Henri Guaino : "Nicolas Sarkozy a laissé un grand vide"

Henri Guaino : "Nicolas Sarkozy a laissé un grand vide"

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INTERVIEW - Henri Guaino a répondu aux questions des Indés Radios, metronews et LCI. Mariage pour tous, affrontements en Turquie ou l'affaire Tapie, le député des Yvelines et ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy revient sur les dossiers chauds de l'actualité.

MARIAGE POUR TOUS
On a l'impression que vous êtes parfois dans la surenchère. D'où vient cette détermination ?

Je n'ai pas besoin de surenchère, et je ne vois pas ou elle est. Concernant le mariage pour tous, c'est avant tout un coup de force législatif, une entorse à l'idée que je me fais de la République. Il ne faut pas creuser des fractures trop profondes qui nuisent à la cohésion nationale.

Lorsque vous dites qu'il y aura un référendum si la droite revient au pouvoir, est-ce une parole crédible ?
J'ai dit que je voulais un référendum pour faire adopter la loi. C'était la seule solution démocratique, et François Hollande se serait grandi. Je voulais que les Français tranchent eux-mêmes, il n'a pas voulu. En revanche, je me suis refusé à m'engager sur une future abrogation. D'ici là il y aura des mariages, des enfants vont naître, donc je ne suis pas en mesure de dire : "Je vous promets l'abrogation de cette loi dans 4 ans."

Et concernant la GPA ?
On a ouvert la porte à une société dans laquelle devrait se développer une relation de client à fournisseur dans la procréation. Je me battrai par tous les moyens, mais je ne ferai pas la révolution, je ne tuerai personne. Si cela passe comme une lettre à la Poste, on aura tout le reste : la théorie du genre, l'euthanasie, le cannabis.. La majorité va se croire tout permis. Le Président, lui s'en moque. Il négocie et marchande avec tous les groupes de pression, communautés et courants.

POLITIQUE FAMILIALE
François Hollande a-t-il eu raison de toucher au quotient familial et pas directement aux allocations ?

C'est une pente extrêmement dangereuse: on sort du modèle républicain. Lequel consiste à mettre tous les Français à égalité. Comment peut-on justifier qu'un couple sans enfant paie le même impôt qu'un couple avec enfant tout en ayant le même revenu ? La réponse est non. On a donc créé le quotient pour atténuer en partie cette injustice. Et maintenant, on revient dessus, on le réduit. Toucher au quotient au prétexte d'une justice sociale est une ineptie du point de vue de l'égalité devant l'impôt et de la justice fiscale.

RETRAITES
Le déficit des retraites devrait atteindre les 20 milliards à l'horizon 2020. Que pensez-vous des propositions du rapport de la Commission Moreau, chargée par l'Elysée de proposer des pistes de réforme à engager ?

La démographie nous impose une modification de notre système de retraite. Mais je préfère que les gens travaillent plus longtemps plutôt que de baisser le montant des retraites. La règle doit être la même pour tous les métiers, sauf en cas de pénibilité du travail. Pour les fonctionnaires, je suis pour qu'on revienne à l'idée du Conseil national de la Résistance: un régime unique.

"Le peuple turc décidera de son avenir"

INTERNATIONAL
Depuis une semaine, il y a des troubles en Turquie. Quelle lecture en faites-vous ?

Le régime s'est durci au cours de ces dernières années. On a vu que l'islamisme modéré pouvait l'être un peu moins de temps en temps. Le peuple turc décidera de son avenir. On n’est pas en face d'un printemps arabe.

En Syrie, l'emploi du gaz sarin par Bachar al-Assad semble avéré. Que dira-t-on a nos enfants ?
Je n'en sais rien pour l'instant. Les choses ne me paraissent pas assez claires. On se souvient de l'Irak et de Colin Powell à l'ONU à propos de l'Irak : c'était assuré, les preuves d'armes de destruction massive étaient là... Je ne dis pas que cela n'est pas arrivé, mais qu'il faut être prudent. C'est compliqué, la situation est tragique, il y a des risques pour toutes les solutions. Toute la région se trouve menacée. Qu'elle est la meilleure solution ? Honnêtement, je n'ai pas de réponse.

