Geneviève Darrieussecq défend le "traitement de la laïcité exceptionnel" dans l'armée

Geneviève Darrieussecq défend le "traitement de la laïcité exceptionnel" dans l'armée

L'INTERVIEW POLITIQUE - La secrétaire d'Etat auprès de la ministre des Armées, Geneviève Darrieussecq, était l'invitée d'Elizabeth Martichoux, lundi 11 novembre.

Invitée de LCI, lundi 11 novembre, à l'occasion du 101e anniversaire de l'armistice de la Première guerre mondiale, la secrétaire d'Etat auprès de la ministre des Armées, a bien sûr parlé des opérations militaires de la France à l'extérieur. Un monument doit être inauguré dans le parc André-Citroën, au sud de Paris, pour en hommage aux militaires français morts à l'étranger. Son interview a été l'occasion de revenir sur la marche contre l'islamophobie, dimanche 10 novembre. Si elle n'a pas "compris" les raisons de la manifestation, elle a toutefois appelé "différents pans de la nation" à s'inspirer du traitement de la laïcité dans l'armée.

Sur l’hommage aux morts pour la France

"Nous avons retrouvé sans aucun problème les familles des décédés les plus récents, mais quand les choses se sont éloignées, des ponts ont pu être coupés avec certaines familles. Toutes n’ont pas pu être identifiées. Néanmoins, nous avons largement communiqué pour qu’elles soient puissent appeler une plate-forme téléphonique tenue par l’Office national des anciens combattants. Le but étant que toute famille de soldat mort pour la France souhaitant participer à cette cérémonie puisse être accueillie. Il y aura 600 représentants de famille au Parc André-Citroën où sera inaugurée cette statue (rendant hommage aux 549 militaires tués en opérations extérieures depuis 1963 – NDLR). Ce monument est d’abord pour les militaires afin qu’ils se rendent compte de l’hommage de la nation pour leur engagement, pour les sacrifices qu’ils font. Pour les familles aussi, bien sûr, afin d’en faire un lieu pour se souvenir et se recueillir, et aussi pour le public afin qu’il soit conscient de l’engagement de ces militaires qui se battent pour notre liberté."

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Sur les militaires, peut-être pas assez reconnus sur les opérations extérieures

"Les Français me semblent assez conscients, malheureusement cela leur est rappelé lorsqu’il y a un décès de soldat, lorsqu’ils voient les hommages nationaux. Je pense à l’hommage rendu au brigadier-chef Ronan Pointeau, tué le 2 novembre au Mali."

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 Sur les attaques djihadistes au Sahel

"La nature du combat a changé. Au départ, Daech s’était constitué sur un territoire dans cette région du Sahel et en a été chassé. Il se reconstitue par petites poches de manière disséminée. Nous avons besoin d’être toujours présents. Je pense que les armées ont complètement adapté l’évolution d’un combat qui est devenu totalement différent avec un objectif majeur : être auprès des armées des pays concernés, notamment le G5 Sahel, pour soutenir les forces africaines afin qu’elles puissent elles-mêmes combattre le terrorisme."

 

Sur le nombre de soldats français en opérations spéciales

"4000 soldats français, c’est beaucoup. C’est suffisant et c’est ce que nous pouvons mettre comme force dans ces pays mais l’Europe n’est pas absente : des pays s’engagent auprès de la France pour envoyer des forces. Il y a même un projet de constitution de forces spéciales européennes, évoquées par Florence Parly il y a quelques jours. L’idée est de pouvoir venir en soutien aux armées africaines, de pouvoir les former, de pouvoir les aider en termes de stratégie. Le récent reflux de l’armée malienne est lié à un changement de stratégie face à l’assaut meurtrier des djihadistes. Mieux vaut être regroupé qu'isolé par petites poches."

 

Sur l’Opération Barkhane

"Personne n’est capable de dire aujourd’hui [jusqu’à quand elle durera]. Ce qui est certain, c’est qu’il s’agit d’une œuvre de long terme, de patience, de dévolution permanente stratégique. Cette lutte contre le terrorisme est essentielle. Les risques terroristes sont présents au quotidien en France. Nos armées sont engagées au cœur même."

 

Sur les risques de radicalisation dans l’armée française

"Ce que je suis en capacité de dire, c’est qu’il y a des veilles et des évaluations permanentes. Les armées ont le commandement de proximité comme particularité singulière : le moindre signal faible est évalué (…) mais je n’ai pas le sentiment qu’il y ait des cas de radicalisation tous les jours dans les armées."

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 Sur l’inauguration de la plaque à l’Arc de triomphe en hommage aux combattants des opérations extérieures

"L’Arc de triomphe a été rapidement restauré [après le saccage lors des affrontements entre Gilets jaunes et forces de l'ordre NDLR]. Ce 5 décembre était une journée horrible, j’en ai pleuré. Voir ce monument, symbole fort de notre république, sur lequel la flamme du soldat inconnu est ravivée tous les soirs, m’a bouleversée. Je trouve incroyable dans notre pays qu’il faille protéger un tel monument, symbole de notre liberté et de notre démocratie. [Un an après] Je ne trouve pas la France très sereine. On sent bien des crispations de beaucoup de domaines, elles sont majoritairement apaisées de cette violence que l’on voyait tous les samedis après-midi."

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 Sur la manifestation contre l’islamophobie

"Je n’ai pas compris cette manifestation, je n’ai pas compris son sens. On m’aurait parlé d’une manifestation pour la laïcité qui ouvrait les bras à tous, j’aurais compris le sens d’une telle manifestation mais là, je n’ai pas compris. Je pense que ceci était complètement hors-jeu, les politiques qui se sont inscrits dans cette manifestation n’ont pas été dans le champ républicain, dans notre société laïque. Dans les armées, nous avons un traitement de la laïcité exceptionnel dont pourraient s’inspirer beaucoup de pans de notre nation. Nous avons des militaires catholiques, musulmans, juifs, protestants, ils sont d’abord soldats, ils sont là pour défendre la patrie,  ils sont là pour l’honneur de la patrie, pour le drapeau. Mais ils peuvent pratiquer leur religion en toute liberté. Nous avons des aumôneries de tous les cultes."

 

Sur l’étoile jaune sur le pan d’un vêtement d’enfant

"C’est une honte pour notre République, pour la mémoire de tous les Juifs qui ont péri dans les camps de concentration, nous fêtons l’année prochaine le 75e anniversaire de la libération des camps… c’est une honte. J’ai été scandalisée de voir ces images. Ce qui me fait peur dans notre pays, c’est que nous avons l’impression que les mots et les symboles sont utilisés à mauvais escient. Un mélange des genres très difficile à supporter et j’ai été très choquée de voir ces images (…). On a augmenté le communautarisme alors que notre but est de lutter contre."

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