Fraude fiscale : la nouvelle "police de Bercy" s’installe dans ses locaux

Politique

FRAUDE - La trentaine d’enquêteurs qui composent la nouvelle "police de Bercy" ont pris leurs quartiers dans le Val-de-Marne ce mercredi. Inaugurant les locaux, le ministre de l'Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, en a profité pour rappeler la volonté du gouvernement de lutter contre la fraude fiscale.

"La fraude fiscale est un coup de poignard au pacte républicain." C’est ainsi que Gérald Darmanin a décrit ce fléau qui coûte entre 80 et 100 milliards d'euros par an aux caisses françaises, selon le syndicat Solidaires finances publiques. Voilà pourquoi le ministre de l'Action et des Comptes publics était présent ce mercredi 3 juillet à Ivry-sur-Seine pour inaugurer les locaux, et la création du service d’enquêtes judiciaires des finances (SEJF). Une "police de Bercy" qui aura pour rôle de combattre la délinquance fiscale.

Ce service est le bras armé de la lutte contre la fraude fiscale - Gérald Darmanin, ministre de l'Action et des Comptes publics

Il n’aura fallu que neuf mois à cette "force d’élite contre les fraudeurs" pour voir le jour, la loi contre la fraude ayant été adoptée en octobre 2018. Son objectif : lutter plus efficacement contre la délinquance fiscale "complexe". Et ce en utilisant des "moyens d’investigation poussés", comme l’explique Nathalie Becache, la magistrate à la tête du SEJF. En pratique, ces nouveaux officiers fiscaux judiciaires (OFJ) deviennent de réels enquêteurs, avec les moyens qui vont avec : géolocalisation, écoutes téléphoniques, garde à vue, etc. 

Un nouveau service pour lequel Gérald Darmanin a de "grands espoirs". Car si "tout le monde souhaite lutter contre la fraude", le ministre se dit fier d’avoir mis fin au "verrou de Bercy" - qui donnait à l'administration le monopole du dépôt de plaintes pour fraude fiscale auprès du parquet - et d’avoir créé une brigade apte à gérer la "technicité" de cette lutte. "Les cols blancs ne doivent pas seulement rendre l’argent mais aussi répondre devant la société de ce vol", insiste l'ancien maire de Tourcoing, là où les agents ont été formés durant six mois. Pour lui, il était devenu nécessaire de se doter de tels moyens, "légitimes" et "voulus par l'opinion publique". 

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Un besoin que l'un des fonctionnaires illustre par un témoignage d'une perquisition passée. "On est arrivés, il y avait des millions d’euros en cash. On a acté la somme, et on l’a laissée", raconte l'un d'eux devant le ministre. Cette frustration, il ne devrait désormais plus la connaître puisque la possibilité de procéder à des saisies fait partie du nouvel arsenal de la SEJF.

Des locaux dignes d'une police du fisc

Pour effectuer cette tâche, ces "flics du fisc" ont été formés pendant six mois à l’école de douanes de Tourcoing, dans le Nord. Une première promotion qui va commencer ses investigations dès cet été, dans les locaux de la douane judiciaire (SNDJ) situés dans le Val-de-Marne. Encore en travaux, les lieux seront flambants neufs d’ici deux à trois semaines selon Pascal Filippi, le directeur adjoint de la SNDJ. 

Si quelques murs doivent encore être abattus, on peut déjà se faire une idée. Au deuxième étage, la peinture d’une salle de garde à vue "aux normes" est encore fraîche. Et une salle d’audition, évidemment sans ouverture vers l’extérieur et insonorisée, est terminée. La décoration, minimaliste, ne devrait pas trop changer. "Elle restera vide, avec un bureau, un ordinateur, et c’est tout", explique Pascal Filippi, car tout autre objet pourrait devenir une "arme par substitution". 

Outre ces lieux dignes des séries policières, le reste est un enchaînement de bureaux. Car si les enquêteurs ne sont qu’une petite trentaine aujourd’hui, ils seront bientôt rejoints par une quinzaine d’autres OFJ qui passeront eux aussi par la case école dès la rentrée. Voire peut-être "un peu plus", confie la cheffe du service, particulièrement enthousiaste à l’idée de relever "le défi" d’être à la tête de cette nouvelle police de Bercy. 

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