Début de conférence consensuel à Paris : "Ici, personne ne se met en colère"

Début de conférence consensuel à Paris : "Ici, personne ne se met en colère"

Politique
REPORTAGE - Nous avons assisté au début de la conférence de consensus, organisée vendredi 25 janvier par Anne Hidalgo dans le cadre du Grand débat national. Près de 900 Parisiens s'étaient inscrits pour cette journée où chacun pouvait parler pendant deux minutes chrono. Petites retraites, évasion fiscale, voitures à Paris, vaccins obligatoires ou "clowns sociaux", petit florilège de ce qu'il s'est dit, dans un climat pour le moins consensuel.

Ils ont pris place, peu après midi, sur les sièges habituellement occupés par les conseillers de Paris. Une soixantaine de personnes - beaucoup de retraités à cette heure, et de nombreux habitants des arrondissements périphériques, 18e en tête - ont inauguré les "12 heures de libre expression" proposées ce vendredi par Anne Hidalgo, dans le cadre de la "conférence de consensus", contribution parisienne au débat national. 


Dans l'enceinte de la salle du conseil, les règles ont été posées d'entrée de jeu : "Respecter les lois de la République et la parole des autres", énonce Pauline Véron, l'adjointe socialiste à la démocratie locale. Mais aussi se plier au temps imparti : 2 minutes chrono par personne. Pour ceux qui n'ont pas eu leur compte, un "vidéomaton" a été installé à l'extérieur de la salle, afin d'exposer ses idées face caméra, ainsi qu'un "mur d'exposition libre", où chacun annote ses petites idées ou bien griffonne un dessin. On prévient : il n'est pas question ici d'interpeller les élus parisiens, seuls les citoyens s'expriment. 

Petites retraites et justice fiscale au menu

Durant ces deux premières heures de participation, point de référendum d'initiative citoyenne - sauf pour une participante, Anne, qui le rejette en bloc - ni taxe sur le carburant - des revendications récurrentes chez les Gilets jaunes. En revanche, il est beaucoup question de petites retraites qui stagnent et de pouvoir d'achat qui se réduit. "Lorsque j'entends que j'appartiens aux nantis, je bondis", s'insurge une sexagénaire qui a "participé toute sa vie à la solidarité de grand coeur", mais fustige la "désindexation des retraites, qui n'était pas dans le programme de Macron". Dominique, lui aussi retraité, propose que "les anciens ingénieurs, et tous ceux qui ont des diplômes", voient ces années d'étude "reconnues comme des années de cotisation".


Dans la petite assemblée, composée d'habitants, bénévoles d'associations et de quelques militants, il est surtout question de justice fiscale. "Tout le monde doit prendre sa part", énonce Anne, qui propose l'instauration d'un impôt "unique que tout le monde paye", tout en estimant "qu'il faut aussi des riches en France pour payer les hôpitaux publics et faire des investissements productifs". "Les seules choses à chasser, ce sont les capitaux spéculatifs et les paradis fiscaux", ajoute-t-elle. Un autre, qui se présente ironiquement en "retraité nanti", énumère une liste de revendications : rediriger le CICE, taxer les multinationales "à hauteur de leur exil fiscal" ou encore former les jeunes lycéens au droit du travail pour éviter qu'ils ne se fassent "frauder" plus tard par les secteurs de la restauration ou les métiers "ubérisés" où ils trouveront un job. 


D'autres sont venus porter des propositions beaucoup plus techniques. Un "économiste des transports" plaide pour le développement du fret fluvial, à la traîne à Paris. François, habitant du 18e, suggère de réformer la Cour des comptes pour qu'elle dispose "d'un pouvoir de contrôle mais aussi d'action". 

Ambiance feutrée et consensuelle

Le format se prête peu à l'interpellation. Chacun y va de sa proposition ou de son coup de gueule, puis repart s'asseoir sous des applaudissements polis de la salle après les deux minutes imparties. La seule réaction, modérée, est suscitée par un jeune couple venu avec son bébé, qui plaide à tour de rôle pour une révision de l'obligation vaccinale, en raison "des substances qui composent les vaccins", et plaide pour les médecines douces. Dans cette ambiance de réunion de quartier, une jeune femme rompt la monotonie. Intervenante au centre social Rosa Parks, dans le 19e, elle est venue plaider pour les réfugiés qui dorment dehors, dans son quartier. Elle ne peut réprimer un sanglot. "Nos enfants nous demandent tous les jours ce qu'ils font là, ils constatent la misère", lance-t-elle, plaidant pour la création d'abris d'urgence.  


Les messages visent souvent Emmanuel Macron. Mais il est aussi question de Paris. Dominique s'emporte contre les "armes numériques", dont "la vidéoverbalisation", employées par la municipalité à l'encontre des automobilistes mal stationnés, symbole selon lui d'un "totalitarisme fiscal". Une maman de deux enfants "s'inquiète" de la fuite de classes moyennes de la capitale, "où il n'y a plus rien entre les logements sociaux et les appartements à 10.000 euros le mètre carré". Plus consensuelle, Jeanne, Parisienne "depuis plus de 50 ans", plaide pour la multiplication des gestes "écoresponsables", comme l'introduction des moutons dans les villes et la plantation d'arbres. Une autre dame suscite quelques rires en proposant l'embauche de "clowns sociaux" dans le métro afin de rétablir du lien entre les Parisiens. "Paris, c'est une bulle", nous chuchote un participant, un peu remonté par cette ambiance consensuelle. "Ici, personne ne se met en colère." 

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