Gilets jaunes : des députés LR veulent priver de RSA les "casseurs", mais pas seulement...

Politique
SYMBOLE - Le 20 mars dernier, 22 élus de droite ont déposé une proposition de loi visant à suspendre les droits au revenu de solidarité active (RSA) des "casseurs". Sauf que le détail du texte ne concerne pas que les manifestants ayant commis des dégradations.

Il y a les bons et les mauvais Gilets jaunes. Concrètement, les bons ne cassent rien, au contraire des seconds, ces "gens hyper violents, qui ont tout cassé", et que "n’aime pas" Emmanuel Macron, comme l’a lui-même déclaré le chef de l’État jeudi à Beaupréau-en-Mauges, dans le Maine-et-Loire, face à des enfants. Arnaud Viala partage ce point de vue. La preuve : le député LR de l’Aveyron a déposé, le 20 mars, une proposition de loi "visant à suspendre les droits au revenu de solidarité active (RSA) pour les personnes qui se rendent coupables d’exactions lors des manifestations et qui se trouvent être bénéficiaires de cette prestation". Les fameux "casseurs", donc.

Passée quasiment inaperçue il y a une semaine, cette proposition de loi suscite, ces derniers jours, de fortes critiques des députés LFI et PCF, notamment. Interrogé par Le Figaro, l’élu de droite à son origine rappelle qu'il avait "déjà déposé cette proposition en 2016, au moment d'incidents lors de manifestations contre la loi Travail". Il explique aujourd’hui : "Face aux événements dramatiques des dernières semaines et aux problèmes de sécurité, je l'ai redéposée." Et précise que les violences du 16 mars sur les Champs-Élysées ont servi de déclencheur : "Après ce samedi noir, je suis moi-même allé sur les Champs-Elysées. J'ai pu faire le constat du désarroi des commerçants, on a dépassé les limites."

Arnaud Viala admet cependant que tous les casseurs ne touchent pas le RSA, qu’il ne dispose d’ailleurs pas de statistiques à ce sujet, mais il considère que "les droits s’accompagnent de devoirs" et qu’"on ne peut pas imaginer que quelqu’un qui bénéficie d’un dispositif de solidarité puisse s’en prendre à la Nation impunément". Surtout, le député LR prend grand soin de faire le même distingo qu’Emmanuel Macron : le texte qu’il porte, insiste-t-il, s’adresse "aux casseurs et pas aux Gilets jaunes". 

"Participation (armée ou non) à un attroupement"

C’est pourtant là que le bât blesse, car le détail du texte en question dépasse le cadre de ce que suggère son intitulé. "Il faut priver du revenu de solidarité active (RSA) des 'casseurs' qui en sont bénéficiaires, et ce, en raison de leur participation (armée ou non) à un attroupement, de leur participation armée à une manifestation ou réunion publique autorisée ou de la provocation directe à un attroupement armé", stipule-t-il en effet. Dit autrement : seraient aussi concernées par le texte les personnes (même sans arme) qui continuent volontairement à participer à un attroupement après les sommations des forces de l’ordre... Même si ces personnes n’ont absolument rien cassé.

Il faut donc croire que l’essentiel est ailleurs. En l’occurrence, dans le symbole. On se souvient ainsi qu’après l’agression d’une enseignante par un lycéen de Créteil avec une arme factice, à la fin du mois d’octobre dernier, le gouvernement avait envisagé de couper les allocations des parents d’élèves violents, avant finalement de renoncer. Qu'en mai 2018, le maire (LR) de la petite commune de Rillieux-La-Pape avait, lui, fait voter une suspension des aides municipales aux familles des mineurs condamnés pour des délits. Ou encore que dans son programme pour l’élection présidentielle de 2017, Marine Le Pen avait proposé la "suppression du versement des aides sociales aux parents de mineurs récidivistes". À croire que ce sont les aides sociales elles-mêmes qui engendrent les violences.

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