Frondeurs du PS : "Valls a mordu notre ligne rouge"

Politique

INTERVIEW - Les élus dits "frondeurs" de la majorité socialiste se sont constitués samedi matin en un mouvement baptisé "Vive la gauche !". L'un de ses meneurs, le député PS de la Nièvre Christian Paul, explique à metronews ce qui les anime.

En constituant un mouvement, vous faites sortir le débat de l'hémicycle : dans quel but ?
Nous avions un profond besoin d'aller expliquer aux socialistes ce que nous voulons faire, pour obtenir leur soutien et leur redonner confiance. Beaucoup sont dans le doute, parfois dans la colère. Il faut être capable de leur dire qu'il n'y a pas qu'une seule façon possible d'agir pour la gauche au gouvernement. Il ne faut donc pas seulement contester la politique actuelle mais leur faire des propositions alternatives.

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Quelle est votre proposition phare ?

Un plan d'urgence face à la récession. Il faut bien sûr des réformes structurelles : nous proposons par exemple une réforme fiscale et une nouvelle loi bancaire. Mais leurs effets sont à long terme. Pour lutter contre la récession, nous voulons un soutien ciblé aux entreprises, du pouvoir d'achat supplémentaire pour les familles et un maintien des investissements locaux.

Manuel Valls va bientôt soumettre son gouvernement au vote de confiance de l'Assemblée. Certains parient sur le fait que vous n'oserez pas le faire tomber...
Les députés socialistes n'ont pas été élus pour faire tomber le gouvernement mais pour faire respecter ses engagements. Après cette semaine, il est devenu difficile pour beaucoup de socialistes de lui voter la confiance. Si le discours de politique générale de Manuel Valls reflète toujours cette orientation, nous ne la voterons pas. C'est limpide.

Matignon a invoqué le franchissement d'une "ligne jaune" pour évincer Arnaud Montebourg et Benoît Hamon. A votre tour, lui-fixez-vous une limite à ne pas franchir ?
Une ligne rouge même, qui a été largement mordue cette semaine. Lundi, éviction de deux ministres emblématiques qui avaient développé des propositions très proches des nôtres. Mardi, rétrécissement du périmètre politique du gouvernement. Mercredi, le Premier ministre à l'université d'été du Medef. Jeudi, ouragan sur les 35 heures. Vendredi, fin de la régulation des loyers. Enfin samedi, des informations sur l'utilisation d'ordonnances pour réglementer le travail du dimanche ! Le Premier ministre a clairement dévoilé ses intentions : il conduit une offensive au-delà de l'identité et du projet du PS, et à rebours des engagements de 2012.

Pourquoi ne pas quitter tout simplement le PS ?
Parce que c'est notre parti, et que nous ne voulons pas l'abandonner face à l'OPA qui se dessine. Et puis encore une fois, nous nous battons pour faire respecter les engagements sur lesquels nous avons été élus ! Manuel Valls n'est pas le chevalier de temps modernes, et nous les grincheux archaïques. On peut être moderne, c'est-à-dire répondre aux problèmes d'aujourd'hui, tout en étant fidèles à nos principes, à nos valeurs de gauche. Les Français ont choisi en 2012 un président de la République avec un programme. Si on l'oublie, on se perd.

Ni Arnaud Montebourg ni Benoît Hamon ne sont venus à vos réunions à La Rochelle. Christiane Taubira, si : aimeriez-vous qu'elle porte votre combat ?
C'est vrai qu'il y a chez Christiane Taubira une vraie fidélité aux valeurs de la gauche, et elle est une de nos sources de fierté de ces deux années. Donc nous sommes très heureux qu'elle ait accepté notre invitation. Mais nous n'allons pas nous engager dans une bataille des chefs ou des candidats à je ne sais quoi. Si l'élection présidentielle avait lieu demain, les socialistes ne la gagneraient pas. Donc la question aujourd'hui, c'est de retrouver la confiance des Français, qui pour l'instant baisse chaque semaine. Et la catastrophe politique peut succéder à la crise économique...

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