tennis : Giscard d'Estaing, la première mise en scène du "corps présidentiel"

LA TÊTE ET LES JAMBES - Décédé mercredi à 94 ans des suites du Covid-19, Valéry Giscard d'Estaing aura été, jusqu'à Emmanuel Macron, le plus jeune président français. Son image peaufinée de "Kennedy à la française" en avait la jeunesse et le dynamisme et s'accompagnait d'une savante exposition de sa dimension sportive.

Difficile de deviner quelle image, au sens littéral, Valéry Giscard d’Estaing laissera dans les mémoires. Sans doute ne sera-t-elle pas la même selon l’âge de la personne qui la conserve. Du jeune loup gaulliste au vieux sage du Conseil d’État, en passant par l’accordéoniste occasionnel ou l’académicien, la carrière publique de l’ex-plus jeune président de la République, décédé mercredi à 94 ans, fut suffisamment longue pour que son souvenir soit protéiforme.

Pour les contemporains de son septennat, son image présentait toutefois une nouveauté, jamais associée à un président de la République avant lui : Giscard était un sportif, ou se voulait tel. Il y eut des rois guerriers ou poètes, mais l’incarnation présidentielle avait toujours incliné vers l’intellect, au mépris du corps.

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Valéry Giscard d'Estaing est décédé à l'âge de 94 ans

L'ancien président français Valéry Giscard d'Estaing est mort

Difficile de faire moins sportif que ses deux prédécesseurs les plus directs, Georges Pompidou ou Charles de Gaulle. Le premier incarnait bien une forme de modernité, mais toute littéraire et artistique, et on lui associe plus volontiers une cigarette aux lèvres, qu’une raquette de tennis en main. Il eut bien une passion revendiquée pour la vitesse automobile mais, même si c’est sans doute à tort, ce n’est guère le corps qu’elle exalte. 

Le second, Charles de Gaulle, n’avait pratiqué le sport que dans la perspective guerrière de sa formation militaire. S’il a condescendu à regarder passer le Tour de France près de Colombey, il ne s’inquiétait réellement des résultats sportifs… que quand la France perdait une compétition internationale. Ce fut le cas lors des J.O. de 1960, d’où l’équipe de France revint quasi-bredouille. De Gaulle était bien un corps cependant, et sa grande taille lui reste associée dans l’imagier politique, mais c’est plutôt celui d’une statue.

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Et les deux devanciers de Giscard étaient nettement plus âgés que lui, qui accéda à la présidence à 48 ans en 1974, un record de précocité qui ne sera pas battu avant qu’Emmanuel Macron n’entre à l’Élysée en 2017, à 39 ans. C’est bien sûr cette force de la jeunesse que Valéry Giscard d’Estaing a souhaiter exhiber face à ses prédécesseurs comme à ses adversaires, François Mitterrand étant par exemple son aîné de 10 ans.

Penalty décisif et interview torse-nu

Encore ministre de l’Économie et des Finances du gouvernement Messmer, sous Pompidou, il met habilement en scène un match de football dans son fief auvergnat de Chamalières. L’équipe du Conseil municipal affronte vaillamment celle des commerçants de la ville. La défaite est proche, avant qu’un penalty miraculeux ne soit accordé aux édiles. C’est Giscard en personne qui le tire, et marque d’un “pointu” d’anthologie, tombé en désuétude depuis (sans qu’un lien de cause à effet ne soit avéré).

Après le match, le futur président reçoit les journalistes au sortir de la douche, encore torse-nu. Nous sommes en 1973, et une telle image est totalement inédite. Polytechnicien, énarque et ministre, Giscard a certes une tête bien faite, mais on découvre qu'il a aussi un corps. Gare aux interprétations a posteriori : Georges Pompidou est alors au deux tiers de son septennat, et son ministre des Finances n’est encore candidat à rien- même si les ambitions nationales du jeune ministre ne font guère de doute.

Tour de France : Giscard à l'arrivée

La mort de Georges Pompidou en avril 1974 va accélérer le destin de Giscard, puisqu’il remporte les élections présidentielles anticipées qui s’ensuivent. Son équipe de communication comprend des publicitaires de profession, qui s’inspirent volontiers des modèles américains : l’image d’un président jeune, dynamique et sportif est manifestement calquée sur celle de John Fitzgerald Kennedy.

La démonstration de football semblant lui avoir réussi, le désormais président Giscard d’Estaing choisit de s’associer à un autre sport populaire : le vélo. C’est en effet lui qui permettra l’arrivée du Tour de France sur les Champs-Élysées, remettant même en personne le maillot jaune au vainqueur de l’édition 1975, Bernard Thévenet.

Président tout schuss

Ces deux choix successifs, le football et le cyclisme, sont soigneusement pesés. Ce sont deux sports populaires, mais le grand public va découvrir progressivement qu’il en pratique d’autres, plus conformes à son milieu d’origine, aux confins de la grande bourgeoisie et de l’aristocratie.

Ainsi, près de 60 journalistes sont présents dès 1975 pour le voir dévaler à ski les pentes de la station de Courchevel. Le style est raide, et l’allure dégingandée. Le ski n’est pas à cette époque le sport populaire qu’il est devenu par la suite : il porte encore la marque d’une classe sociale élevée. 

Mais là encore, Giscard a vu juste : toute la classe moyenne émergente n’aspire qu’à s’élever vers la société de loisirs naissantes, et le téléphérique semble un heureux moyen d’y parvenir.

En 1978, le président français fait un nouveau coming-out sportif : il est depuis l’adolescence un passionné de tennis, qu’il semble d’ailleurs pratiquer avec plus d’aisance que le ski ou le football. Raquette en main, il fait alors la une de Tennis Magazine, avec le titre éloquent : “La leçon de tennis de Giscard”. Le tennis est encore le sport de la bourgeoisie par excellence, mais les lignes sont en train de bouger. Des clubs moins élitistes bourgeonnent un peu partout, et la victoire de Yannick Noah à Roland-Garros en 1983 achèvera bientôt de populariser ce sport.

La chasse et la chute

Mais le sport préféré de Valéry Giscard d’Estaing, sa vraie passion, n’est en fait aucun de ceux-là : c’est la chasse. Et indirectement, elle est peut-être une des raisons de sa défaite en 1981. S’il la revendiquait, c’était sans doute dans l’idée de se rapprocher des innombrables chasseurs du dimanche que comptait encore la France des années 1970. Celle que pratiquait Giscard n’a pourtant que peu à voir avec la chasse au lapin : habitué des chasses présidentielles depuis les années De Gaulle, il s’est ensuite passionné pour les expéditions de chasse aux grands animaux en Afrique. 

C’est en Centrafrique qu’il participe à plusieurs d’entre elles avant et pendant sa présidence, et c’est là qui noue des relations étroites avec le sulfureux président du pays, Jean-Bedel Bokassa. C’est d’ailleurs précisément lors d’un de ces safaris, en 1973, que le futur “empereur Bokassa 1er” lui remet une plaquette de diamants. L’affaire, révélée par le Canard Enchaîné en 1979 va plomber toute la fin du septennat et faire quelque peu oublier les beaux clichés de tennis ou de ski. 

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