Pourquoi Marine Le Pen s'est finalement convertie au changement de nom du FN

RECONSTRUCTION - Le 16e congrès du Front national se tient à Lille samedi et dimanche. Dix mois après l'échec de Marine Le Pen à la présidentielle, le parti d'extrême droite tente de se relancer avec de nouveaux statuts mais aussi un nouveau nom pour marquer une nouvelle stratégie.

Il y a trois ans, Marine Le Pen se montrait plus que prudente, voire franchement hostile à l'hypothèse d'un changement de nom du parti. Casser la marque inventée il y a 45 ans par Jean-Marie Le Pen au risque d'y perdre "son âme", selon la formule du fondateur ?


Comme l'ont relevé nos confrères du HuffPost, la présidente du FN écartait elle-même l'hypothèse en 2014, se disant "attachée" à ce nom et s'inquiétant des conséquences que pourraient avoir une telle refonte de l'identité du mouvement. Marine Le Pen estimait que seul un "décrochage" entre le base du mouvement et sa tête pourrait justifier un tel changement d'identité. 

Changer pour s'allier

Quatre ans plus tard, trois ans après sa rupture définitive avec Jean-Marie Le Pen et dix mois après une présidentielle perdue, avec un FN en plein recul dans les sondages, les conditions semblent donc réunies pour modifier le nom historique. Un questionnaire adressé aux militants donne, assure l'état-major du parti, une courte majorité aux partisans d'un nouveau nom. Le secrétaire national du FN Jean-Lin Lacapelle a indiqué sur France Info que les adhérents ont "suggéré eux-mêmes des propositions", et que c'est l'une d'elles qui sera révélée dimanche par Marine Le Pen, et soumise au vote des militants. Un nom "qui semble avoir fait l'unanimité et qui a été le coup de coeur de notre présidente", a indiqué le responsable frontiste. 


Marine Le Pen elle-même s'est convertie au changement de nom. Elle a expliqué pourquoi vendredi soir sur France 2. "Le FN a changé de nature", a-t-elle assuré. "Il est passé d'un parti de protestation dans sa jeunesse à un parti d'opposition. Il doit devenir un parti de gouvernement, acquérir la culture des alliances. Changer de nom est une manière de le faire savoir." Une nouvelle façade pour en finir avec un long isolement coûteux électoralement, et tenter de construire des ponts avec la droite. 

Rumeurs et hypothèses

Pour Nicolas Bay, secrétaire général du FN, "ce changement peut être l'aboutissement du processus de refondation" consistant à faire du parti "la force centrale d'opposition à Emmanuel Macron" et à montrer sa capacité "à élargir, à avoir des partenaires". "Notre objectif est d'être majoritaire dans ce pays", a-t-il assuré samedi sur Europe 1. Le changement de nom divise toutefois. Pour le député FN du Gard Gilbert Collard, interrogé sur France Info, ce sujet ne devait pas être prioritaire. "Je n'en fais pas un problème", a-t-il indiqué. "Mais je mets en garde les adhérents du FN : ne croyez pas que l'attitude [des opposants] va changer, LR, socialistes, communistes ou Insoumis... Nous servirons toujours de prétexte à leur partouze électorale". 


A droite, le nouveau patron de LR Laurent Wauquiez a averti à plusieurs reprises qu'il refuserait toute alliance avec Marine Le Pen. Au-delà du souverainiste Nicolas Dupont-Aignan, avec lequel la candidate frontiste s'est alliée au second tour de la présidentielle, le FN ne dispose donc, pour l'heure, que d'une marge retreinte dans le paysage politique, même s'il espère attirer vers lui de nouveaux électeurs eurosceptiques. 


S'agissant du nom, rien n'avait filtré samedi. De nombreuses hypothèses fleurissaient sur les réseaux sociaux, des "Tricolores" à "l'Union nationale", en passant par le "Rassemblement national". De quoi faire parler en tout cas du FN, pour la première fois depuis de longues semaines. 

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