SNCF : Borne s'interroge sur "le sens de continuer la grève une fois le texte voté"

INTERVIEW - Après l'Assemblée, le Sénat vote à son tour la réforme ferroviaire ce mardi après avoir donné des gages aux syndicats réformistes de la SNCF. La ministre des Transports Elisabeth Borne était l’invitée de LCI.

10 semaines après le début du mouvement social, et à quelques heures du vote du Sénat sur le projet de réforme de la SNCF, la ministre des Transports Elisabeth Borne était l’invitée de Audrey Crespo-Mara sur LCI,  ce mardi matin. Déterminée, elle a répété que cette réforme était faite dans "l’intérêt des Français" et que l'opposition n'avait plus de "sens".


Le texte devrait être adopté sans trop de problème, au Sénat en début d’après-midi. Bataille gagnée ? La ministre refuse cependant de crier victoire trop fort, mais estime que "cela marque une nouvelle étape importante pour la réforme". "Cette discussion au Sénat est l’occasion de confirmer le principe de la réforme, l’ouverture à la concurrence, une nouvelle organisation, mais en même temps d’enrichir le texte avec la concertation, avec les organisations qui le souhaitant. On a un texte enrichi", dit-elle.

Une réforme "enrichie dans la concertation"

Car Elisabeth Borne réfute toute volonté de passer en force. "C’est une réforme dont on a posé les grands principes au départ et qui a été enrichie dans la concertation." Elle explique qu’en effet, l’idée première d’avoir recours à des ordonnances a finalement été oubliée,  au profit de la discussion. "On nous avait suspecté de vouloir passer en force, non, le débat a eu lieu à l’Assemblée et au Sénat sur les dispositions de la loi."


Et pour la ministre, le vote de cette loi marque l’échec et la fin du mouvement social porté par les syndicats CGT et Sud-Rail. "Il faut que chacun ait conscience que la loi va être votée cet après-midi, on aura une discussion la semaine prochaine en commission mixte paritaire, pour trouver un texte commun à l’Assemblée et au Sénat (ce qui devrait être une formalité, ndlr). Quand la loi sera votée, elle s’appliquera. Quel sera le sens de continuer ce mouvement une fois qu’on a ce texte voté ?".


Car la ministre ne cesse de rappeler que cette réforme, par ailleurs plutôt soutenue dans l’opinion publique au regard des sondages, se fait dans l’"intérêt" des Français. "Chacun souhaite avoir un service ferroviaire qui fonctionne mieux", répète-t-elle. "C’est ce que porte cette réforme : un investissement sans précédent, pour avoir moins de trains en retard, sortir des ralentissements car nos concitoyens mettent plus de temps à faire un trajet qu’il y a plusieurs décennies, plus d’opérateurs, plus de trains, des trains moins cher... "

Quel est le sens d’appeler à un durcissement du mouvement ?Elisabeth Borne

Le front syndical s'est divisé : la CFDT et l’Unsa ont choisi de discuter, la CGT et Sud-Rail restent sur leur garde. La ministre salue les syndicats réformistes : "Ces discussions ont été très utiles, pour apporter de garanties supplémentaires aux cheminots. On a renforcé le principe de volontariat, on l’a privilégié et conforté, on a pu donner des garanties sur la rémunération des salariés s’ils doivent passer chez un autre opérateur, on a posé un principe d’unité sociale pour les salariés, la mobilité dans tout le groupe." A l’inverse, elle dénonce la position de la CGT et Sud-Rail : "Quand on a un gouvernement qui s’engage en reprenant une partie de la dette, qui annonce qu’il veut relancer le fret ferroviaire, investir comme on ne l’a jamais fait, quel est le sens d’appeler à un durcissement du mouvement ? J’appelle chacun à prendre ses responsabilités." 


Pour elle, les opposants agitent d’ailleurs un faux discours, notamment, sur la question de la privatisation. "Je pense qu’on peut choisir de ne pas parler de la réforme, et c’est ce que certains ont fait. Dès le départ, le gouvernement a dit ce qu’il voulait, alors je trouve ça un peu curieux qu’on nous suspecte d’avoir des projets cachés. On a été clair dès le départ, la SNCF est une entreprise publique, elle reste publique. Il n’y a pas un groupe ni à Assemblée ni au Sénat qui ne souhaite la privatisation de la SNCF. C’est inscrit dans la loi." Pour elle, certaines figures, comme Jean-Luc Mélenchon, "ne sont pas en train de parler de la SNCF, mais de faire un combat politique, en train de rejouer le deuxième tour de l’élection présidentielle."

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