Que pensez-vous de l'intervention française au Mali ?
On aurait pu s'y prendre autrement, se contenter d'interventions aériennes. Et puis, se pose désormais la question de savoir comment on s'en va.

LES AFFAIRES
Comment réagissez-vous au problème auquel fait face Claude Guéant, concernant la découverte sur son compte de 500 000 euros ? Même s'il a évoqué des ventes de tableaux, il y a tout de même fraude fiscale...
Je n'en sais rien. Je n'ai jamais vu les tableaux, je ne suis pas capable de les évaluer. Comment je prends cette affaire ? Comme toutes les autres. Je le pense honnête, je continuerai à le penser.

Autre affaire, celle du financement de la campagne de 2007.
Il paraît qu'on a même fait la guerre en Libye pour cela. On a été jusqu'à dire que Nicolas Sarkozy avait fait assassiner Mouammar Kadhafi. On arrive à un niveau d'absurdité qui laisse rêveur.
Même chose au sujet de l'affaire Bettencourt. S'il suffit d'aller chez ce couple pour être soupçonné d'avoir touché une somme d'argent et financer une campagne, on ne pourra plus dîner chez personne.

Que pensez-vous de la somme touchée par Bernard Tapie, 403 millions d'euros ?
On ne peut pas comprendre l'affaire Tapie si on ne refait pas l'histoire. Elle commence quand la gauche sous Mitterand, qui l'a largement utilisé, décide de séparer de lui. Et on le ruine.

Au sujet du montant, il ne me semble pas incohérent. Sur le principe, je ne trouve pas le recours à un arbitrage choquant. Car cela fait 13 ans que cela durait et que le risque que cela coûte plus cher devenait important. Après, il y avait un choix politique à faire.

Est-ce que l'ordre venait de l'Elysée ?
On ne peut pas imaginer que le président de la République ne sait pas que le gouvernement décide de choisir une procédure d'arbitrage. Sinon, il ne méritait pas d'être président. Et s'il n'a pas donné son feu vert, il ne l'a pas empêché.

Vous comprenez que le ministre de l'Economie Pierre Moscovici fasse planer la menace d'un recours ?
C'est de la politique. Il a peut-être quelque chose à faire oublier, comme l'affaire Cahuzac...

"Je suis un Méditerranéen indécrottable"

TRANSPARENCE
Vous avez été farouchement opposé à la publication du patrimoine des élus.
Oui, car cela introduit de la suspicion. C'est cela l'idée qu'on se fait de la société ? Où chacun est obligé de se déshabiller devant les autres ? Je n'ai jamais eu envie que ma société ressemble aux pays du Nord. Je comprends que Mme Eva Joly ait envie d'exporter le modèle norvégien chez nous, mais franchement si elle pouvait le garder... Je préfère de loin l'Italie, l'Espagne. Je suis un Méditerranéen indécrottable.

Les députés ont quelque peu détricoté le projet de loi sur la transparence de la vie publique, annoncé par François Hollande après l'affaire Cahuzac. Cela vous plaît l'indiscipline parlementaire ?
De temps en temps, c'est nécessaire. Vous ne pouvez pas diriger un groupe humain uniquement par autoritarisme.

L'UMP
Les résultats de la primaire UMP pour la mairie de Paris ont été acceptés par tous les candidats, alors que certains contestaient le scrutin trois jours avant. C'est un drôle de parti dans lequel vous êtes, non ?
Je respecte NKM, que j'aime beaucoup même s'il nous arrive d'avoir des divergences. Je n'ai pas voté, si c'est le cas j'aurais voté pour elle. Mais j'ai dit que la primaire n'était pas une bonne idée. Je n'ai pas voté. Je ne supporte pas d'entendre dire tous les jours que c'est de la démocratie, cela enferme les candidats dans leur camp. Regardez Hollande : une primaire nous a donné le plus mauvais président de la Ve République.

Plutôt Jean-François Copé ou François Fillon ?
Je ne suis pas dans un camp, je déteste cela. Le système électoral de l'UMP était absurde. Mais j'ai choisi celui qui me paraissait le plus apte à animer le mouvement. Moi, je suis gaulliste décomplexé et cela me suffit. En attendant, la vérité, c'est que Nicolas Sarkozy a laissé un grand vide. Et que ce grand vide n'est pas rempli.
 

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