A quoi ressemblera le "grand débat national" censé répondre aux Gilets jaunes ?

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La colère des Gilets jaunes

CONCERTATION - Emmanuel Macron a adressé une lettre aux Français pour cadrer le "grand débat national" qui tentera de répondre à la crise des Gilets jaunes, du 15 janvier à mi-mars. Un débat dont présidente de la CNDP, Chantal Jouanno, a livré les contours, avant de se retirer du pilotage à la suite de la polémique sur son salaire. L'opposition et les Gilets jaunes joueront-ils le jeu ? On fait le point.

Après les 10 milliards débloqués par le gouvernement fin 2018, c'est le second étage de la fusée censée répondre au mouvement des Gilets jaunes qui se poursuit depuis deux mois. Le "grand débat national", engagé dans les mairies début décembre à travers les "cahiers de doléances", entre dans sa phase active le 15 janvier, pour deux mois et demi. Dans tout le pays, des débats publics seront organisés dans les mairies, avec la possibilité pour les citoyens de faire avancer les thèmes qui comptent à leurs yeux. Emmanuel Macron a adressé ce lundi 14 janvier une lettre aux Français dans laquelle il en précise les contours, avant d'entamer un tour de France auprès des maires. Que sait-on de cette concertation ? Qui acceptera d'y participer ? LCI fait un point d'étape. 

Qui arbitre ?

L'organisation de la concertation nationale a été confiée par le gouvernement à l'ancienne ministre sarkozyste Chantal Jouanno, présidente de la Commission nationale du débat public (CNDP). Celle-ci a toutefois annoncé mardi 8 janvier qu'elle se retirait du pilotage du grand débat à la suite de la polémique sur son salaire.  

"Le gouvernement prend acte de la décision de Chantal Jouanno et proposera à l'issue du séminaire gouvernemental (mercredi, ndlr) une organisation et un mode de pilotage du 'Grand débat national' qui présenteront des garanties équivalentes en termes d’indépendance et de neutralité", a réagi Matignon auprès de l'AFP.

Y a-t-il des thèmes imposés ?

L'exécutif a pris soin de cadrer le débat en proposant quatre grandes séries de thématiques : l'écologie, la justice fiscale, l'évolution de la pratique démocratique, et l'Etat et les services publics. La question de l'immigration, évoquée un temps par Emmanuel Macron, prendra place dans un chapitre sur la citoyenneté. 

Dans sa lettre aux Français, Emmanuel Macron a proposé une série de 32 questions dans les quatre thèmes proposés par le chef de l'État et son gouvernement.

Pour autant, la CNDP et le gouvernement affichent des divergences sur le périmètre du débat. Pour Chantal Jouanno, les Français n'ont aucune obligation à se plier à ces thèmes et "aucun thème ne sera interdit". La présidente de la CNDP a pris en exemple la proposition polémique d'abroger le "mariage pour tous", qui figurait en tête de la participation en ligne organisée ces derniers jours par le Conseil économique, social et environnemental, et perçue par beaucoup comme un dévoiement du débat. 

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L'organisation est-elle actée ?

L'idée du gouvernement est de confier aux maires un rôle central dans l'organisation des débats, qui se dérouleront pour partie dans les mairies. Les élus locaux n'ont d'ailleurs pas attendu le feu vert du pouvoir, en ouvrant dès la mi-décembre décembre des cahiers de doléances pour leurs administrés. Près de 5.000 communes rurales ont notamment participé à l'initiative. 

A partir du 15 janvier, les débats auront lieu dans les mairies, mais également sur les marchés, voire sur le lieu de travail. La CNDP mettra à disposition un "kit" de méthodologie pour donner une cohérence à la forme que prendront tous ces échanges, physiques ou bien en ligne, au niveau local.

La forme des débats conserve toutefois certaines zones d'ombre, les organisateurs donnant parfois le sentiment d'avancer à tâtons. L'une des figures des Gilets jaunes, Priscillia Ludosky, a ainsi indiqué sur son compte Facebook avoir été directement sollicitée pour un rendez-vous par Chantal Jouanno, afin de faire connaître ses attentes et les revendications qu'elle porte, dont le référendum d'initiative citoyenne, la baisse des taxes ou celle des indemnités des élus. 

Un autre Gilet jaune, Jason Herbert, chargé de communication à Angoulême, a également indiqué à France Inter avoir reçu un coup de fil de la présidente de la CNDP pour avoir son ressenti. "S'ils m'appellent moi, ça doit vouloir dire qu'ils sont un peu perdus quand même à la Commission", a jugé celui qui avait été menacé par d'autres Gilets jaunes pour avoir accepté de rencontrer le Premier ministre en novembre.

En outre, un universitaire de renom, contacté par LCI ce week-end, a indiqué avoir été sollicité - mais pas par la CNDP - pour apporter son expertise à la concertation, précisant avoir refusé, ne sachant "pas trop où va ce débat". 

Qu'adviendra-t-il des propositions ?

Des "conférences" de citoyens tirés au sort - une centaine de personnes par région - vont être mises en place afin d'échanger et de donner leur avis sur les propositions qui seront remontées. La CNDP proposera une synthèse de l'ensemble des idées, mais ne s'engage que sur l'organisation pure du débat. 

Le président annonce dans sa lettre aux Français qu'il "rendra compte directement" de cette consultation, dans le mois qui suivra sa fin, prévue le 15 mars. Il ne précise pas comment les propositions des citoyens pourraient devenir réalité, s'abstenant d'évoquer l'idée de référendums multiples, suggérés par des membres du gouvernement.

Comment réagissent les Gilets jaunes et l'opposition ?

Depuis que la proposition a été faite par le gouvernement, force est de constater que le grand débat national reste secondaire dans les prises de parole des Gilets jaunes, certaines figures du mouvement ne l'ayant tout simplement jamais évoqué dans leurs interventions. L'une d'elles, Priscillia Ludosky, a toutefois manifesté son souhait de faire remonter les revendications dans ce cadre. 

Dans l'opposition, le PS, Générations et LR ont émis des réserves à l'organisation du débat, sans exclure pour autant d'y participer. En revanche, Jean-Luc Mélenchon (LFI) a jugé sur son compte Facebook que cette concertation sentant "la naphtaline" était "un exercice pipeauté avec lequel la macronie aux gros sabots prévoit de donner un nouvel emballage à son projet de réforme constitutionnelle". Quant au RN, il récuse les termes du débat et défend désormais une "sortie de crise" passant non par un débat mais par une réforme constitutionnelle immédiate modifiant les règles du scrutin, une dissolution de l'Assemblée nationale et de nouvelles élections dans la foulée. 

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