Hausse des emplois industriels : est-ce une première depuis "au moins 10 ans", comme l'affirme Sibeth Ndiaye ?

Hausse des emplois industriels : est-ce une première depuis "au moins 10 ans", comme l'affirme Sibeth Ndiaye ?
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À LA LOUPE – Sur le plateau de LCI, Sibeth Ndiaye a salué ce matin le travail d'Emmanuel Macron, et s'est félicitée de voir les emplois industriels augmenter dans des proportions que la France n'avait pas connu depuis bien longtemps. La porte-parole du gouvernement a-t-elle raison d'expliquer qu'il s'agit d'une première depuis au moins 10 ans ?

Invitée ce jeudi matin d'Élizabeth Martichoux sur LCI, Sibeth Ndiaye a estimé que l'échec de la reprise de Whirlpool n'était "pas l'échec du président de la République". La porte-parole du gouvernement en a profité pour saluer le bilan de la majorité à mi-mandat, expliquant que "depuis deux ans et demi, la France a fait ce qu'elle n'avait jamais fait depuis une dizaine d'années : récréer de l'emploi industriel". 

La dernière hausse datait de 2001

Sibeth Ndiaye a raison d'affirmer que le nombre d'emplois industriels est en augmentation. Celui-ci a en effet baissé pendant plus de 15 ans : du 1er trimestre 2001 jusqu'au 3e trimestre 2017, quelques mois après l'élection d'Emmanuel Macron. Durant cette période, plus de 900.000 emplois ont été détruits dans l'industrie, l'Insee en a ainsi compté au plus bas 3.131.500.

Depuis, le nombre de salariés a doucement entamé sa remontée, une satisfaction pour la porte-parole qui y voit le reflet des mesures engagées par le gouvernement. L'élection présidentielle de 2017 a-t-elle changé la donne pour l'industrie ? LCI a posé la question à Bruno Grandjean, président de l'Alliance industrie du futur. Il reconnaît que "les ordonnances Pénicaud ont fait beaucoup de bien", avant de glisser que "les politiques ont tendance à tout ramener à eux". "Je ne crois pas qu'un ministre ait créé un emploi à lui tout seul", poursuit-il, saluant plutôt les investissements consentis par les dirigeants d'entreprises pour soutenir la reprise de l'activité. 

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"Dans l'industrie, tout est une affaire de temps long", tempère lui aussi Vincent Moulin Wright, directeur général de France Industrie. "Emmanuel Macron bénéficie de l'héritage laissé par ses prédécesseurs", notamment le CICE, crédit d'impôt pour les entreprises initié en 2013, sous François Hollande, et qui a permis de commencer à répondre partiellement au déficit de compétitivité des entreprises françaises. "C'est un outil à infusion lente", estime-t-il, "crée suite au rapport Gallois de 2012 mais dont les effets ont mis du temps à se ressentir". 

Ce rapport, dont Bruno Grandjean salue lui aussi les conclusions et l'utilité, est venu compléter des travaux déjà engagés sous la présidence de Nicolas Sarkozy lors des États généraux de l'industrie. Ils ont marqué le "début d'une prise de conscience", celle qui veut qu'il faut 'préserver une industrie forte en France". Auparavant, "le discours était de dire il arrivera à l'industrie ce qui est arrivé à l'agriculture", se souvient le président de l'Alliance industrie du futur.

Le bon timing pour Emmanuel Macron

Si les capitaines d'industries louent la bonne volonté du gouvernement actuel, ils voient aussi la hausse du nombre de salariés du secteur comme la conséquence d'une succession de mesures prises lors des dix dernières années. L'instauration de la flat tax est sans doute l'une des plus récentes, mais l'on peut également citer le Pacte de responsabilité et de solidarité annoncé par François Hollande fin 2013 ou la création du Conseil national de l'industrie. 

Outre l'action des politiques industrielles, il ne faudrait pas non plus oublier que les facteurs conjoncturels jouent un rôle majeur. Vincent Moulin Wright estime qu'une "large part de la croissance est apportée par le marché", et relativise ainsi l'influence des réformes, importantes mais pas toujours déterminantes. "Nous avons assisté ces dernières années à un retour des commandes, des politiques pro-entreprises, ainsi qu'à un autre facteur positif : l'amélioration des taux d'intérêt. Sans oublier la baisse du cours du pétrole, qui est essentielle pour certains secteurs de l'industrie." 

L'Insee, qui partage de nombreuses statistiques relatives à l'emploi, indiquait en 2017 le rôle déterminant du contexte économique, décrit comme un facteur d'accélération de l'activité. Au fond, "on observe toujours une paternité abondante aux bons résultats", estime Bruno Grandjean, qui souligne toutefois que si "l'état d'esprit a évolué, l'industrie française reste très fragile". En témoigne le déficit du commerce extérieur, qui se confirme année après année

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