Gilets jaunes : critiqué par l'opposition, Christophe Castaner dit n'avoir jamais songé à démissionner

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CRITIQUES - Après la violente manifestation des Gilets jaunes, samedi à Paris, Matignon a annoncé des mesures de maintien de l'ordre complémentaires. Une reprise en main par le sommet de l'exécutif, au moment où la méthode de Christophe Castaner essuie de nombreuses critiques. Le ministre de l'Intérieur était ce lundi soir l'invité de David Pujadas sur LCI. Il a affirmé qu'il n'avait jamais songé à démissionner.

"Dysfonctionnements", "insuffisances" dans l'exécution du dispositif de maintien de l'ordre... C'est le constat en forme d'aveu fait ce week-end par Matignon après les violences qui ont émaillé la manifestation parisienne des Gilets jaunes, et qui a  abouti  à une série d'annonces censées empêcher de nouveaux débordements : interdiction des manifestations de Gilets jaunes dans certains quartiers, augmentation des amendes et... limogeage du préfet de police.

La situation avait poussé le Premier ministre Edouard Philippe a organiser dès dimanche une réunion d'urgence en présence du ministre de l'Intérieur Christophe Castaner et de la garde des Sceaux Nicole Belloubet. A l'occasion, Christophe Castaner se serait fait remonter les bretelles "et pas qu'un peu", selon un stratège macroniste cité lundi matin par RTL. Des faits démentis  sur LCI par ce proche d'Emmanuel Macron depuis son soutien indéfectible durant la campagne présidentielle. 

Dimanche, le premier flic de France avait préféré  répondre aux critiques en se rendant sur le terrain, notamment auprès de la famille secourue alors que son immeuble avait été incendié, et pour dénoncer les dégradations commises sur la plaque en mémoire de Xavier Jugelé. 

Appels à la démission

Dans l'opposition, les voix se sont cependant multipliées pour pointer la responsabilité directe du ministre dans les exactions du week-end. A droite, la porte-parole LR Lydia Guirous a ciblé un exécutif qui a mis "quatre mois pour reconnaître des dysfonctionnements", et jugé que "le ministre de l'Intérieur n'est pas à la hauteur". Ajoutant : "Christophe Castaner doit avoir le courage et la décence de démissionner". "Imagine-t-on, avec Nicolas Sarkozy ou Charles Pasqua [tous deux anciens ministres de l'Intérieur, NDLR] un tel laxisme vis-à-vis de ces bandes de casseurs depuis quatre mois ?" a aussi attaqué la candidate LR aux Européennes Agnès Evren, tandis que présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, demandait une "remise à plat" de la doctrine du maintien de l'ordre. 

La méthode Castaner est également sous le feu des critiques à gauche. Lundi matin, sur son blog, Jean-Luc Mélenchon (LFI) a estimé que le "saccage" des Champs-Elysées montrait que "le sommet de l'Etat et de la hiérarchie policière ne maîtrise plus la situation". Le député des Bouches-du-Rhône a toutefois pris soin de ne pas citer spécifiquement le locataire de la place Beauvau, mais tout le "sommet politique de la Macronie", qui a "voulu jouer la carte du parti de l'ordre" en étant "incapable de le maintenir". 

Si les récentes révélations sur la sortie du ministre en discothèque, samedi 9 mars, au soir de "l'acte 18" des Gilets jaunes, ont été assez peu commentées par l'opposition politique, elles ont contribué à renforcer la vague de contestation qui s'exprime contre Christophe Castaner sur les réseaux sociaux. A chaque tweet du ministre répond une cohorte de messages faisant allusion à cette soirée. Côté Gilets jaunes, certaines figures comme Hayk Shahinyan ("Mouvement alternatif citoyen") ont appelé lundi à "la démission sans délai du ministre de l'Intérieur pour inaptitude à la fonction". 

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Convocation au Sénat

Même s'il reste soutenu par l'exécutif, Christophe Castaner n'a pas fini de répondre des choix qui ont été faits lors de la dernière manifestation parisienne. Il est convoqué, ainsi que le ministre de l'Economie Bruno Le Maire, par la commission des lois du Sénat, mardi à 16h30. La même instance hyperactive qui, présidée par Philippe Bas, s'est constituée durant plusieurs mois en commission d'enquête pour entendre les protagonistes dans l'affaire Benalla. Lors de cette audition publique qui sera retransmise en direct sur LCI, les deux ministres devront s'expliquer sur "les moyens mis en place pour faire face à ces troubles et sur les conséquences de ces nouvelles dégradations sur la situation du commerce et de l'attractivité économique du pays". 

"Il y aura un retour sur les événements et les points faibles du dispositif", mais il ne sera pas question d'appeler Christophe Castaner à la démission, a prévenu, sur LCI, le sénateur LaREM du Val d'Oise Alain Richard. 

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Alain Richard (Larem) écarte toute appel à la démission de Castaner

Pour autant, il sera bien question de mettre un coup de pression sur la stratégie adoptée par l'exécutif pour répondre aux violences. "Il est très important que le gouvernement n'exclue aucune hypothèse", a estimé le président LR de la commission des lois, Philippe Bas, sur BFMTV. "Il doit mettre le poing sur la table maintenant et il a une palette de moyens juridiques et matériels qu'il faut absolument qu'il mobilise."

Exit donc, pour l'heure, un appel général à la démission de Chirstophe Castaner dans l'opposition. Y compris au Rassemblement national, où l'on préfère affirmer, à l'instar de Jean-Lin Lacapelle, invité de LCI, que l'Etat a collectivement "failli dans la gestion de la manifestation" et qu'il faut "neutraliser les individus qui viennent perturber les manifestations". 

Au sommet de l'Etat, certaines voix préfèraient pointer la responsabilité du préfet de police, Michel Delpuech, "responsable opérationnel" de cette stratégie de maintien de l'ordre qui a montré ses limites samedi sur les Champs Elysées. Edouard Philippe a fait son choix et annoncé le limogeage de Michel Delpuech. Le préfet de Nouvelle Aquitaine Didier Lallement le remplacera mercredi. Un fusible plutôt qu'un ministre ?

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