Deux semaines pour annoncer un remaniement, record de lenteur sous la Ve République ?

Politique
HISTOIRE - Il était attendu mardi 9 octobre dernier, et finalement il n’aura lieu, au plus tôt, que le mardi 16 octobre, soit deux semaines après la démission de Gérard Collomb du ministère de l’Intérieur. Un record sous la Ve République ?

Le président de la République et ses soutiens ont multiplié les éloges à la lenteur pour expliquer leur manque de précipitation à annoncer le nouveau gouvernement. "Il faut faire les choses avec méthode, au bon rythme", a prôné Emmanuel Macron vendredi 12 octobre à l’issue du sommet de la Francophonie dans une interview à France 24 et RFI. Pourtant, clairement le temps pris par l’exécutif semble interminable à beaucoup. Si cela peut s’expliquer par de longues procédures de vérifications par la Haute autorité pour la transparence de la vie politique ou encore par la volonté de respecter les équilibres au sein de la Macronie, il n’empêche que le premier ministre et le président de la République ont maintenant tout intérêt à agir rapidement.

Ce lundi 15 octobre, des médias comme Le Monde rappellent que "jamais un remaniement n’aura pris aussi longtemps sous la Ve République". Mercredi 10 octobre, Le Canard enchaîné titrait : "Huit jours pour former un nouveau gouvernement, record battu, Macron ne s’est pas remanié le train". 


En effet, cela fait maintenant une dizaine de jours que l’exécutif a confirmé que le remaniement serait plus large qu’un simple remplacement poste pour poste du ministère de l’Intérieur, et qu’il ne se passe rien. Si c’est la première fois qu’un large remaniement met autant de temps à être annoncé, il est en revanche arrivé qu’il se passe plusieurs semaines, plusieurs mois, voire plusieurs années avant qu’un ministre ou secrétaire d’Etat soit nommé. 

Plus de deux ans sans ministre de la Santé

En 2015, Najat Vallaud-Belkacem a assuré l’intérim du ministère de l’Enseignement supérieur 104 jours, le temps que Geneviève Fioraso soit remplacée par Thierry Mandon. En 1992, le ministère de la Ville est resté dix jours sans ministre, le temps de remplacer Bernard Tapie par François Loncle. Mais la vacance la plus longue à la tête d’un ministère date du second mandat de François Mitterrand : Léon Schwartzenberg, nommé au ministère de la Santé le 29 juin 1988 le quitte neuf jours après, le 8 juillet 1988. Son successeur Bruno Durieux n’est désigné que le 2 octobre 1990, plus de deux ans plus tard.   


D'autres ministères sont également restés de longs jours sans ministre attitrés, mais sous la tutelle du Premier ministre. Michel Debré a été ministre de l'Education 23 jours en 1959, Raymond Barre ministre de l'Economie de 1976 à 1978, Pierre Bérégovoy ministre de la Défense 20 jours en 1993, et François Fillon ministre de l'Ecologie plus de deux mois en 2011.

Record pour un ministre de l'Intérieur

Jamais un Premier ministre n'avait donc endossé en même temps le rôle de premier flic de France. Il s’agit aussi de la première fois sous la Ve République qu’un ministère de l’Intérieur reste orphelin aussi longtemps de son titulaire. Le Premier ministre Edouard Philippe assure l’intérim depuis le 3 octobre dernier, soit 12 jours. Avant Gérard Collomb, trois autres ministres de l’Intérieur avaient démissionné : Daniel Vaillant en août 2000, François Baroin en mars 2007 et Matthias Fekl en mars 2017. Ils avaient tous été remplacés le jour même.

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