Une "augmentation du Smic de 100 euros" : pourquoi la formulation d'Emmanuel Macron est inexacte

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SALAIRES - Emmanuel Macron s'est satisfait, jeudi 24 janvier à Bourg-de-Péage, d'avoir permis une hausse du Smic dans sa réponse à la crise des Gilets jaunes, au moyen d'une revalorisation de la prime d'activité. Une présentation déjà utilisée le 10 décembre à la présentation du dispositif, mais qui souffre d'inexactitude.

Cela fait partie des principales mesures prises par le gouvernement à la fin de l'année 2018, suite des promesses formulées par Emmanuel Macron le 10 décembre pour faire face à "l’état d’urgence économique et sociale" : l’augmentation de 100 euros des revenus pour les personnes touchant le Smic.

"Sans qu’il en coûte un euro de plus pour l’employeur", avait précisé le président de la République, sans vraiment préciser grand-chose d’autre. De fait, ainsi que l'avait déjà pressenti la ministre du Travail Muriel Pénicaud, le montant du Smic mensuel net ne sera pas revalorisé de 100 euros dès le 1er janvier 2019. En réalité, la hausse des revenus a reposé sur la hausse de la prime d’activité.

Une hausse de la prime d'activité

Ainsi, l’augmentation annoncée par Emmanuel Macron reposera d’une part sur la revalorisation automatique du Smic au 1er janvier prochain (une revalorisation de 1,8% - hors inflation - qui a fait passer le Smic mensuel net de 1.184,93 euros net à 1.210 euros, selon la ministre du Travail Muriel Pénicaud). Et d’autre part, sur une accélération de la revalorisation prévue de la prime d’activité, qui représentera environ 80 € sur les 100 € d’augmentation. 

Une "augmentation qui n'a pas d'équivalent, s'est satisfait Emmanuel Macron le 24 janvier. On en a jamais faite. [...] Nous, on fait comme s'il [le Smic] augmentait de 100 euros par la prime, ce qui fait que quiconque a les 100 euros. Mais c'est l'Etat qui paie. C'est une forme d'impôt négatif." Il est toutefois inexact de le présenter comme un équivalent à la hausse du Smic. En effet, "la prime d'activité est une prestation sociale, en aucun cas un salaire", expliquait le professeur d'économie à l'université de Lille Michael Zemmour à LCI. Une différence importante, puisqu'elle se traduira par un pouvoir d'achat direct plus élevé, mais aussi par une absence de cotisations sociales, qui servent notamment au financement de la protection sociale (retraites, chômage, assurance maladie).

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Cette prime d’activité, qui a remplacé le RSA en 2016, est versée par l’Etat via les caisses d’allocations familiales. Ce qui explique, soulignait en décembre France Info, "que cette mesure sera neutre pour les employeurs". Le 24 janvier à Bourg-de-Péage, où il participait à une réunion publique dans le cadre du "Grand débat national", Emmanuel Macron a d'ailleurs expliqué pourquoi il ne voulait pas faire supporter cette hausse aux entreprises : "Sinon, je détruis des emplois, et le jeune peu qualifié, je le mets au chômage, parce que personne ne l'embauchera si c'est lui qui paie les 1300 euros".

Une théorie discutée par les économistes, ceux auxquels pensent Emmanuel Macron assumant de dire qu'une hausse du salaire rend moins productif celui qui le touche et l'expose à une perte de travail, tout comme elle pèse sur les coûts d'une entreprise, particulièrement les plus petites. D'autres, tels Eric Heyer de l'OFCE, mettent en avant le fait que ce n'est pas la part salariale qui handicape une entreprise, mais ses carnets de commande non remplis. Or, en augmentant le salaire, d'autant plus celui des plus modestes qui épargnent généralement peu, on stimule la consommation, la demande et les carnets de commande.

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Plus tôt que prévu

A noter que cette hausse n’est pas une nouveauté, apparue uniquement en réponse au mouvement des Gilets jaunes, mais qu’elle était déjà prévue. La prime d’activité devait augmenter de 30 euros en avril 2019, puis encore augmenter pour atteindre une revalorisation pouvant aller jusqu’à 80 euros d’ici la fin du quinquennat. Au lieu d’être mise en place par vagues, cette augmentation interviendra donc d’un coup, de façon à être couplée avec l’augmentation automatique du Smic, pour atteindre les 100 euros annoncés par Emmanuel Macron. 

Tous les salariés ne bénéficieront donc pas de la hausse annoncée, puisque la prime d’activité est calculée en fonction de la situation familiale et des revenus du foyer. Quelque 2,6 millions de personnes bénéficient actuellement de cette aide, destinée à ceux qui touchent entre 0,5 et 1,2 Smic.

Parmi les réactions politiques aux annonces faites par Emmanuel Macron, Olivier Besancenot, porte-parole du Nouveau parti anticapitaliste (NPA), a donc dénoncé "une entourloupe" : "C'est une entourloupe extraordinaire de faire croire qu'on va augmenter le Smic de 100 euros", avait-il déclaré sur le plateau de BFM TV. "En réalité, ce sont les contribuables qui vont payer cette soi disant augmentation. En gros, vous regardez les gens dans les yeux en leur disant : je vais te faire un cadeau pour Noël, mais c'est toi qui va le payer."

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