Grogne des retraités, prix des carburants, taxe d’habitation… Edouard Philippe dit "tout assumer"

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MESSAGE - Dans une interview fleuve accordée à la presse régionale, Edouard Philippe est revenu sur les sujets chauds du moment, assurant assumer toutes les décisions prises par l’exécutif depuis le début du quinquennat. Morceaux choisis.

Le capitaine tient son cap, assurant que le "navire gouvernemental" avance au gré des réformes. Ce vendredi, Edouard Philippe a choisi les colonnes de la presse régionale pour s’exprimer sur les sujets brûlants du moment. Publié par Midi Libre, La Dépêche du Midi et L'Indépendant, cet entretien fleuve donne l’occasion au Premier ministre de défendre les chantiers engagés face au ressentiment, tant politique que populaire, qui mine la rentrée gouvernementale. Assurance-chômage, grogne des retraités et des maires, taxe d’habitation, hausse des prix des carburants… Voici les réponses du pensionnaire de Matignon :   

Limitation de la vitesse à 80km/h

Depuis le 1er juillet dernier, la vitesse sur les routes à double sens sans séparateur central est passée de 90 à 80km/h. De quoi provoquer l’ire du monde rural où ce type d’axe de circulation est légion. "Evidemment que j’assume cette décision, répond Edouard Philippe. Je le répète, nous ferons un point fin 2019 sur l’application de cette mesure, nous mettrons tout sur la table, le bilan en termes de vies sauvées et d’accidents évités, ainsi que le bilan financier de l’augmentation éventuelle des amendes et de l’utilisation de ces sommes au profit des établissements qui prennent en charge les blessés de la route", martèle-t-il, rappelant que cette mesure a pour objectif de sauver des vies. "Qui pourrait nous le reprocher ?"

Taxe d’habitation

Autre sujet sensible : la taxe d’habitation. Pour rappel, des militants de la majorité ont lancé récemment le mot-dièse #BalanceTonMaire sur les réseaux sociaux. Une campagne visant à dénoncer les édiles ayant augmenté leur taxe d’habitation alors que le gouvernement compte la faire disparaître progressivement. "Je l’ai condamné, mais s’il vous plaît, je ne vais pas me mettre à commenter les hashtags, déclare Edouard Philippe. Je n’ai pas l’habitude de critiquer les maires et les élus dans leur ensemble. Nous avons des désaccords, c’est bien normal."


Et le Premier ministre d’aborder le cœur du sujet : "80% de Français qui payent la taxe d’habitation vont voir son montant baisser. Il y a 36.000 maires en France, trente mille n’ont pas bougé le taux de la taxe d’habitation. Ça veut dire que dans ces communes-là, la taxe d’habitation va baisser d’un tiers. Dix-huit millions de Français sont concernés". Selon Edouard Philippe, "d’ici 2020, cette taxe disparaîtra pour 80% des Français. Puis ensuite progressivement pour les 20% restant. Et ça ne coûtera rien aux collectivités car elles seront intégralement compensées par l’Etat, il n’y aura donc aucune perte".

Grogne des retraités

Ces dernières semaines, nombre de retraités ont dénoncé la hausse de la Contribution sociale généralisée (CSG) combinée au quasi-gel de leurs pensions. Ce à quoi répond Edouard Philippe : "On a veillé à la situation des retraités les plus fragiles. 40 % des retraités ne voient pas la CSG augmenter, 60 %, c’est vrai, la voient progresser. Nous avons conscience de leur demander un effort. Mais il est essentiel que notre société valorise davantage le travail et que le financement de la protection sociale ne se fasse pas au détriment des actifs".


L’ancien maire du Havre en profite ensuite pour saluer la réforme du reste à charge zéro, une "excellente mesure" qui "demeurera comme un acquis social majeur du quinquennat. On va faciliter l’accès aux soins dentaires, aux soins auditifs et aux lunettes, on le fait essentiellement pour les retraités, pour tous ceux qui, en situation de fragilité, n’ont pas accès à ces soins car ils sont mal remboursés. La réforme conduite par Agnès Buzyn va permettre de créer un panier de soins qui sera systématiquement remboursé". Quant aux mutuelles successibles d’augmenter leurs tarifs, il assure qu’elles se "sont engagées à ne pas augmenter leurs prix du fait de cette réforme. Elles tiendront leur engagement, j’en suis convaincu. Et nous serons vigilants".

Hausse des prix des carburants

Alors que les prix du diesel et de l’essence ont littéralement flambé, Edouard Philippe tient à rappeler que "70 à 75 % de l’augmentation du carburant vient de la hausse des matières premières. Il n’a échappé à personne qu’il existait des tensions géopolitiques entre l’Iran et ses voisins, en Arabie Saoudite, au Venezuela... Le prix du pétrole a augmenté, avec pour conséquence directe une hausse à la pompe." 


Mais la flambée des prix est également due à l’augmentation de la taxe carbone. Le pensionnaire de Matignon assume : "Il faut se donner les moyens de la transition écologique, irréversible, tout en accompagnant les plus modestes. Cette transition a un coût. D’où, il est vrai, cette augmentation des prix. La taxe carbone, ce n’est pas nous qui l’avons créée. Sa hausse avait été annoncée, ce n’est pas une surprise, elle va se poursuivre". Des déclarations qui ne devraient pas apaiser la grogne populaire, des blocages routiers étant déjà programmés le 17 novembre prochain.  

Assurance-chômage

Alors que le chômage est en légère hausse au troisième trimestre, le Premier ministre a évoqué la réforme de l’assurance-chômage, "sujet majeur pour poursuivre l’amélioration du marché de l’emploi. On a indiqué aux partenaires qu’un certain nombre de pistes pouvaient être explorées. On a fixé un objectif d’économies entre trois et quatre milliards sur 3 ans. On leur a demandé de négocier sur cette base. La démarche me paraît saine, c’est ça le dialogue social. Laissons-les travailler."


La tâche s’annonce toutefois ardue puisque les partenaires sociaux se montrent pour le moment très réfractaires à cette réforme. "Aucune étude économétrique sur les systèmes d'assurance-chômage dans le monde n'a prouvé l’efficacité de la dégressivité", pointait Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, lors du Grand Jury LCI-RTL-Le Figaro. 

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