"Convergence des luttes", "gréviculture"… ces mots de la grève que vous n'avez pas fini d'entendre

Politique
DICO - Entre la grève des cheminots, des salariés d’Air France ou encore le blocage de certaines universités, les prochaines semaines s’annoncent particulièrement tendues sur le terrain social. Du coup, une petite remise à niveau de vocabulaire peut-être utile.

Convergence des luttes

Cette locution est régulièrement utilisée par des syndicalistes ou des personnalités politiques favorables à une alliance des différents mouvements de contestations. Cheminots, salariés d’Air France, éboueurs, étudiants… Plusieurs secteurs sont actuellement mobilisés, chacun portant un certain nombre de revendications catégorielles. Mais au lieu de lutter chacun de son côté, les partisans de la "convergence des luttes" estiment qu’un front uni et massif sera plus efficace pour parvenir à leurs fins. 


Néanmoins, celle-ci ne s’improvise pas. Pour qu’il y ait convergence des luttes, encore faut-il que les différents mouvements acceptent de se fédérer sous une même bannière. Or, il est déjà parfois compliqué pour les syndicats d’un même secteur de s’allier, alors s’associer avec des mouvements extérieurs qui portent d’autres types de revendications n’a rien d’évident.


Si le mouvement des étudiants est globalement favorable à la convergence des luttes, les syndicats de cheminots, par exemple, se montrent pour l'instant beaucoup moins intéressés. "A l’heure actuelle, les conditions sont réunies pour qu’il y ait une démultiplication des mobilisations. Après, savoir si cela peut engendrer ce que les syndicalistes appellent une "convergence des luttes", c’est une autre affaire. Il me semble que l’hypothèse la plus raisonnable aujourd’hui, plus qu’une convergence des luttes, c’est plutôt la superposition, la succession des luttes", juge auprès de LCI l’historien spécialiste des grèves et du syndicalisme, Stéphane Sirot.

Coagulation (ou agrégation)

Ces deux termes ont fait leur apparition depuis quelques jours dans le vocabulaire de la majorité. Ils ont grosso modo le même sens que "convergence des luttes". Ils sont cependant moins marqués politiquement, le terme "convergence des luttes" étant très prisé à l’extrême gauche.


Dans les faits, la majorité craint, même s'il refuse de l'avouer, la coagulation des différents sociaux et l’émulation sociale qu’elle pourrait susciter. Ce mercredi sur LCI, le ministre de l’Économie a d’ailleurs pointé du doigt les partisans de cette agrégation "qui ne rêvent que de désordre en France".

En vidéo

Conflits sociaux : Le Maire ne craint pas "une agrégation" des mouvements

Gréviculture

Ce barbarisme a récemment été utilisé par le député LaREM, Gabriel Attal. "Moi je pense que ce qui serait important, ce serait peut-être de sortir dans ce pays de cette gréviculture", a lancé lundi au micro de France Inter le jeune parlementaire. A travers ce terme péjoratif, le député sous-entend que les syndicats ont tendance à s’opposer de manière systématique aux réformes. Il n’est pas le premier à l’utiliser. En 1995, Jean-Marie Le Pen avait dénoncé dans un éditorial les "gréviculteurs" à l’origine du mouvement social hostile au plan Juppé. 


Mais l’origine du mot est à aller chercher au début du siècle. Comme l’indique Ferocias, un utilisateur de Twitter féru d’archives, le terme "gréviculture" apparaît sous la plume de l’intellectuel Edmond Delomins en 1900 dans la revue La Science sociale suivant la méthode de F. Le Play

Tout savoir sur

Tout savoir sur

Réforme de la SNCF : bras de fer entre le gouvernement et les syndicats

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter