François et Penelope Fillon, Marc Joulaud : zoom sur les trois protagonistes du Penelopegate

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L'affaire Penelope Fillon

AFFAIRE - Le procès des emplois présumés fictifs de Penelope Fillon, révélés avec pertes et fracas en 2017, doit s'ouvrir ce lundi 24 février à Paris. François Fillon, son épouse et Marc Joulaud seront jugés pour détournement de fonds et abus de biens sociaux.

"Penelopegate", le retour. Trois ans après l’article du Canard Enchaîné qui a précipité sa chute et son échec dans la course à la présidentielle, François Fillon, son épouse et Marc Joulaud seront tous les trois jugés pour l’affaire des emplois présumés fictifs de Penelope Fillon. Entre 1998 et 2013, déclarée comme attachée parlementaire, elle aurait perçu plus de 1 million d’euros. Une somme que réclame aujourd’hui l’Assemblée nationale, partie civile au procès qui doit se tenir du 24 février au 11 mars au tribunal correctionnel de Paris.

Pendant des mois, les enquêteurs chargés des investigations ont épluché des centaines de documents, interrogé les collaborateurs de l'ancien Premier ministre, de sa femme et de son ancien suppléant dans la Sarthe. S'ils sont tous soupçonnés de détournement d'argent public, les trois protagonistes n’ont pas exactement à répondre des mêmes chefs d’accusation.

François Fillon, le cerveau, principal mis en cause

Élu dès 1981 dans la Sarthe en tant que député, puis président du Conseil général du département, François Fillon a aussi été ministre de l’Enseignement supérieur, ministre des Affaires sociales, sénateur, Premier ministre et finalement, candidat de la droite à l’élection présidentielle. Omniprésent dans le paysage politique français depuis des décennies, il s'est fait oublier depuis l'affaire, se redirigeant vers des postes de consultants pour des entreprises privées de la finance.

La justice lui reproche d’avoir employé sa femme comme collaboratrice parlementaire à temps plein sous sa mandature, sans réussir à prouver véritablement la nature des activités de cette dernière. Les juges d'instruction lui reprochent aussi de ne jamais avoir déclaré "un prêt de 50.000 euros" accordé par son ami Marc Ladreit de Lacharrière, propriétaire de la Revue des Deux Mondes. Enfin, les magistrats s'interrogent sur l'accord passé entre les deux hommes pour que Penelope Fillon soit employée à la Revue des Deux Mondes.

François Fillon est donc accusé "d'abus de biens sociaux" et "de détournement de fonds". Il encourt respectivement une peine maximale de cinq ans d’emprisonnement et de 375.000 euros d’amende, ainsi qu'une peine maximale de dix ans de prison et de 1 million d’euros d’amende. L’Assemblée nationale réclamera de son côté un total de 1,08 million d'euros aux trois prévenus

Penelope Fillon, la discrète, au cœur de l'affaire

Née au Pays de Galles, épouse de François Fillon depuis 1980, mère de cinq enfants, passionnée de littérature, Penelope Fillon est actuellement candidate en tant que conseillère municipale dans la petite commune de Solesmes, dans la Sarthe. Décrite comme une femme discrète, presque timide, Penelope Fillon aurait, selon la défense du couple, œuvré dans l'ombre pour son mari tout au long de sa carrière de député.

François Fillon assure que sa femme a effectué son travail d’assistante parlementaire entre 1998 et 2007 en étant sur le terrain, dans la Sarthe, au plus près des gens, favorisant ainsi "l’oralité" plutôt que la paperasse pouvant prouver sa présence politique. Cette théorie devait notamment expliquer le fait qu'elle soit dépourvue de bureau à l’Assemblée, de badge d’accès ou même d’adresse mail. Pour autant, les Fillon ont réussi à fournir plus de 500 documents aux enquêteurs, censés prouver l’activité de Penelope. Son rôle principal aurait notamment porté sur la gestion du courrier et la rédaction de "fiches, mémos" pour préparer les interventions de François Fillon. Les témoignages de cinq anciens collaborateurs de l'homme politique auraient également été apportés pour confirmer le rôle indispensable - bien que peu visible - de sa femme dans l’exercice de ses mandats.

Dans le cadre de ces contrats, elle aurait perçu 1,054 million d'euros pour des contrats de 1998 à 2002, 2002 à 2007, puis 2012 à 2013. Puis, voulant s'échapper de la politique, elle est mise en relation avec Marc Ladreit de Lacharrière grâce à son mari. Elle signe alors un contrat de "conseillère littéraire" pour la Revue des Deux Mondes, pour 3900 euros net par mois. En un an, seules deux de ses fiches de lecture seront publiées. Faute d’activité, elle finira par rompre son contrat un an plus tard. 

 

Les juges d'instruction n'ont cependant absolument pas été convaincus par cette montagne de "preuves". "Destinés à faire masse, pour convaincre de la réalité du travail de collaborateur parlementaire de Penelope Fillon, ces documents ne démontraient rien, ou confirmaient l’abus de langage consistant à qualifier de "travail" (…) la plus anodine de ses activités" taclent-ils dans leur ordonnance de renvoi. Ils ajoutent aussi que l'enquête a démontré que Penelope Fillon avait mené dès 1981 "une vie de femme au foyer". Elle sera donc jugée pour "complicité de détournement de fonds publics" et "abus de bien sociaux". Elle risque la même condamnation que son mari, les peines du délit d'origine pouvant s'appliquer au receleur.

Marc Joulaud, entraîné dans la chute

Il voyait François Fillon comme son mentor. Devenu son suppléant à l’Assemblée nationale entre 2002 et 2012, Marc Joulaud a fait toute sa carrière autour de lui. Actuel maire de Sablé-sur-Sarthe, fief des Fillon, il entend se représenter. Marc Joulaud est accusé de "détournement de fonds publics" pour avoir à son tour employé Penelope Fillon comme assistante parlementaire pour des activités jugées "fictives ou surévaluées", lorsqu'il a pris la suite de son époux en 2002.

Il avait alors seulement 34 ans et a reconnu devant les enquêteurs qu’il n’exerçait sur elle aucune autorité hiérarchique, évoquant seulement une "collaboration à trois nécessitant confiance et loyauté absolue" avec le couple. Marc Joulaud ajoute quand même que Penelope Fillon l’a aidé à se faire sa place parmi les locaux, à tisser des liens et à le représenter lors de manifestations locales. Selon les déclarations de Marc Joulaud, c'était donc "la meilleure collaboratrice possible" pour "grandir dans cette fonction".

Or, le concernant, la défense a été moins homogène. Penelope Fillon a elle-même reconnu qu’elle ne fournissait à Marc Joulaud ni notes, revues de presse ou corrections sur ses discours, et qu'elle n’avait ni horaires de travail ni bureau. Elle était également mieux rémunérée que lui, en tant que son attachée, que lui en tant que député.

Par ailleurs, ce véritable fidèle du couple est lui aussi décrit comme "timide." Une contradiction pour les juges chargés de l'instruction. "A supposer que Marc Joulaud ait été réellement handicapé par une timidité maladive, on voit mal comment Penelope Fillon, qui s’est décrite elle-même comme particulièrement réservée, aurait pu lui être d’un quelconque secours", notent les magistrats. Il encourt, comme son modèle, une peine de dix ans de prison et 1 million d’euros d’amende.

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Les avocats de François Fillon, de Penelope Fillon et de Marc Joulaud ont déjà annoncé qu'ils demanderaient le renvoi de l'affaire dès la première journée d'audience. Dans un communiqué, ils ont en effet "informé le tribunal d'une demande de renvoi de l'audience prévue le lundi 24 février 2020 en soutien au mouvement de grève des avocats contre la réforme de leur régime autonome de retraite". Le procès commencera par l'annonce de la décision du tribunal concernant cette demande.

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