Gilets jaunes : au fait, pourquoi le gouvernement n'augmente-t-il toujours pas le Smic ?

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La colère des Gilets jaunes

POUVOIR D'ACHAT - Malgré la mobilisation des Gilets jaunes, le Premier ministre Edouard Philippe a écarté un coup de pouce au Smic au 1er janvier. Si ce dernier est indexé sur l'inflation, il n'a pas été revalorisé depuis six ans. Pourquoi ?

Si le combat des Gilets jaunes se focalise essentiellement sur la baisse des taxes, certains ont avancé ici ou là la revendication d'une hausse du Smic pour améliorer le pouvoir d'achat des Français les plus modestes. Une proposition d'ailleurs portée depuis longtemps par plusieurs syndicats (la CGT réclame 1.700 euros bruts par mois) et même, ces derniers mois, par des responsables de la droite LR, Guillaume Peltier et Valérie Pécresse -, qui préconisaient une augmentation de 20% (soit 240 euros de plus par mois)- une proposition contestée dans leur camp. Durant la campagne présidentielle, Jean-Luc Mélenchon (LFI) proposait déjà une revalorisation d'environ 200 euros pour relancer la consommation. 

Avant même de recevoir, mi-décembre, le rapport annuel du groupe d'experts consacré au salaire minimum, Edouard Philippe a d'ores et déjà écarté mercredi l'hypothèse d'une revalorisation. Le Smic, actuellement à 1.498,50 euros bruts mensuels (1188 euros nets) pour un temps plein, bénéficiera seulement de l'indexation automatique sur l'inflation. Ce montant sera annoncé le 19 décembre, selon la ministre du Travail Muriel Pénicaud. Près de 1.6 million de salariés sont actuellement rémunérés au niveau du Smic. 

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Le dernier coup de pouce : il y a six ans

Les gouvernements successifs n'ont pas été particulièrement prompts à augmenter le salaire minimum. La dernière hausse véritable (hors inflation) remonte à juillet 2012, au début du quinquennat de François Hollande (0.6%). La précédente, de 0.3%, remontait à 2006.

Depuis 1995, le Smic a augmenté de plus de 27%, en tenant compte de l'évolution de l'inflation. Depuis 2012, il augmente moins vite que l'ensemble des salaires. 

Anti-économique ?

La revalorisation du Smic est un outil revendiqué régulièrement, surtout à gauche, pour améliorer le pouvoir d'achat des Français les plus modestes, mais aussi pour relancer l'économie par la consommation. 

Au cours de la dernière décennie, c'est l'argumentaire des plus libéraux qui a pris le dessus en la matière. L'an dernier, le rapport annuel des experts avait même suscité un tollé, ces derniers ayant proposé le gel pur et simple du Smic, c'est-à-dire sa désindexation de l'inflation, estimant cette hausse inutile, voire dangereuse pour l'économie. Une proposition rejetée par le ministre de l'Economie Bruno Le Maire, ce dernier ayant promis qu'il y aurait "toujours une indexation du Smic". 

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LE MAIRE le SMIC, c'est pas beaucoup pour vivre

Le gouvernement est toutefois hostile, pour plusieurs raisons, à une augmentation plus franche. Une position résumée mercredi par Muriel Pénicaud devant l'Assemblée nationale. Un "coup de pouce" entraînerait, selon la ministre, "un déséquilibre entre l'emploi et les salaires" et contribuerait à détruire des emplois. Un sujet qui divise les économistes depuis de nombreuses années. Hors de question, pour l'exécutif, de mettre en péril "la compétitivité" des entreprises, qui bénéficient actuellement d'exonérations et d'allègements de charges sur les bas salaires. 

Edouard Philippe a formulé un autre argument : "notre politique", a-t-il expliqué, "ce n'est pas de faire du coup de pouce au Smic, notre politique, c'est de faire en sorte que le travail paye". Selon l'argumentaire du gouvernement, le gain de pouvoir d'achat est généré par les diverses mesures prises depuis le début du quinquennat, dont le basculement des cotisations sociales vers la CSG et la revalorisation de la prime d'activité (80 euros sur le quinquennat). Concrètement, un salarié au Smic a vu sa fiche de paye augmenter de 40 euros nets cette année, mais l'inflation, la hausse annoncée de la taxation du carburant et le climat social ont plombé l'effet de ces mesures promises par Emmanuel Macron en faveur du pouvoir d'achat. 

A l'échelle européenne, seuls quatre pays, la France, la Belgique, le Luxembourg et la Slovénie, ont encore recours à la revalorisation automatique du salaire minimum. Les autres pays qui ont mis en place un salaire minimum font varier son éventuelle augmentation en fonction de la conjoncture. 

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