Gérald Darmanin a-t-il vraiment interdit aux associations de distribuer de la nourriture aux réfugiés rassemblés à Calais ?

Les associations sont révoltées par cette décisions, qu'elles jugent incompréhensible dans le contexte actuel.

RESTRICTIONS – À Calais, le ministre de l'Intérieur n'a pas totalement interdit aux associations de venir en aide aux migrants en leur distribuant de la nourriture, comme cela a pu être présenté. En revanche, il a bel et bien décidé avec la préfecture de limiter à quelques acteurs associatifs cette possibilité, un choix pleinement assumé.

Sur les réseaux sociaux, des captures écran de titres de presse ont largement circulé ces derniers jours. Les articles en question indiquent que le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, "interdit la distribution de repas aux migrants par les associations" du côté de Calais. L'humoriste Guillaume Meurice a notamment relayé la publication à ses abonnés, déclenchant une vague d'indignation.

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Des restrictions, mais pas d'interdiction totale

Dans un communiqué commun publié le 11 septembre, six associations se sont élevées contre une décision jugée "intolérable". Dans le contexte actuel de crise sanitaire, a notamment lancé Cécile Coudriou, présidente d’Amnesty International France, "les personnes et associations qui viennent en aide aux exilés ont un rôle essentiel. La décision du ministre de l’Intérieur est une nouvelle démonstration du harcèlement dont font l’objet les défenseurs des droits des migrants dans la région. L’Etat doit reconnaître et soutenir leur rôle plutôt que d’entraver leur action", a-t-elle ajouté.

Mais que prévoit réellement la décision du ministre ? Contrairement aux titres utilisés par plusieurs médias pour résumer la situation, il ne sera pas véritablement interdit de venir en aide aux migrants en leur distribuant de la nourriture. Après discussion avec le ministre, la préfecture du Pas-de-Calais a en effet décidé que cette assistance serait désormais uniquement restreinte aux associations mandatées par l'Etat.

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"Il est interdit toute distribution gratuite de boissons et denrées alimentaires [...] pour mettre fin aux troubles à l’ordre public et limiter les risques sanitaires liés à des rassemblements non déclarés", précise la préfecture dans un communiqué, une décision justifiée par le "non-respect des mesures de distanciation sociale dans le cadre de la lutte contre la Covid-19". Autre argument invoqué, le fait que ces actions de solidarité "créent des nuisances", ou que "des déchets" soient "laissés sur place." 

Choqués, les responsables des associations non mandatées par l'Etat affichent leur stupeur. "Nous refusons d’opposer les missions remplies par les associations mandatées par l’Etat et celles qui se mobilisent par d’autres moyens  : toutes ces actions sont essentielles et remplissent des fonctions complémentaires afin de garantir le respect des droits fondamentaux des personnes présentes sur le littoral nord", insiste Florent Gueguen, directeur général de la Fédération des acteurs de la solidarité.

Darmanin contre-attaque

Face aux vives réactions suscitées par ces mesures, Gérald Darmanin s'est exprimé, dénonçant une "caricature malhonnête". "Nous avons pris cette décision à la demande de la maire de Calais et ce que nous avons interdit, ce sont les distributions de repas anarchiques, en plein centre-ville, pas la distribution de repas", a-t-il insisté.

"Les distributions de repas sont évidemment toujours autorisées. Il y en a plus de 2.000 par jour réalisées par des associations mandatées par l’État", a poursuivi le ministre. De son côté, la maire LR de Calais Natacha Bouchart s'est réjouie d'une telle mesure, elle qui avait tenté en décembre 2019 de prendre un arrêté similaire mais s'était vue stoppée dans sa démarche par le tribunal administratif de Lille. 

Si la préfecture estime que les moyens mis en place par l'Etat (en mandatant à son initiative une association notamment) sont "suffisants au regard des besoins" des migrants dans le secteur, la situation demeure inacceptable aux yeux des associations qui se voient entravées dans leurs actions. Ces dernières craignent désormais que les risques sanitaires soient accrus, en raison d'une concentration plus importante des migrants lors des distributions autorisées. Elles ont par ailleurs réfuté le fait que leurs distributions de repas se soient jusque-là déroulées de manière anarchique.

Si la décision de la préfecture, prise en concertation avec le ministère de l'Intérieur est aujourd'hui vivement critiqué par les représentants associatifs, il est faux d'affirmer que les distributions de nourriture aux migrants à Calais sont désormais interdites. Seules les associations mandatées par l'Etat pourront désormais les réaliser.

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