Gérard Collomb ne veut pas d'un duel "entre le président installé et l'extrême droite"

Gérard Collomb ne veut pas d'un duel "entre le président installé et l'extrême droite"
Politique

INTERVIEW - L'ancien ministre de l'Intérieur était l'invité d'Elizabeth Martichoux, mardi 12 novembre, sur le plateau de LCI. Aujourd'hui maire de Lyon, il a notamment craint un nouveau second tour entre le président Macron et l'extrême droite.

En quittant la place Beauvau, en octobre 2018, Gérard Collomb avait eu ces mots particulièrement alarmants, à propos de la situation dans certains quartiers sensibles, qu'il jugeait prioritaires dans un esprit de "reconquête républicaine" : "Aujourd'hui, on vit côte à côte, je crains que demain on ne vive face à face". Un an plus tard, l'ex-ministre de l'Intérieur est revenu sur ces propos. Un thème parmi d'autres de cette interview, où la candidat à la présidence de la métropole de Lyon est revenu notamment sur la marche contre l'islamophobie, le débat particulièrement crispant autour de la laïcité et le duel annoncé et craint par tous entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen.

Sur la manifestation contre l'islamophobie

"Il faut distinguer deux choses : l'énorme masse des musulmans qui vivent tranquillement et un certain nombre de personnes qui veulent instrumentaliser l'islam pour des raisons politiques et c'est effectivement condamnable. Un certain nombre de leaders veulent se servir des musulmans de France pour pouvoir promouvoir une idéologie de type islamiste. Si évidemment les leaders politiques qui étaient là à cette marche n'ont pas cette intention, ils se fourvoient."

Sur l'étoile jaune portée par la petite fille

"Il n'y a rien de comparable entre la situation des musulmans en France aujourd'hui et ce qu'ont pu connaître à l'époque les juifs. C'est choquant : vous avez des millions de déportés d'un côté et une situation qui reste somme toute en France relativement apaisée de l’autre."

Voir aussi

Sur le "face à face" qu'il avait prédit

"Il y a une division entre les quartiers riches et les quartiers qui s'enfoncent dans la crise. Une séparation totale qui n'est pas bonne. Dans mon agglomération, j’ai toujours essayé de faire en sorte qu'il y ait une mixité sociale. C'est toujours comme cela que l'on peut faire progresser ceux qui viennent de l'immigration. Ce n'est pas en rassemblant tous les immigrés dans un même quartier que l'on peut donner de l'espoir pour la suite. C'est une situation qui s'est enracinée depuis une vingtaine d'années. Et pour pouvoir réparer ce qui a été fait, je crois qu'il faudra quelques temps. Il faut louer les plans de rénovation urbaine ou encore le dédoublement des classes pour donner plus de chance dans les quartiers populaires."

Sur la crispation générale

"La France est profondément divisée comme le montre Jérôme Fourquet dans son livre "L'Archipel français" : entre la ville et la campagne, le quartier populaire et le quartier dynamique. Cette France, il faut la réunifier socialement : c'est l'effort que doit faire le gouvernement [...] Les Français sont inquiets, on le voit dans tous les sondages. Et c'est un sujet fondamental selon moi."

Sur la laïcité

"Très souvent, lorsqu'on parle de laïcité, c'est à propos de l'islam. La structuration d'un islam républicain ne peut se faire qu'à partir de la base et j'avais demandé que soient organisées des réunions avec les préfets dans tous les départements de manière à pouvoir à organiser cette communauté. Ce débat n'a pas été fait. La ligne de la laïcité a toujours été dite, c'est celle d'Aristide Briand : chacun doit pouvoir pratiquer le culte de son choix, pourvu que ce soit dans le cadre de la loi. Après, c'est la mise en pratique de cette loi-là qui doit être réalisée."

Voir aussi

Sur la mise en scène d'un duel Macron / Le Pen en 2022 :

"Le duel s'installe naturellement. Mais est-ce une bonne chose d'avoir in fine une Marine Le Pen qui monte continuellement? Elle s'est installée dans l'opinion publique. Lors des précédentes élections présidentielles, on doutait de sa présence au second tour. Aujourd'hui, tout le monde dit : elle va l'être. Une progression que je juge inquiétante. Je ne pense pas qu'elle puisse gagner mais ses idées progressent dangereusement dans la société. Quand on voit certains pays en Europe, que l'on pensait démocratiques, on peut être inquiet. Il faut un pluralisme démocratique dans notre pays, on ne peut pas se contenter d’un face-à-face entre le président installé et l'extrême droite."

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter