France insoumise ou goûter : le dernier acte de la guéguerre entre Mélenchon et le PCF

Politique
COUR D’ÉCOLE - L'un est le favori de la gauche radicale, omniprésent depuis ses 11% de 2012. L'autre est méconnu du grand public, mais solide secrétaire national du PCF. Entre Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent, la bataille pour le pouvoir à la gauche du PS fait rage. Au bénéfice de qui ?

Hasard du calendrier ? Pas vraiment. Dimanche 5 juin, le PCF clôture son congrès à 13h à Aubervilliers avec un pique-nique et Jean-Luc Mélenchon organise, avec le défilé de la France insoumise, son premier meeting de campagne à 14h, place Stalingrad à Paris. A priori, on pourrait se dire qu'il y a moyen d'assister aux deux événements, de faire comme l'ancienne secrétaire nationale du PCF Marie-George Buffet : "Manger et marcher".

Sauf que cet enchaînement de deux moments forts pour le PCF et pour Mélenchon est l'occasion pour chacun de taper sur l'autre. Pierre Laurent n'est pas content parce que des militants du PCF vont, de fait, rejoindre Mélenchon et ça va se voir, tant par leur absence au pique-nique communiste que par leur présence au meeting du candidat à la présidentielle. De son côté, Mélenchon joue les ingénus.

Chamailleries pour 2017

Ce n'est pas la première fois que Mélenchon et Laurent s'échangent de telles amabilités. En février dernier, des dissensions étaient apparues après que le PCF avait décidé de tout miser sur une primaire de la gauche pour 2017 (avec ou sans le PS, saura-t-on un jour ?). Mélenchon,  sur le plateau de Des paroles et des actes  le 26 mai dernier, affirmait alors avoir dit à Pierre Laurent : "C'est une erreur tragique, nous allons aller dans le mur." Résultat : le 11 février , Mélenchon se lance, tout seul, sans prévenir personne. Ce que le PCF prétendra avoir appris en regardant TF1.

EN SAVOIR + >>  VIDEO - Mélenchon annonce sa candidature pour 2017

Et côté Mélenchon ? On assure qu'il n'avait pas d'autre choix, après avoir tout fait pour proposer quelque chose qui "dépasse les anciennes structures et mette fin au système du cartel des partis qui a étouffé le Front de Gauche". Il a "pris [s]es responsabilités"  et "proposé" sa candidature pour la présidentielle. Depuis, le PCF n'a toujours pas bougé d'un cil et reste campé sur la voie d'une primaire.

Alliances électorales : aucune cohérence

La stratégie du Front de gauche, à chaque élection, devient de moins en moins lisible. Aux régionales de 2015, on trouvait toutes les combinaisons : Front de gauche uni, Front de gauche avec EELV, PCF seul, EELV avec le PG... Aucune cohérence nationale. C'est bien l'existence même du Front de gauche qui est en jeu, avec à la manœuvre Mélenchon et les communistes. Ces derniers s'attachent à maintenir en vie cette coalition de partis (sans le PG de Mélenchon, cette "coalition" comprend le PCF et Ensemble de Clémentine Autain). Mélenchon, lui, l'a enterré avec sa candidature.

La scission peut aussi se lire à travers la stratégie d'alliance vis-à-vis du PS. Là encore, les dernières régionales ont cristallisé ces tensions, comme à chaque élection depuis la présidentielle de 2012. Pierre Laurent misait tout sur une coalition de toute la gauche pour gagner, et Mélenchon prônait l'indépendance. Résultat de cette concurrence interne : tout le monde a perdu.

Divorce acté ?

Exemple anecdotique : à la Fête de l'Huma, édition 2015, quand Laurent invitait une délégation de membres de Syriza, Mélenchon recevait Yanis Varoufakis, devenu un opposant à Tsipras. Symbole que les deux hommes n'ont pas choisi la même voie politique.

EN SAVOIR + >>  Varoufakis s’affichera à la fête de l’Huma

Pierre Laurent disait en février dernier à propos de sa relation avec Mélenchon : "Parfois, dans la vie, certains couples se séparent pour mieux se retrouver." Mais rien ne laisse présager un retour aux beaux jours pour ce couple-là et, de fait, pour leurs électeurs.

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