Gilets jaunes : pourquoi Eric Drouet "fascine" Jean-Luc Mélenchon et les Insoumis

Politique
CONTESTATION - Le controversé porte-parole du mouvement, interpellé mercredi, est soutenu par Jean-Luc Mélenchon. Les responsables LFI voient en Eric Drouet l'incarnation de ce "peuple" dont ils se veulent désormais l'incarnation, convaincus que la France est entrée dans une phase révolutionnaire et que cela dépasse le cadre de la gauche.

Son soutien inconditionnel à Eric Drouet, interpellé mercredi lors d'une manifestation non déclarée à Paris, en a déboussolé plus d'un à gauche. Jean-Luc Mélenchon a pris la défense du porte-parole controversé des Gilets jaunes, dénonçant sur Twitter la "police politique" dont il serait la victime. Le député des Bouches-du-Rhône avait déjà confié, il y a trois jours, sa "fascination" pour ce chauffeur routier de 33 ans, devenu du jour au lendemain l'un des visages de la contestation. Une "fascination" partagée par son lieutenant, Alexis Corbière, quand d'autres responsables LFI, plus mesurés, se contentaient de dénoncer son interpellation, sans apporter leur blanc seing aux prises de positions diverses - et parfois contradictoires - de l'intéressé. 


En soutenant une des voix radicales du mouvement des Gilets jaunes - qui relayait notamment sur les réseaux sociaux des positions complotistes ou appelait les manifestants à "rentrer dans l'Elysée" - , Jean-Luc Mélenchon a-t-il, comme l'affirmait Benoît Hamon sur RTL, "quitté les rives de la gauche" ?

Un Drouet qui attire les politiques

Voici plusieurs semaines que le profil de ce Gilet jaune intéresse de près. Contrairement aux informations qui ont circulé à son sujet, l'homme n'a pas appelé publiquement à voter pour Marine Le Pen en 2017. Et malgré des prises de position relayées sur Facebook, comme sur l'immigration ou les menus sans porc à la cantine, à mille lieux du projet LFI, on l'a vu au cours des mois qui ont précédé les Gilets jaunes soutenir une mobilisation pour les urgences d'un hôpital, rire d'une caricature de la présidente du Rassemblement national ou appuyer des messages moquant Donald Trump. Un flou artistique qui rend difficile toute tentative de lui coller une étiquette politique. Mais qui suscite, à quatre mois des élections européennes, toutes les convoitises, de Jean-Luc Mélenchon au Rassemblement national en passant par Florian Philippot, le président des Patriotes, lequel s'est targué jeudi d'avoir utilisé ses prérogatives de député européen pour rendre visite à Drouet afin de vérifier "ses conditions de détention".


Eric Drouet, objet politique non identifié, a tout particulièrement attisé l'intérêt des Insoumis par ses appels à destituer le chef de l'Etat. Le mouvement y voit une confirmation de cette révolution institutionnelle espérée depuis plusieurs années par Jean-Luc Mélenchon. Ce dernier compare, sur son blog, Eric Drouet au presque homonyme révolutionnaire de 1789, Jean-Baptiste Drouet. Sur LCI, l'oratrice nationale de LFI Danielle Simonnet a estimé que l'arrestation du chauffeur routier traduisait "la peur du gouvernement" face à "un mouvement profond d'insurrection citoyenne" enclenché le 17 novembre. 

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Danielle Simonnet, Conseillière LFI de Paris, réagit à l'arrestation d'Eric Drouet

De fait, les Insoumis sont convaincus qu'une révolution a d'ores et déjà commencé en France. Il s'agit "d'un tournant dans notre histoire nationale", "comparable à notre grande Révolution française", vante ainsi le député LFI Alexis Corbière dans une interview accordée jeudi au journal conservateur Valeurs Actuelles intitulée : "Le peuple doit rester souverain". Et Drouet en serait une incarnation vivante. 

Un écho à "L'ère du peuple"

"Si Jean-Luc Mélenchon est fasciné, c'est parce qu'il apparaît à ses yeux comme le leader d'une révolte qui émerge du peuple", observe le politologue Jean-Yves Camus, sollicité par LCI. "Parmi les multiples porte-parole issus des Gilets jaunes, Drouet est sans conteste le plus visible et celui qui porte le plus loin la mobilisation, refusant de se soumettre aux codes de base des mobilisations classiques." Ce qui étonne davantage ce spécialiste de l'extrême droite, c'est "cette fixation sur le fait de demander au président de la République de démissionner". "Il y a désormais une impatience chez La France insoumise. Ce que nous dit le mouvement, c'est que l'on ne pourra pas aller au terme de ce mandat."


Jean-Luc Mélenchon, qui appelle de ses voeux à un changement de régime, est persuadé d'avoir anticipé le mouvement des Gilets jaunes. Dans L'ère du peuple, l'ouvrage qui avait offert un socle idéologique à sa campagne de 2017, l'ancien candidat à la présidentielle prévoyait l'émergence du "peuple" au gré d'un "enchaînement d'événements souvent parfaitement fortuits", et qui aboutirait au renversement de "la petite oligarchie des riches", de la "caste dorée de politiciens qui sert ses intérêts et des médiacrates". Une version du Grand Soir finalement assez proche de celle défendue par Eric Drouet. Mais qui éloigne Jean-Luc Mélenchon de la gauche classique. Ce n'est pas la première fois : des propos de Jean-Luc Mélenchon sur la maîtrise de l'immigration en août dernier - modérés par la suite - à la référence du député François Ruffin au blogueur polémique Etienne Chouard pour soutenir le référendum d'initiative citoyenne, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon poursuit sa vaste mue idéologique. Non sans douleur, y compris au sein de ses propres troupes. 

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Jean-Luc Mélenchon, l'"insoumis"

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