Grève du 5 décembre : ce qu'il faut savoir sur le projet de réforme des retraites

Grève du 5 décembre : ce qu'il faut savoir sur le projet de réforme des retraites
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La réforme des retraites, dossier explosif pour l’exécutif

EN RÉSUMÉ - La réforme des retraites, grand chapitre du quinquennat d'Emmanuel Macron, sera arbitrée d'ici à la fin de l'année par le gouvernement. Le projet de système universel suscite une large opposition des syndicats, qui appellent à une mobilisation massive jeudi 5 décembre. Voici les points à retenir sur cette réforme controversée et la contestation sociale qu'elle suscite.

Après des mois de discussions, le gouvernement entre dans le dur de la réforme des retraites. Le projet de "régime universel", promesse de campagne d'Emmanuel Macron, s'annonce comme l'une des principales étapes du quinquennat. Suppression des régimes spéciaux et passage à un système de retraite à points suscitent une opposition massive des syndicats, qui comptent mobiliser largement durant la journée d'action du 5 décembre, malgré plusieurs semaines de concertation avec l'exécutif. 

Alors que le Haut commissaire Jean-Paul Delevoye doit rendre ses conclusions le 9 décembre, avant l'arbitrage du gouvernement à la fin de l'année et une discussion prévue au Parlement début 2020, l'opinion se montre divisée sur cette réforme, mais aussi sur le mouvement social qui s'annonce. Voici les principaux points à retenir sur ce dossier brûlant du quinquennat. 

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• Le principe d'un régime universel

Dans le projet de l'exécutif, le système universel de retraite doit progressivement se substituer aux multiples régimes actuels, en théorie pour assurer une plus grande égalité entre les Français. C'est le principe du régime par points qui a été retenu, et qui doit, selon le gouvernement, permettre que "chaque euro cotisé donne les mêmes droits pour tous". En contrepartie, si l'âge légal de départ à 62 ans n'est pas modifié, la réforme instituera un "âge pivot" - potentiellement 64 ans - à partir duquel la liquidation des droits permettra de toucher une retraite complète. 

Les contours du projet avaient été esquissés en juillet 2019 dans un rapport de Jean-Paul Delevoye, mais le gouvernement a ouvert une concertation avec les syndicats, ainsi qu'une plateforme participative pour les citoyens qui sera close dans les prochains jours.

Le projet s'accompagne de la suppression progressive des régimes spéciaux de retraite, qui coûteraient, selon le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin, 8 milliards d'euros par an. Parmi ces régimes spéciaux, ceux de la SNCF et de la RATP sont particulièrement visés par l'exécutif. L'hypothèse de faire jouer une "clause du grand-père" permettant de prolonger les régimes spéciaux pour les bénéficiaires actuels a été évoquée, mais aussi battue en brèche au sein de l'exécutif. 

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• Les doutes sur les bénéfices de la réforme

Depuis sa présentation, le principe du régime universel est contesté par les syndicats et l'opposition. Au-delà du sujet des régimes spéciaux, le passage à une retraite à points doit permettre, selon l'exécutif, de mieux prendre en compte les carrières professionnelles "accidentées" ou encore la situation des mères célibataires. Il doit surtout assurer l'équilibre budgétaire du système de retraite à la française à long terme. 

Pour autant, le bien-fondé du nouveau régime a été contesté. Une récente étude du l'Institut de la protection sociale (IPS) a sévèrement remis en cause les bienfaits présumés de cette réforme, jugeant qu'elle serait moins-disante pour les parents de familles nombreuses, qui perdraient ainsi au change, ainsi que pour les mères de famille ayant connu des interruptions de carrière, ou les cadres supérieurs qui seraient poussés à épargner ailleurs, créant une brèche dans l'égalité de traitement.

Les syndicats estiment en outre, à l'opposé du gouvernement, que le nouveau calcul des pensions sera également moins disant, en se basant sur l'ensemble de la carrière et non plus sur les 25 meilleures années. Ils estiment également que la pénibilité et les carrières longues ne seront pas suffisamment prises en compte. 

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• La mobilisation syndicale du 5 décembre

Les syndicats préparent depuis plusieurs semaines une journée d'action annoncée comme massive dans le secteur public et au-delà. Le 5 décembre est présenté comme un jour de grève reconductible, avec potentiellement des effets qui se prolongeraient jusqu'aux vacances de fin d'année. La CFDT, pourtant favorable à un régime universel, critique elle-même durement la "méthode" retenue par le gouvernement, et certaines de ses composantes rejoindront le mouvement. 

De nombreux secteurs devraient être touchés, à commencer par les transports en commun (SNCF, RATP, Air France), ainsi que d'autres services publics (EDF, hôpitaux, policiers...) et certaines branches professionnelles, comme les avocats ou les infirmiers. Le mouvement est, en outre, soutenu par les principaux syndicats étudiants, ainsi que des Gilets jaunes qui ont appelé à soutenir la mobilisation. 

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• L'opposition politique hostile à la réforme

Toutes les composantes de la gauche soutiennent la mobilisation sociale du 5 décembre, jugeant, à l'instar du Parti socialiste, que le nouveau système de retraite répond à "une logique comptable au détriment du niveau des pensions et de la solidarité collective". 

Le Rassemblement national appelle également à manifester contre la réforme. Le mouvement de Marine Le Pen défend toujours officiellement le retour à la retraite à 60 ans.

La droite, principalement LR, est plus mesurée sur cette réforme. A l'instar de Gérard Larcher, dimanche au Grand Jury LCI-RTL-Le Figaro, elle s'attaque avant tout à "la méthode" employée par l'exécutif, qui entretient "le grand flou" en n'annonçant pas d'emblée le contenu de sa réforme. Les Républicains sont favorables à un rallongement pur et simple de l'âge légal de départ à la retraite, en contrepartie d'une meilleure prise en compte de la pénibilité. 

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Le Grand Jury du dimanche 1 décembre 2019

• Le calendrier théorique

Face à la mobilisation qui s'annonce, l'exécutif a fait savoir qu'il irait "jusqu'au bout" de la réforme des retraites. Le Haut commissaire Jean-Paul Delevoye doit rendre ses conclusions le 9 ou le 10 décembre, mais les divergences de point de vue qu'il a exprimées au cours des semaines écoulées avec l'exécutif laissent penser que ces conclusions ne seront pas définitives. Edouard Philippe prévoit d'arbitrer le projet d'ici à la fin de l'année 2019.

Le Parlement devrait ensuite se saisir du débat sur les retraites, avec un examen du projet de loi dans la première partie de l'année 2020. 

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