Non, Emmanuel Macron n'est pas le "Président de tous les riches"

BUDGET 2018 - La politique économique et fiscale d'Emmanuel Macron est considérée, sous de nombreux aspects, comme favorable aux Français les plus riches. Pourtant, les mesures n'impactent pas de la même façon tous les ménages aisés, et certains d'entre eux devraient même y perdre l'an prochain.

Réductions d'impôts, suppression progressive de la taxe d'habitation, hausse de la CSG, gel des cotisations sociales, modulation des allocations familiales... Le projet de loi de finances 2018 du gouvernement va impacter dès janvier le pouvoir d'achat de millions de Français.


Si certaines de ces évolutions doivent en principe profiter aux catégories les plus modestes et aux classes moyennes, Emmanuel Macron peine à se débarrasser de l'image de "président des riches" dont il est affublé par ses opposants. Pour autant, tous les "riches" ne sont pas impactés de la même manière par les premières mesures du quinquennat. Certains vont même y perdre au change. 

Les riches gagnants : les gros investisseurs et les entreprises

Emmanuel Macron l'a répété dimanche soir sur TF1 : son leitmotiv est de faire revenir "les talents" en France, à savoir les investisseurs et les créateurs d'entreprise qui ont pu avoir recours à l'exil fiscal en raison d'un niveau d'imposition présumé trop haut. Ces "premiers de cordées", selon l'expression du chef de l'Etat, seraient susceptibles d'entraîner avec eux toute la chaîne économique et ainsi, relancer durablement la croissance. 


Cet argumentaire justifie, aux yeux de l'exécutif, les mesures fiscales qui profiteront spécifiquement aux plus fortunés. La suppression de l'Impôt sur la fortune (ISF) en est l'emblème. Son remplacement par un Impôt sur la fortune immobilière, exonérant les détenteurs d'un capital mobilier et se concentrant sur la seule "rente", va profiter aux grandes fortunes, comme l'ont montré les économistes de l'OFCE


Car ces grandes fortunes (au-delà de 2.57 millions d'euros de patrimoine), à la différence des "petits" contributeurs de l'ISF dont le patrimoine est essentiellement immobilier, ont un patrimoine constitué à plus de 80% d'actifs mobiliers (biens de luxe, oeuvres d'art, etc). Une famille détenant par exemple 3.8 millions d'euros, dont 3 millions d'euros en portefeuilles de titres et 800.000 euros en immobilier, échappera totalement à l'imposition sur sa fortune. Comme l'ISF était un impôt progressif, la ristourne sera d'autant plus grande que le ménage est riche. 


A la suppression de l'ISF va s'ajouter un cocktail de mesures fiscales favorables aux dirigeants d'entreprises. Parmi les principales mesures, l'impôt sur les sociétés qui sera progressivement ramené de 33% en 2017 à 25% à la fin du quinquennat, et le Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE), qui sera transformé en un dispositif pérenne d'allègement de charges à partir de 2019. Globalement, les ménages aux revenus supérieurs à 37.000 euros par mois concentreront 46% des gains des mesures fiscales, selon l'OFCE, avec une prime aux 280.000 ménages les plus riches de France. 

Les riches perdants : les cadres supérieurs

Une note de l'OFCE rédigée cet été à propos des réformes du gouvernement a montré que les ménages aux revenus inférieurs au "9e décile" (moins de 49.000 euros par an ou un peu plus de 4.000 euros par mois) étaient tous bénéficiaires, chacun à leur niveau, des mesures en faveur du pouvoir d'achat, de la revalorisation des minimas sociaux et de la prime d'activité à l'exonération progressive de la taxe d'habitation. Et ce en dépit du relèvement à venir de la fiscalité indirecte, comme la fiscalité sur le diesel ou le prix du tabac. 


Mais entre les classes moyennes et populaires d'un côté, et les plus riches de l'autre, notent les économistes, une tranche intermédiaire échappe en partie aux avantages des réformes Macron. Il s'agit en particulier du "9e décile", celui des ménages aisés touchant 49.000 à 63.000 euros par an (4.000 à 5.250 euros par mois), qui ne gagnent pas assez pour faire partie des 10% des Français les plus riches. Compte tenu de leurs revenus, ces ménages (cadres, professions libérales, dirigeants de petites entreprises...) ne bénéficieront pas de l'exonération de taxe d'habitation. Ils seront également plus exposés que les grandes fortunes au nouvel Impôt sur la fortune immobilière, et feront face, comme l'ensemble de la population, à la hausse de la fiscalité indirecte. Le seul avantage dont ils bénéficieront en 2018, ce sera la mesure de suppression des cotisations salariales, à condition bien sûr d'être en activité et non retraité. Les retraités aisés, eux, subiront la hausse de la CSG sans compensation. 


Selon une annexe au projet de loi de finances du ministère de l'Economie, alors que les ménages aux revenus annuels inférieurs à 25.000 euros bénéficieront globalement d'une hausse de pouvoir d'achat de 2.7 à 2.9%, les familles aisées du 9e décile risquent de perdre 0.2% de leur pourvoir d'achat dans les mesures en préparation. La preuve qu'Emmanuel Macron n'est pas, pour l'heure, le président de "tous" les riches...

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